La bataille de la Somme recréée par la fresque de Joe Sacco au musée Thiepval

Joséphine Leroy - 02.06.2016

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Thiepval Sacco Somme - Joe Sacco histoire guerre - fresque graphisme


Le nouveau musée Thiepval, qui a ouvert ses portes ce mercredi, offre aux visiteurs une pièce unique : une fresque de 60 mètres par l’auteur de roman graphique Joe Sacco. Sous forme de panorama, le visiteur peut revivre, un siècle après, cette journée sombre qui a marqué le début de la bataille de la Somme. 

 

(Page Facebook du musée)

 

 

L'inauguration du musée Thiepval a proposé aux visiteurs une entrée inédite dans l'Histoire de cette bataille sanguinaire. Hervé François, le directeur, avait raconté à l’AFP la genèse du projet : « Il manquait un musée sur le territoire consacré à la bataille de la Somme, et sur cette première journée de juillet 1916, qui est l’ouverture, entre guillemets, de cette bataille qui a causé des pertes terribles à l’armée britannique. 20.000 tués, 40.000 blessés en une seule journée. » Pour présenter au public une histoire si chargée et un bilan si lourd, il fallait le talent et la rigueur d'un artiste tel que Joe Sacco. 

 

 

Une première fresque en 2014 

 

À 55 ans, Joe Sacco traite principalement de la guerre dans son œuvre. Il est notamment l’auteur de Gorazde (éd. Rackham) et Palestine (en version intégrale aux éd. Rackham). L’auteur avait déjà produit un immense travail de reconstitution historique et artistique sur le sujet, intitulé La Grande Guerre. Adepte du grand format, l’artiste avait proposé un travail long de 7 mètres et large de 22 centimètres. Sur 24 pages, vides de tout dialogue ou texte, l’artiste revenait sur cette première journée fatidique, du côté anglais. 

 

Le projet remontait à loin, comme l’expliquait l’auteur : « Dans les années 1990, je vivais à Manhattan. Un soir, je me trouvais avec mon colocataire de l’époque et nous avions trop bu en jouant aux fléchettes. Saoul, il m’avait lancé l’idée de créer un livre sous forme d’accordéon, traitant du front occidental. Mon colocataire était alors passionné par un artiste, nommé Mario Pericoli, qui avait utilisé ce format pour parler de Manhattan. » 

 

15 ans plus tard, il reparle avec cet ami et prend conscience qu’il est possible de raconter une histoire sans mot. Il se plonge alors dans un grand travail de recherche : « Avant tout, il faut savoir que l’on garde toujours à l’esprit qu’un historien pourra nous écrire pour nous dire : vous savez, ce n’était pas comme ça qu’ils laçaient leurs bottes », s’amusait-il.

 

À Montparnasse, la fresque avait été montée dans les couloirs du métro pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale. 

 

 

La bataille, qui s’était soldée à 1,2 million de morts, blessés et disparus, avait duré 5 mois. Sacco a décidé de mettre en scène les premières 24 heures (de la veille à la fin de la journée). Tout y est inscrit sur du verre : Sir Douglas Haig, commandant en chef des armées britanniques, les soldats du Commonwealth. Chacun croit que la victoire est à portée de main, mais se fourvoie. L’artiste a été inspiré par Voyage au bout de la nuit de Céline. « Je pense que toute image est une représentation artistique, et dans ce sens on peut dire que c’est une œuvre subjective, mais j’ai essayé au maximum de me renseigner sur ce qu’il s’est vraiment passé ce jour-là. » 

 

À mesure que le spectateur parcourt la fresque, les blessés se multiplient, les morts s’entassent et les tombes de soldats mettent un point final au récit de cette journée tragique. 

 

La famille royale britannique devrait visiter le musée (d’une superficie de 450 m2) le 1er juillet.


Pour approfondir

Editeur : Futuropolis
Genre : bandes dessinees...
Total pages : 320
Traducteur :
ISBN : 9782754808767

Jours de destruction, jours de révolte

de Sacco, Joe; Hedges, Chris (Auteur)

Joe Sacco et Chris Hedges ont entrepris d'examiner les zones sinistrées des USA, ces régions qui ont été sciemment exploitées au nom du profit, du progrès et de l'avancée technologique. Ils ont voulu montrer à quoi ressemblait la vie des populations dans ces endroits où les lois du marché régnaient en maître, où les êtres humains et la nature furent exploités avant d'être ensuite abandonnés afin d'en tirer un maximum de profits. Ils ont voulu voir ce que l'idéologie du capitalisme décomplexé signifie pour les familles

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