La Chartreuse à l'opéra, ou Stendhal à l'épreuve du temps

Clément Solym - 10.02.2012

Culture, Arts et Lettres - Théatre - opéra - Chartreuse - Henri Sauguet


On ne peut pas dire que La Chartreuse, opéra d'Henri Sauguet, ait été ménagée. La guerre, les JO de Grenoble ( il est joué sans orchestre), autant d'épreuves pour le compositeur et son oeuvre inspirée du roman de Stendhal. Un tort qui sera réparé puisque l'opéra de Marseille va le jouer dans son intégralité.


Le chef d'orchestre Henri Sauguet l'a bien joué sept fois. Sept fois seulement, avant qu'il ne soit relégué au rang d'opéra oublié. Jamais rejoué, ou dans de mauvaises conditions, Maurice Xiberras, actuel directeur de l'opéra de Marseille a dû s'armer de patience pour rendre justice à La Chartreuse de Parme. « J'avais un engagement moral avec Sauguet, qui m'avait dit que son grand regret était que La Chartreuse ne soit pas rejouée de son vivant » explique-t-il à l'AFP.

 

Première embûche, la Bibliothèque Nationale de France n'a pas souhaité lui donner les partitions. Fort heureusement, Maurice Xiberras, a retrouvé une partition annotée et sollicité un copiste pour arriver à une réédition de l'œuvre, celle qui sera présentée à l'opéra de Marseille. 

 

 

Autre difficulté, le travail sur le décor, l'œuvre d'Henri Sauguet est très dense. « Il faut arriver à assembler 10 tableaux qui n'ont rien à voir les uns avec les autres » explique Renée Auphan, metteur en scène. Très rapidement il faut changer de costume, changer de décors. C'est devenu une tradition pour l'opéra de Marseille, proposer des opéras français oubliés, inconnus et faire revivre ce patrimoine extrêmement riche.


La première représentation de la Chartreuse de Parme d'Henri Sauguet aura lieu ce soir.

 

« La musique, ma vie »


Dans son discours d'accession à la Section des Créations artistiques dans le Cinéma et l'Audiovisuel (Académie des Beaux-Arts), Jean Prodromides revient sur la carrière d'Henri Sauguet, son parcours et l'adaptation de La Chartreuse de Parme, roman de Stendhal. Il se base sur l'autobiographie parue après sa mort, intitulée la Musique, ma vie.


Enfant, la musique le passionne déjà. Leçons de piano, enfant de chœur, la découverte de La Fille aux cheveux de lin, de Claude Debussy est pour lui, une révélation. Avec l'accord de sa famille, arraché avec difficulté, il poursuit ses études à Bordeaux. Le premier concert qu'il donne avec deux amis est un succès.


Après plusieurs concerts, « le compositeur se sent prêt à aborder la grande forme : l'Opéra. Il a choisi de porter à la scène le chef-d'œuvre de Stendhal : La Chartreuse de Parme, et c'est dix années qu'il va y consacrer. Il s'y prépare d'abord par un voyage en Italie, mais c'est dans la grisaille d'une journée de novembre à Paris que lui viennent les premières harmonies » explique Jean Prodromides. La plus grande difficulté pour Henri Sauguet, est de faire des choix et de sacrifier certains détails de l'œuvre foisonnante de Stendhal.


Il ne se trompe pas et la première est un triomphe, mais la guerre éclate et l'œuvre ne sera jouée que sept fois.

Henri Sauguet est mort le jour de la fête de la musique. Ça ne s'invente pas.