Kâma-Sûtra : un livre loin des préjugés érotiques admis

Cécile Mazin - 09.10.2014

Culture, Arts et Lettres - Expositions - kama-sutra - livre Occident - sexualité spiritualité


À la Pinacothèque, jusqu'au 11 janvier prochain, le Kâma-Sûtra est mis à l'honneur. Une exposition intitulée Spiritualité et érotisme dans l'art indien invite à redécouvrir cet ouvrage exceptionnel, qui est trop souvent assimilé à un annuaire des positions sexuelles recensées. Un must pour réchauffer l'ambiance, durant la saison automne-hiver cela dit.

 

 

 

L'exposition est cependant déconseillée – pas interdite, attention – aux mineurs. Si l'esthétique du livre offre un regard sur la vie culturelle indienne, et plus encore, sur l'hindouisme, elle présente cependant des visuels pour le moins explicites. On pourra y retrouver, cependant, des explications claires sur le regard que le monde occidental pose sur ce livre. 

Attribué à un brahmane qui l'aurait écrit au IVe siècle de notre ère, le Kâma-Sûtra constitue l'un des textes majeurs de l'hindouisme médiéval et n'est pas un livre pornographique ainsi qu'il est souvent présenté en Occident. Il est divisé en sept sections (adhikarana) : la société et les concepts sociaux, l'union sexuelle, à propos de l'épouse, à propos des relations extra-maritales, à propos des courtisanes, à propos des arts de la séduction. 

Près de 350 œuvres exceptionnelles dont celles de la collection de Shriji Arvind Singh Mewar, maharana d'Udaipur et la remarquable collection de Beroze et Michel Sabatier — sculptures, peintures, miniatures, objets de la vie quotidienne, « livres de l'oreiller », ouvrages illustrés que l'on offrait aux jeunes mariés jusqu'au XIXe siècle afin de faire leur éducation érotique —, organisées selon les sept sections du Kâma-Sûtra, sont présentées par la Pinacothèque de Paris.

La visite sera accessible en cinq langues par le biais des audioguides.

 

L'Occident, cet aimable voyer voyeur 

 

« La perception commune du Kama Sutra repose sur le sexe, mais toute lecture sincère montre qu'il repose sur le mode de vie et les relations sociales entre les êtres humains. Mon effort avec cette nouvelle traduction a consisté à rester aussi près que possible du texte original, tout en le présentant dans un langage contemporain qui reflète les enjeux modernes de ce livre », expliquait A.N.D. Haksar, professeur indien et traducteur de premier ordre de textes en sanscrit. Il était l'auteur lui-même d'une version moins visuelle et plus spirituelle.

 

Au plus proche de ce que Vatsyayana, le sage indien, avait pu rédiger à l'époque. Après tout, kama signifie « désir de volupté », mais contrairement à la la croyance populaire, un seul des sept livres est dédié au sexe. En effet, le deuxième ouvrage, le plus long de tous, détaille des manières d'accroître le plaisir sexuel et fournit des descriptions détaillées des positions sexuelles possibles. 

 

Et tout le reste du livre raconte l'ensemble des règles sociales, de la vie amoureuse, depuis les premières rencontres au mariage, les relations adultères, les maîtresses et les courtisanes. Mais le tout sur un modèle avant tout basé sur les échanges. Il fournit même des conseils pour les femmes dont le mari a une haleine qui sent le corbeau...

 

Un livre devenu épique

 

En dépouillant le livre de toutes les interprétations pornographiques dont les gens ont l'habitude, cette nouvelle version présente le livre comme un véritable ouvrage de savoir-vivre. Le texte est effectivement un livre d'amour, mais aucun autre avant ni après lui n'aura la même incidence. Comment est-il devenu une véritable référence, une bible, tout particulièrement dans un pays où la culture exerce une certaine répression sur la sexualité ? Ce sont les interrogations que soulève James. 

 

Allier jouissance terrestre et bonheur spirituel

 

Car après 2000 ans, le livre n'en finit pas de faire rêver. Moins un manuel de sexualité, qu'un guide d'une culture du plaisir, tout y est abordé. Pourtant, la société indienne qui produit ce livre n'est pas nécessairement ouverte sur ces questions. Et c'est un Anglais qui l'a redécouvert alors qu'au fil du temps, les copies se raréfient. 

 

Burton est aventurier autant que diplomate, et la version du Kama Sutra qu'il livre en traduction sera enrichie de ses propres ajouts, saut que l'Angleterre du XIXe siècle n'en est pas moins puritaine et impossible de faire publier officiellement un tel ouvrage. 

 

Avec des éditeurs, en sous-main, on publiera tout de même. Avec les illustrations qui le caractérisent. Une réalité méconnue, que pourtant Jamers s'attache à reconstituer entièrement, jusqu'à ce que le Kama Sutra devienne le livre que l'on croit connaître : un guide érotique qui détient le secret d'une société ancienne et mystique. Alors qu'au fil du temps, le texte fut modifié, enrichi, détourné, chacun souhaitant apporter sa pierre à un tel édifice.