La France accepte l'invitation de Francfort pour la Foire 2017

Nicolas Gary - 23.09.2014

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La Foire du Livre de Francfort, ou Frankfurt Buchmesse en VO, est un rendez-vous incontournable du monde l'édition : l'événement est le plus imposant en la matière. Les organisateurs avaient proposé la candidature de la France, en tant que pays invité pour l'année 2017. Une proposition qui implique un hall d'honneur entièrement consacré au pays, mais également des frais à la hauteur, estimé à 9 millions € pour le pays invité.

 


Frankfurt Buchmesse

La Foire du Livre de Francfort, en octobre 2013 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les discussions autour de cette invitation prestigieuse ont commencé, semble-t-il, il y a trois ans, sans jamais vraiment décoller. La dernière présence de la France en tant qu'invitée d'honneur remonte à vingt-cinq ans, et les pouvoirs publics, bien qu'intéressés, n'avaient jusqu'à présent pas donné suite à l'invitation des organisateurs de la Foire.

 

Une série de rendez-vous ratés

 

Juergen Boos, patron de la grand-messe de Francfort, avait d'ailleurs fait part de son agacement auprès de BibliObs : « Tous nos interlocuteurs, à l'Élysée, comme au ministère des Affaires étrangères, nous ont dit que cette invitation leur semblait intéressante. Mais pour une raison que nous ignorons, il n'a jamais été possible d'obtenir une réponse ferme et définitive. Depuis deux ans, nous avons à plusieurs reprises demandé à voir Mme Filippetti. Mais nos rendez-vous, à Francfort ou à Paris, ont tous été annulés de sorte que finalement nous ne nous sommes jamais vus pour discuter de ce sujet. »

 

En France, les éditeurs se regardaient en chiens de faïence : comment réunir les 9 millions € nécessaires ? Personne ne semblait prêt à lâcher la monnaie, et même le Centre national du Livre hésitait à porter les affaires éditoriales de la France outre-Rhin. D'autant plus que l'investissement ne semble pas offrir de retours garantis : à Francfort, les deals se concluent plutôt dans le hall des éditeurs. « C'est un grand prestige, que d'être l'invité d'honneur. Mais un prestige à plusieurs millions d'euros, quand le pays cherche à faire des économies, cela rend la douloureuse... plus douloureuse encore », nous rapportait un observateur.

 

À lire : La France à la Foire de Francfort : déplacement prestigieux à 9 millions €

 

 

Avant même que l'affaire ne devienne publique, il y a eu un changement de gouvernement à la tête de l'État français : exit Aurélie Filippetti, remplacée par Fleur Pellerin, plus portée sur les questions économiques, notamment au niveau européen. Et, surtout, la (bonne) relation avec l'Allemagne semble être devenue une priorité du gouvernement mené par Manuel Valls, qui rencontrait hier et aujourd'hui la chancelière Angela Merkel.

 

« C'est l'intérêt de l'Allemagne que nos réformes réussissent, c'est l'intérêt de la France que l'Allemagne tire la croissance de l'Europe. Et c'est vrai que nous pouvons aller encore plus loin ensemble sur le numérique ou la transition écologique. [....] Les Allemands vont aimer la France qui se réforme, [...] ; et les Français vont aimer l'Allemagne qui s'engage pour la croissance en Europe », expliquait hier le premier ministre en déplacement outre-Rhin.

 

La France de l'édition divisée

 

L'idée partageait l'édition, plusieurs acteurs mettant en exergue l'incohérence de cette idée. Certains professionnels n'hésitaient pas à appuyer là où ça fait mal : alors qu'au niveau européen, l'Allemagne d'Angela Merkel met à mal l'ensemble des pays, avec ses demandes de rigueurs budgétaires, s'offrir un pareil voyage n'apporterait pas un message des plus compréhensibles. « Les relations franco-allemandes ne sont pas bonnes. Le précédent quinquennat l'a abondamment démontré, celui que nous vivons n'arrange pas vraiment les choses... La Foire n'y changerait rien. Surtout, les interlocuteurs pourraient ne pas être les mêmes, d'un côté comme de l'autre. »

 

 

La coopération en marche ?

 

 

Françoise Nyssen, présidente du directoire des éditions Actes Sud, avait précisé à ActuaLitté : « Au niveau de l'Europe, le prix unique et la défense de la librairie seront mieux défendus si nous renforçons le lien avec l'Allemagne, cela me paraît capital d'un point de vue politique. » Évidemment, le souci financier est pris en compte par les éditeurs, qui se tournent vers l'État : « Le ministère des Affaires étrangères et celui de la Culture pourraient dégager des budgets interministériels pour concrétiser ce déplacement, sans oublier la mise en place de partenariats privés, en complément. »

 

Dans La Croix, Antoine Gallimard assurait : « C'est une magnifique opportunité pour la France et le rayonnement du livre français. Simplement, les éditeurs, qui investissent déjà pour la présence de leur stand individuel à la Foire, n'ont pas à supporter le coût de cette opération. C'est à l'État de décider de son intérêt et à l'assumer le cas échéant. C'est une décision politique qui s'appuie sur un arbitrage financier. Le SNE est là pour accompagner l'organisation, mais en aucun cas pour financer l'opération. »

 

De son côté, le Syndicat national de l'édition avait diffusé un communiqué étonnamment flou : « Les éditeurs, représentés par le Syndicat national de l'édition, sont très honorés que la France soit invitée en octobre 2017 à la Foire du Livre de Francfort. Ils espèrent que l'État appréciera à sa juste valeur cette prestigieuse invitation et qu'il y répondra favorablement, en décidant d'attribuer des moyens exceptionnels à cet évènement, qui contribuerait au rayonnement culturel de la France et de la francophonie. »

 

Dans cette perspective, l'Élysée aura finalement tranché pour une présence de la France, comme pays invité d'honneur de la Foire du Livre de Francfort 2017. « La France accepte avec enthousiasme d'être l'invitée d'honneur de la Foire du Livre de Francfort en 2017 », a déclaré Manuel Valls en Allemagne, devant la presse française, rapporte BibliObs, sans toutefois préciser quel serait l'apport financier de l'État dans cet événement.

 

« On comprend mal, cela dit, que la Foire de Francfort refuse de venir au Salon du livre de Paris, pour une bisbille l'an passé, sachant que cela leur coûterait 20.000 €. Et dans le même temps, le pays va faire un chèque de plusieurs millions d'euros pour ce déplacement », s'interroge-t-on.