L'Orchestre national de France nous plonge 20 000 lieues sous les mers

Nicolas Gary - 10.06.2016

Culture, Arts et Lettres - Théatre - orchestre national France - Maison Radio Jules Verne - 20000 lieues sous les mer concert fiction


En 1828 vint au monde un certain Jules Verne, qui a fourni à la littérature française son lot de romans d’aventures. Moins de 200 ans plus tard, les trajets de la Terre à la Lune sont assez courants, mais l’on n’a toujours pas trouvé le Kraken que rencontre le Nautilus. Peut-être qu’au studio 104 de la Maison de la Radio, on a trouvé quelques pistes : un concert fiction autour de 20.000 lieues sous les mers nous embarque...

 

vingt mille lieues sous les mers concert fiction

 

 

L’auteur et dramaturge Stéphane Michaka est à l’origine de l’adaptation du roman de Jules Verne, et la production est assuré par la Maison de la Radio. « Au cœur de Vingt mille lieues sous les mers se trouve un des personnages les plus fascinants de la littérature, le capitaine Nemo. Autrement dit : “Personne”. Ainsi se désigne Ulysse lorsque son odyssée maritime le confronte au cyclope Polyphème. Mais Jules Verne réunit en une seule figure l’aventurier et le prédateur : Nemo, que l’on a décrit tour à tour comme un anarchiste foncier, un maniaco-dépressif ou un Juif errant, fait aussi penser à l’ogre des contes pour enfants, un Cyclope de l’ère industrielle qui emprisonne le savant Aronnax et ses compagnons », explique l’auteur.

 

Et de cette rencontre avec le Capitaine Nemo, jaillira un concert-fiction où l’Orchestre national de France est de nouveau sollicité pour une aventure musicale, certes, mais bien plus encore. 

 

« Cette ambivalence reflète celle de l’Océan, tantôt “pays des merveilles” et tantôt “vaste ossuaire”. Le merveilleux et le macabre : les deux pulsations du roman sont là. J’ai cherché à les mettre en relief dans chaque scène pour qu’à leur tour, musiciens, comédiens et bruiteuses nous embarquent sur le Nautilus », poursuit Stéphane Michaka. 

 

Le spectacle, à l’instar d’autres déjà produits par la Maison de la Radio, sera joué en public le 2 juillet à 20 heures au studio 104 de la Maison de la Radio et diffusé simultanément en direct sur France Culture.

 

« Associer orchestre et fiction, même de grands théâtres ne pourraient pas faire de choses pareilles », assure l’auteur. « L’adaptation d’un roman en une heure est toujours un travail délicat. Mais offrir une expérience sensorielle, sonore, visuelle à travers grand texte de la littérature, c’est un défi passionnant. »

 

« Il existe entre l’orgue de Nemo et le Nautilus de curieux rapports d’analogie. L’orgue, composé de tuyaux, de mécanismes complexes, est une métonymie du sous-marin, une partie prise pour le tout. L’orgue vise à produire un effet de sublimation que Jules Verne qualifie plusieurs fois d’extase musicale... En ce sens, la musique est à l’orgue, ce que l’électricité est au Nautilus : des fluides qui baignent la machine et la mettent en communication immédiate avec l’univers. Ce sont des moyens de dépassement. Et la mer apparaît comme le lieu symphonique où la machine et la musique viennent se fondre dans une unité suprême. L’électricité, la musique et la mer sont dans Vingt mille lieues sous les mers les trois composantes d’une même harmonie », écrivait Jacques Noiray, dans la préface de l’édition Folio (Gallimard 2005).

 

L’aventure, unique en son genre, est ouverte sans problème aux enfants, à partir de 6 ans. Un public qu’il faudra cependant avertir : dans le studio 104, un anneau d’enceinte entoure le public, ce qui permet de spatialiser la sonorisation, et choisir les accents à porter sur la musique, les bruitages, le texte.

 

« C’est une technologie que l’on appelle WFS, ou synthèse de front d’onde, qui rend la prestation spectaculaire. Quelques salles dans le monde en sont équipées et le studio 104 en profite à merveille. Pour Dracula, par exemple, les techniciens avaient rendu le bruit d’un chariot qui passait à travers la pièce, en arrivant à mettre le son en mouvement. »

 

Les précédentes aventures de concert-fiction de Stéphane Michaka s’étaient toujours appuyées sur « des textes à la lisière du fantastique, comme Dracula ou Alice au pays des merveilles. En l’occurrence, nous avions beaucoup joué avec le chat du Cheschire qui dans Alice se déplace, disparaît. Et grâce au savoir-faire des techniciens, nous arrivions à un rendu incroyable ».

 

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Dans l’équipe de 20.000 lieues sous les mers, on retrouvera Sophie Bissantz et Elodie Fiat aux bruitages et Ned Land que joue Clément Bresson, Capitaine Nemo, campé par Eriq Ebouaney et Antoine Sastre en copilote. Le tout d’après une musique originale de Didier Benetti, qui assure la direction de l’orchestre. « Didier Benetti a quelque chose de prodigieux, parce qu’il raconte une histoire avec la musique : c’est un magnifique compositeur de musique narrative », s’enthousiasme Stéphane Michaka.

 

Vers 1868, dans le Pacifique, un mystérieux monstre marin endommage des navires. L’Abraham-Lincoln, bâtiment de guerre de la marine américaine, part à la poursuite du monstre. A son bord, le professeur Aronnax, son domestique Conseil et le harponneur Ned Land. Aronnax rêve de rapporter l’éperon de l’animal au Muséum d’histoire naturelle. Mais lorsque, échappant de peu à la noyade, le savant se retrouve dans le ventre du monstre, toutes ses hypothèses s’effondrent : l’animal fabuleux n’est pas l’œuvre du Créateur mais celle d’un certain capitaine Nemo. Pour Aronnax et ses compagnons, c’est le début d’un prodigieux voyage à travers les eaux...

 

 

Le tarif est de 15 € et 5 € pour les moins de 28 ans.