La Foire du livre de Francfort : la France a remplacé le Canada en 2017

Clément Solym - 04.09.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - France Canada - Foire livre Francfort - édition salon professionnel


La France sera l’invité d’honneur de la Foire du livre de Francfort pour 2017, et l’on n’a pas fini encore de savoir qui paiera l’addition. C’est fin septembre, l’année passée, que Fleur Pellerin et Laurent Fabius avaient confirmé la décision prise par le Premier ministre, Manuel Valls. L’Hexagone occuperait donc le Pavillon d’honneur, qui était originellement prévu pour le Canada. Sauf que les dates ne marchent pas...

 

Frankfurt Buchmesse 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Radio Canada rappelle que la manifestation allemande de 2017 coïncidait avec le 150e anniversaire du Canada. Sollicité par les organisateurs de la Buchmesse, le pays préférait décliner l’invitation. François Charette, directeur général de Livres Canada Books explique à nos confrères : « Nous avons piloté le projet, engagé une consultante et fait les lobbys nécessaires. Le ministère du Patrimoine s’est montré intéressé, mais, quand ça s’est rendu du côté politique, ça n’a pas émergé. Le gouvernement n’a pas souhaité subventionner, il avait des priorités différentes. »

 

Ottawa n’a donc pas souhaité investir dans la plus grande manifestation professionnelle, dédiée à l’édition. Le coût de l’opération reste volumineux – et a déjà provoqué de vifs remous en France. Pour Livres Canada Books, il fallait obtenir entre 5 et 6 millions $ CA pour assurer la présence lors de la Buchmesse. La France, pour sa part, projetterait d’investir entre 9 et 13 millions $ CA pour occuper le Pavillon. 

 

On retrouve sur Livres Canada Books la présentation de la manifestation : 

 

La Foire du livre de Francfort est depuis longtemps considérée comme le rendez-vous international de l’industrie de l’édition, avec plus de 7 000 exposants provenant de près de 100 pays, et plus de 280 000 visiteurs. La Foire du livre de Francfort est « le plus grand marché mondial pour la négociation de droits et de licences d’édition ». 

 

 

Et la fiche de poste, pour le recrutement du consultant ou de la consultante avait débuté en décembre 2013. C'est à lui ou elle que revenait de mettre en place les recommandations nécessaires pour convaincre le gouvernement canadien. On devait fournir en juin 2014 son projet définitif, après avoir remis début mars ses premières conclusions.

 

L'engagement français, particulièrement tardif

 

C’est à l’occasion d’un déplacement en Allemagne, en fin septembre 2014, que Manuel Valls avait accepté la proposition. Il souhaitait alors « manifester la volonté du gouvernement de poursuivre et approfondir la coopération franco-allemande en matière de politique culturelle (...) après les prises de positions communes sur la TVA réduite pour le livre numérique ou la défense du droit d’auteur ». 

 

Pourtant, si l’invitation était attrayante, les ministères et les professionnels se regardaient en chiens de faïence, pour déterminer à qui irait la douloureuse. « C’est un grand prestige, que d’être l’invité d’honneur. Mais un prestige à plusieurs millions d’euros, quand le pays cherche à faire des économies, cela rend la douloureuse... plus douloureuse encore », nous assurait un observateur, amusé. Entre la rue de Valois, le ministère des Affaires étrangères et le Syndicat national de l’édition, chacun se renvoyait la balle, lestée à l’or : le coût de ce déplacement était estimé à 9 millions €

 

Les partisans du pour et du contre ne manquaient pas. Le SNE avait de toute manière juré qu’il ne verserait pas un sou, indiquant dans un communiqué : « Les éditeurs, représentés par le Syndicat national de l’édition, sont très honorés que la France soit invitée en octobre 2017 à la Foire du Livre de Francfort. Ils espèrent que l’État appréciera à sa juste valeur cette prestigieuse invitation et qu’il y répondra favorablement, en décidant d’attribuer des moyens exceptionnels à cet évènement, qui contribuerait au rayonnement culturel de la France et de la francophonie. »

 

Reste encore à savoir qui paiera : Manuel Valls ?

 

C’est que, depuis 2011, Juergen Boos avait sollicité la France, pour être l’invitée d’honneur en 2017. Les premières discussions avaient eu lieu alors que Nicolas Sarkozy était encore président, puis avec le ministère de la Culture à partir de 2012. Ainsi qu’il l’expliquait alors à BibliObs, en septembre 2014 : « Depuis deux ans, nous avons à plusieurs reprises demandé à voir Mme Filippetti. Mais nos rendez-vous, à Francfort ou à Paris, ont tous été annulés de sorte que finalement nous ne nous sommes jamais vus pour discuter de ce sujet. »

 

Certainement agacé de ce que personne ne réponde aux sollicitations, Francfort avait alors logiquement sollicité le Canada pour cette date. Une réponse tardive est toujours problématique, pour les organisateurs, et par sécurité, mieux valait avoir un autre candidat.

 

Si Ottawa a refusé de payer, et donc privé le Canada du Pavillon d'honneur, on est encore loin, en France, de savoir qui fera le chèque.

 

Selon nos informations, un comité de pilotage devrait réunir le MAE, le MCC, ainsi que l’Institut français et le BIEF, pour évoquer l’arbitrage financier. Selon toute vraisemblance, les ministères pourraient tous botter en touche, et il reviendrait alors au Premier ministre, Manuel Valls, de décider à qui reviendrait l’addition. Nous attendons de plus amples précisions, dans les prochains jours.