La galerie Sit Down expose Gangs story, photos de Yan Morvan

Claire Darfeuille - 12.02.2014

Culture, Arts et Lettres - Expositions - gangs story - Yan Morvan - exposition


On peut être un éditeur frileux ou un de ceux qui n'ont pas froid aux yeux. Le directeur de La Manufacture de Livres, Pierre Fourniaud, est de ce deuxième type. Car il faut un certain courage à une petite maison d'édition indépendante pour se spécialiser dans la criminalité française et internationale.  Parfois, cela coûte cher. 10.000 euros en ce qui concerne l'ouvrage Gangs story interdit de diffusion depuis juillet dernier. 

 

 

La casse

Septembre 1975 - casse de Montreuil - Au centre Yan Morvan

tous droits réservés

 

 

Motif de cette condamnation, la photo d'un ancien sympathisant du groupuscule d'extrême droite « Troisième voie » qui revendique 30 ans plus tard son droit l'image. A l'époque, le « Petit Mathieu » a 17 ans et il pose fièrement dans sa chambre décorée d'affiches favorables aux Waffen SS. Entre temps, « Petit Mathieu » est devenu grand. Il a abandonné le marteau et le pistolet qu'il tenait alors dans ses mains et laisse désormais son avocat mener ses combats à sa place.

 

Droit à l'image contre droit à l'information

 

« A quelques mois, nous n'aurions pas été condamnés », estime Pierre Fourniaud, qui explique cette décision de justice en raison du jeune âge du plaignant lequel n'atteindra la majorité que quelques mois après la prise du cliché. 2 500 exemplaires de Gangs story, sorti en octobre 2012, avaient déjà été vendus avant que ne tombe le jugement en juillet 2013. Un sticker est désormais collé à l'intérieur de la centaine d'ouvrages encore en stock. 

 

 

Petit Mathieu

La photo du petit Mathieu

Yan Morvan, tous droits réservés

 

 

Dans un carré blanc apposé sur la photo litigieuse, un court texte mentionne « Diffusion interdite par jugement du 26 juillet. Afin de mettre fin au trouble manifestement illicite subi par le demandeur. La liberté de création ne peut prévaloir sur le droit dont le demandeur dispose sur son image ».  La réimpression de l'ouvrage est conditionnée à la « cancellisation de l'image », sans plus de précision. 

 

En 1987, date à laquelle Yan Morvan photographie Petit Mathieu, cela fait déjà plus de 10 ans qu'il documente la vie des Hells angels, blousons noirs et autres bandes qui sévissent en France. Ses clichés sur les marges de la société française, ainsi que le travail de photo reporter de guerre qu'il mène en parallèle, feront souvent la Une des plus grands titres et lui vaudront des prix prestigieux, dont le Word Press Photo. 

 

Les bandes, des blousons noirs aux gangs des cités

 

En introduction de l'ouvrage, Kizo, ex-membre de Mafia Z, qui signe les textes de Gangs story, explique avoir voulu retracer l'histoire des gangs des années 90, «… il était temps que les petits prennent conscience du combat des grands frères (...) de leur lutte pour nous protéger des skinheads fascistes. D'autres sont morts pour nous", écrit-il.

 

 

 

 

Qui se souvient en effet des Red Warriors, Ducky Boys et autres Redskins regroupés à l'origine pour lutter contre les ratonnades et le racisme des skins néo nazis, les bonesheads ?

 

Les scènes que le photo-journaliste immortalise, les décors qui les entourent -grandes cités, squats, terrains vagues, tours des banlieues- rendent à ses personnages leur histoire tombée dans l'oubli. Ces clichés sont aussi pour les sociologues un témoignage d'autant plus précieux que peu ont osé s'y frotter. 

 

Une aubaine pour les collectionneurs 

 

La galerie Sit Down (Paris III) expose jusqu'au 22 février la série de photos tirée de l'ouvrage Gangs story, soit un témoignage sur 40 ans de l'évolution des bandes. Des tirages vintage de Johny de Montreuil en 1976 côtoient sur les cimaises des photos récentes des Jeunes Racailles Grignoises de 2012.  Jamais le IIIe arrondissement n'aura connu un tel rassemblement de mauvais garçons… 

 

Les tirages récents en édition illimitée sont en vente au prix de 220 euros TTC. La directrice de la galerie, Françoise Bornstein explique que « Yan Morvan a voulu rendre accessible son travail  à des gens qui ne franchiraient pas forcément la porte d'une galerie d'art ». Une aubaine pour les collectionneurs. Une occasion aussi de soutenir le droit à l'information. 

 

Page Facebook de Yan Morvan

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