L’International Visual Theatre (Paris 9), qui fête ses 40 ans cette année, propose jusqu’au dimanche 16 octobre une série de débats autour de la place de la langue des signes dans le paysage culturel français, inaugurée hier soir par une rencontre autour de « Qu’est-ce que la langue des signes » ?

 

 

Soirée  "Qu'est-ce-que la langue des signes ?" à l'IVT

 

 

« C’est avant tout une langue et non un langage » souligne la linguiste Brigitte Garcia invitée à cette soirée d’inauguration pour expliquer les particularités de la langue des signes, en 15 mn chrono. Un exploit. Elle débute son exposé en rappelant qu’il existe 140 langues des signes dans le monde, auxquelles s’ajoutent celles des petites communautés sourdes, puis revient sur le message essentiel : « C’est une langue comme toutes les autres, dans laquelle on peut tout dire, ni plus, ni moins, ni mieux, ni moins bien. [...] On peut même mentir en LS ! », s’amuse-t-elle battant en brèche certains clichés à la vie dure.

 

Elle trace ensuite les grandes caractéristiques de cette langue méconnue par la plupart des entendants, une langue visuogestuelle qui utilise l’espace et l’iconicité, puis elle en aborde rapidement la structure, radicalement différente de celle de la langue française. « Il y a autant de différence entre la LSF et le français qu’entre le français et le chinois », précise-t-elle ce qui laisse imaginer sa difficulté d’apprentissage lorsque l’on ne naît pas avec la LS comme langue première et naturelle.

 

L' enseignement de la LSF encore déficitaire en France

 

Or, seuls 5 à 10 % des enfants sourds naissent de parents sourds, maîtrisant la LS, il leur faut donc apprendre à l’école, et c’est là que le bât blesse. Autant la LSF a-t-elle gagné en reconnaissance dans le milieu artistique (notamment grâce au travail de l’IVT), autant son enseignement reste extrêmement limité et insatisfaisant en France, comme le regrettent tous les intervenants de cette soirée, en premier lieu Emmanuelle Laborit, co-directrice de l’IVT et première comédienne sourde à obtenir un Molière en 1993. Loïc Depecker, délégué de la DGLFLF souhaiterait que la LSF, reconnue comme langue à part entière en 2005, devienne une langue « de plein territoire », enseignée et apprise partout. « Ce serait une belle conquête, qu’elle soit enseignée dès la maternelle », estime-t-il. 

 

Yann Cantin, docteur en histoire à l’EHESS, spécialiste de l’histoire de la Langue des signes et premier étudiant sourd a obtenir un poste de maître de conférences à l’université Paris VIII, insiste de son côté sur la nécessité de transmettre le patrimoine de la communauté sourde. Car, beaucoup de signes ont été perdus.

 

D’où vient le signe travail ? Comment s’est modifié le signe « Femme » ? Pourquoi les sourds américains ont-ils hérité du système de comptage avec les phalanges qu’utilisaient les Romains de l’Antiquité ? Toutes questions passionnantes auxquelles le jeune chercheur tente d’apporter des réponses. « Ce sont des recherches presque archéologiques », considère Yann Cantin qui regrette la disparition des certaines archives et que « de grands locuteurs en LSF n’aient pas laissé de traces ».

 

Vincent Cottineau, président de la Fédération Nationale des Sourds de France appelle ainsi de ses vœux la création d’un Conseil Supérieur chargé de la protection de la LSF et de la transmission de son histoire au même titre que sont protégées les langues vocales.

 

Quelle place pour la création en langue des signes française ?

 

Marie Thérèse L’Huiller, ingénieure d’étude au CNRS et co-fondatrice d’IVT, après avoir retracé les multiples combats menés pour la reconnaissance de la LS en France, insiste de son côté sur la difficulté persistante pour les enfants sourds de construire leur identité. « Dire d’une langue qu’elle est belle s’est bien », remarque-t-elle, mais insuffisant. Il convient aussi de s’interroger sur la culture que cette langue véhicule et de lui donner une place, notamment une place dans le paysage culturel, ce qui sera l’objet des débats du week-end. 

 

Le Rayonnement de la Langue des Signes dans le paysage culturel français à l’International Visual Theater (Paris 9) :

 

Samedi 15 octobre de 10h à 12h "Où rayonne la LS dans le paysage culturel français" et de 14h à 16h "Quelle est la responsabilité du metteur en scène?"

 

Dimanche 16 octobre de 14h à 16h "Le jeu des comédien(ne)s : peut-on tout jouer ?" et de 14h à 16h "Artistes sourds : quels parcours possibles ?"