Kidnapping, coups de fouet : les sévices des acteurs élisabéthains

Xavier S. Thomann - 18.06.2013

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Acteurs enfants - Shakespeare - Oxford


Quand on pense théâtre anglais du 17e siècle, on pense plutôt à Shakespeare qu'aux enfants maltraités. Et pourtant. Un universitaire d'Oxford vient de se pencher sur la question et ce qu'il a découvert n'est pas beau à voir. Au programme : enlèvements, menaces et coups de fouet. 

 

 

Shakespeare's Globe Theatre

Le Globe Theater,

Martin Pettitt, CC BY 2.0

 

 

Nous sommes à Londres entre la fin du 16e siècle et le début du 17e siècle : on n'hésite pas alors à kidnapper des enfants dans la rue pour les forcer à se produire sur les scènes des théâtres. Et impossible pour leurs parents de porter plainte. C'est ce que révèle Bart van Es, qui a étudié des documents judiciaires pour arriver à ces conclusions. 

 

Le plus étonnant dans cette histoire, c'est ce que les propriétaires de théâtre pouvaient agir de la sorte en toute légalité. La reine Elizabeth leur avait accordé ce droit un peu particulier. Enfin, pas tout à fait. La reine avait autorisé cette pratique pour recruter les choristes du choeur royal, mais les propriétaires des théâtres ont rapidement repris la pratique à leur compte. Et ce, au vu et au su de tous. 

 

Le pouvoir de ces propriétaires était tel, selon le professeur de l'université de Ste Catherine, qu'ils disposaient de « l'autorité suffisante de prendre le fils de n'importe quel noble du pays. »

 

Plusieurs témoignages de l'époque viennent illustrer cette triste réalité. Ainsi, Henry Clifton raconte comment son fils de 13 ans lui a été enlevé, alors que l'adolescent se rendait à l'école, en lui infligeant « une grande terreur et douleur. » Quand Henry Slifton se rend au Blackfriars Theatre pour protester, mais rien n'y fait. 

 

À cela il faut ajouter, les coups de fouet dont usait les « kidnappeurs » pour retirer à ces enfants toute envie de s'échapper. Le chercheur fait également état d'une forme d'exploitation sexuelle : de nombreuses pièces où apparaissaient les acteurs enfants avaient un caractère ouvertement sexuel. 

 

Une bonne nouvelle toutefois : Shakespeare n'aurait pas trempé dans pareilles activités. Il paraît qu'il ne voulait pas que l'on se serve d'« enfants prisonniers » pour ses pièces. 

 

(via BBC News)