L'Académie Nobel défend (comme elle peut) l'intérêt du prix de Littérature

Clément Solym - 06.12.2011

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Prix Nobel - Littérature - lauréat


La légitimité des prix littéraires en France vient d'être remise en question par un éditeur : « Concurrence déloyale vis-à-vis des petits éditeurs écartés d'office de la compétition, dumping artificiel du marché, ententes illicites entre quelques "grandes" maisons, conflits d'intérêts des jurés... Tout cela a été décrit et démasqué maintes fois. Et pourtant la "fête" continue. Et les Français semblent dupes, puisqu'ils achètent. Mais leur donne-t-on le choix ? »

Mais celle du Prix Nobel de littérature, on n'avait pas encore vu ça. Pourtant, Per Wästberg, président de l'Académie suédoise du comité du Nobel s'est fendu d'une réponse adressée à Tim Parks, qui lui avait tiré le premier.

 

A quoi ça sert ?

Revenant brièvement sur la nomination du poète suédois Tomas Tranströmer (en photo), le chroniqueur de NYBooks demandait si cette attribution du prix était le meilleur choix pour représenter une tendance idéaliste mondiale de la littérature. Il accuse aussi une petite vague de sexisme qui a fait qu'aucune femme n'a jamais été présidente de l'Académie.

Mais voilà : les membres du comité réunissent donc des experts et des spécialistes des littératures mondiales, pour désigner le lauréat final. Et si les délibérations sont censées rester anonymes, mais il est difficile de ne pas croire que les fuites existent... En outre, le jury est composé de Suédois, qui sont peut-être bien équipés pour découvrir et comprendre des oeuvres anglaises, mais dont on peut se demander s'ils sont en mesure de comprendre la littérature indonésienne...

 

Mais au diable ces débats : la question serait plutôt de savoir quel est l'intérêt de mettre en regard un auteur du Cameroun, un Philip Roth, et un poète indonésien, pour tenter de savoir lequel (laquelle ?) sera le représentant durant tout une année du Nobel... Cela fait-il sens ? Surtout quand on prend réellement en compte que les critères esthétiques découlent d'une sensibilité personnelle, et qu'elle est difficile à toucher efficacement par le biais d'une traduction... Et pourquoi - ou comment ? - ne pas ajouter en plus la dimension humaine, le combat mené, sachant que cette année, l'actualité politique n'a pas manqué d'auteurs à saluer, venus du monde arabe.

Tout ça pour dire que le fait de nommer un poète suédois, pour 2011, a de quoi faire prendre en grippe le prix Nobel lui-même, son intérêt et sa crédibilité...

 

Réponse du berger Nobel


La réponse de Per Wästberg est des plus intéressantes. Il revient sur le poète national : Tomas Tranströmer est publié et traduit en soixante langues, des cafés portent son nom en Chine et en Slovénie - « et en Suède, nous l'avons tous lu et aimé depuis notre jeunesse ».

En outre, le comité Nobel reçoit près de 220 suggestions de chaque coin du monde, et le calendrier est très rigoureux, pour choisir celle ou celui qui sera le lauréat. Or, personne ne peut avoir été élu sans avoir figuré dans la liste établie, avec deux ans d'historique au moins. Dans le comité, « nous maîtrisons treize langues, mais lorsque nous soupçonnons un génie caché, dans une langue inconnue, nous faisons appel à des traducteurs assermentés ». Qui font alors autorité pour déterminer la qualité des écrits.

 


Et pour ce qui est de la vie professionnelle des auteurs, leur examen se fait sans prendre en compte ni la nationalité, ni le sexe, ni la religion. Car le risque, par exemple, en récompensant Oran Pamuk, serait que l'on interprète la remise du prix Nobel comme une action politique. Bien évidemment. Mais pour Soljenitsine, ce ne fut par exemple pas du tout le cas... Et de conclure en assurant que les jurés sont intègres, et « obsédés de lecture depuis l'enfance ».

Mais comme le remarquera Tim Parks, ce n'est pas tant le travail des jurés que l'on pourrait remettre en question, mais plutôt l'engouement pour ce rituel annuel... Et pourtant, dans cette opération de communication globale, Tim pointe que de nombreux auteurs ont été oubliés largement, comme Jorge Luis Borges et Thomas Bernhard.

Inévitablement...

 

Et sans oublier que les Américains l'ont toujours aussi mauvaise de ne pas réussir à imposer leurs auteurs...




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