La jeune fille et la mort : avouer, punir, venger, ou l'après Pinochet

Clément Solym - 09.02.2012

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Jeune fille - mort - Ariel Dorfman


Puisant dans le texte d'Arief Dorfman, La muerte y la doncella, et que Roman Polanski avait adapté pour le cinéma, le théâtre Darius Milhaud propose de retrouver dans une mise en scène minimaliste la pièce la Jeune fille et la mort. 

 

Paulina Solas et son mari Gerardo vivent dans les années qui suivent le régime Pinochet. Tous deux victimes, ils tentent de retrouver une vie normale dans cette nouvelle démocratie mise en place. Gerardo vient d'ailleurs d'être nommé responsable d'une commission chargée d'enquêter sur les crimes de l'ancien régime. Et c'est en revenant d'une rencontre avec le président du pays qu'une roue de sa voiture crève.

 

Le docteur Roberto Miranda, aimablement, le dépanne, et le raccompagne jusqu'à chez lui. Puis, faisant une étrange irruption vers minuit à son domicile, les deux s'entretiennent à bâton rompu de cette ère d'espoir qui s'ouvre. Mais Paulina, qui écoute discrètement, reconnaît la voix de l'un de ses bourreaux, alors qu'elle fut kidnappée et violée, quinze ans auparavant. Elle décide alors de séquestrer le docteur pour lui arracher des aveux...

 

La scène est à nu, tout juste un vieux poste pour diffuser un peu de musique, du Schubert, et une bouteille de whisky. Des chaises, dont celle sur laquelle sera attaché le docteur. Et puis, de la souffrance, transmise au spectateur par une comédienne prise dans son rôle. La souffrance de son mari, écartelé entre son désir d'une justice nouvelle et d'une société meilleure... et l'amour pour sa femme, avide d'une autre justice.

 

Et puis, ce docteur, coupable, peut-être, ou innocent, peut-être, emporté dans un huis clos qui pourrait pour lui devenir mortel. 

 

On perçoit des hésitations, un texte qui est maîtrisé, mais dont les comédiens ne possèdent pas toujours la mise en scène. Quelques couacs, des hiatus ou des échanges qui se chevauchent... Mais tous trois servent très bien cette pièce, et lui rendent honneur : en s'appuyant sur la douleur des personnages, les comédiens parviennent à communiquer facilement les sentiments, les dilemmes.

 

En somme, et avec les quelques notes d'humour qui parsèment et allègent parfois l'atmosphère lourde, c'est un beau spectacle, intime et haletant. Punir, venger, avouer... un autre trio...

 

 

Toutes les informations, à cette adresse