L'Homme qui se hait : Denis Podalydès sur les planches de Chaillot

Laura Heurteloup - 11.03.2013

Culture, Arts et Lettres - Théatre - théâtre - Chaillot - homme


Quand le cinéma se délecte avec The Master de Paul Thomas Anderson, au même moment le théâtre apprivoise L'homme qui se hait de Denis Podalydès. L'histoire d'un gourou qui tente par tous les moyens d'influencer un public moqueur et sceptique.

 

 

 

 

« Je ne suis pas là pour être aimé ». Le professeur Winch, interprété par Gabriel Dufay, dans son complet impeccable, lunette délicatement vissée sur son nez, cheveux peignés à la mèche près entame sa conférence devant des spectateurs médusés. Du haut de sa petite estrade, il apparaît comme un philosophe passionné et exigeant. Sur sa petite chaise, pieds serrés, il lit page après page un bloc d'idées intitulé L'homme qui se hait, texte écrit par Emmanuel Bourdieu. 

 

Sans conteste, ce traité philosophique est ennuyeux et assommant. Le professeur Winch semble le sentir quand il prend, dans une clameur incandescente, l'assemblée - les spectateurs - à partie, beuglant follement et férocement une ignorance collective. L'être coincé et antipathique des vingt premières minutes convaincu du bien-fondé de sa thèse passe d'une totale maîtrise de lui-même à un comportement émotionnellement exacerbé.

 

À ses côtés, une jeune étudiante bourgeoise, qui semble éprouver une folle passion pour le professeur, n'a d'yeux que pour lui, et ferait presque pitié. Elle deviendra sur la fin sa femme. À chaque intervention de l'Université Philosophique Ambulante, organisation créée par Monsieur Winch pour prêcher sa bonne parole, elle porte autour de son cou son précieux magnétophone pour enregistrer et réécouter inlassablement ses prises de parole véhémentes.

 

Elle annonce les prochaines conférences, vend les livres et produits dérivés dont un stylo bille à l'effigie du philosophe. Sur les routes, ils sont accompagnés du fidèle Monsieur Bakhamouche, personnage effacé et soumis qui tentera sur un mal entendu de remplacer le maître. 

 

Tout autour d'eux, les chaises vides - qui leur serviront de lit, de tables, de chemins - s'empilent comme un cimetière de spectateurs qui n'auraient pas eu le courage de rester l'écouter. Les murs décrépis ressemblent à des ruines d'après-guerre.

 

Ce décor fantomatique pose une ambiance sombre et linéaire à l'image d'une interprétation uniforme marquée par des coups de poing vocaux de Gabriel Dufay qui réussissent à rythmer la pièce et nous garder attentifs. 

 
Texte de Emmanuel Bourdieu
Mise en scène Denis Podalydès et Emmanuel Bourdieu
Avec Simon Bakhouche, Gabriel Dufay, Clara Noël