L'art et la manière de la typographie, au Livre sur la Place

Antoine Oury - 13.09.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - typographie - livre sur la place - débat


Parallèlement à une exposition mise en place par l'Imprimerie Nationale, le Livre sur la Place proposait hier une table ronde autour du métier de typographe, ses évolutions et nouvelles missions. Avec pour débattre Olivier Christin, commissaire au Musée Lorrain, Franck Jalleau, concepteur-dessinateur de caractères à l'Imprimerie nationale, et Thomas Huot-Marchand, directeur de l'Atelier National de Recherche Typographique.

 


Thomas Huot-Marchand, Frank Jalleau, Michel Maigret (modération)

 

 

« Aujourd'hui, nous sommes tous des typographes. Nous alignons tous du texte, et parfois, nous faisons même de l'édition et de l'impression », affirme Frank Jalleau. Au XVIe siècle, le graveur-typographe, au même titre que le scribe, est en quelque sorte anobli par ses capacités de lecture et d'écriture : avec l'alphabétisation à plus large échelle, chacun créé sa propre police, en quelque sorte.

 

Mais il subsiste tout de même un fossé technique entre le typographe du quotidien et le dessinateur, ou designer, de caractères : la maîtrise des outils, métaux et poinçons hier, logiciels aujourd'hui. Dans tous les cas, la typographie se décrit comme le moyen de transport des idées : c'est même la raison pour laquelle François 1er désigne une imprimerie comme celle du Roi, pour disperser les idées humanistes au XVIe siècle.

 

Chose amusante, les premiers ouvrages de l'époque tendent à reproduire l'aspect des manuscrits : « À l'arrivée d'un nouveau support ou d'une nouvelle technologie, la typographie est toujours timide, au départ » note Thomas Huot-Marchand, qui déplore ainsi les pages virtuelles reproduites dans iBooks. Les dessinateurs et les éditeurs ont finalement appris à maîtriser cette technologie, pour en faire un allié de poids : le journal Le Monde avait même commandé un caractère exclusif...

 

Un art qui s'était quelque peu perdu en France, au profit de la photocomposition très pointue des pays anglophones. Dès 1985, toutefois, et l'apparition de l'outil informatique, « la possibilité de créer sa police est donnée à tous », souligne Jalleau : de 4 polices à la Renaissance et une dizaine au XIXe siècle, on passe à plusieurs centaines de dessins de caractères, sur la Toile, accessibles sur dafont ou Fontsquirrel.

 

Les pistes de prospection sont désormais sur le Web, où la « mise en page liquide », selon laquelle la page n'a plus vraiment de limites matérielles, laisse imaginer des milliers de possibilités typographiques. L'activité n'est donc pas menacée, mais le métier, lui, l'est un peu plus : « On ne gagne pas sa vie en étant seulement typographe » notent les intervenants, qui conseillent ainsi au dessinateur de caractères de rechercher des missions confiées par des marques, plus rémunératrices.