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La nappe du Golgota picnic dressée à Paris : sacrée Cène !

Clément Solym - 09.12.2011

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Golgota Picnic - théâtre - intégristes


Ça ne pouvait pas rater. Après le passage plus que remarqué de la pièce à Toulouse, Golgota Picnic sort pour plusieurs représentations au théâtre du Rond-Point à Paris. Et ses opposants ont répondu présents. La première qui avait lieu hier soir, a été sacrément sympa.

Cité par l'AFP, Jean-Michel Ribes était clair : « Ce sont des dingues. » Une réflexion inspirée peut-être moins par ces quatre milliers de fidèles réunis à Notre-Dame pour une prière nocturne que par la grosse centaine de manifestants qui s'étaient réunis devant le théâtre hier soir. Ou peut-être parce qu'il avait découvert que des députés de l'UMP avaient apporté leur soutien à l'Institut Civitas, qui a rassemblé ses fidèles contre la pièce.

 

Venus « le coeur débordant d'amour »

Dans les rangs silencieux, on retrouvait une banderole : « Culture et foi : et si on se respectait ? » Un peu plus loin, rapporte l'agence, une image du suaire du Christ de Turin... Et tout ce joli défilé était venu déposer des roses blanches devant le théâtre.

Manifestation pacifique, certes, réclamant le respect de la foi, tandis que la prière à Notre-Dame s'est faite par des croyants venus « le coeur débordant d'amour », a précisé l'archevêque de Paris, André XXIII. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, précise même que « la veillée doit permettre aux catholiques qui se sentent soit offensés, soit troublés par ce qu'on leur a dit de ce spectacle, de se réunir dans un acte de vénération du Christ ».

Pièce caricaturale ?

Ce Golgota Picnic, de Rodrigo Garcia, serait tout à la fois « caricaturale » mais également « insulte la personne du Christ en croix », ajoutait André XXIII.

Christine Boutin ne pouvait pas manquer d'intervenir, mais contrairement à ce que l'on pouvait attendre, la candidate du Parti chrétien-démocrate, a estimé ce matin sur France Inter que la manifestation était abusive. Et de revendiquer sa foi et sa religion : « Les catholiques ne sont pas des extrémistes, des intégristes, nous sommes une religion de l'amour et de la paix. »

Et d'assurer également qu'elle ne soutient pas les manifestants - et hop, des voix perdues - et au contraire, « je les condamne ». En effet, le « rapprochement entre ces pièces et les martyrs chrétiens au Moyen-Orient est plus que déplacé », souligne-t-elle, avant de conclure : « Je suis contre la censure, je préfère la liberté d'expression. »

Face à elle, d'autres se sont montrés bien plus fermés : Michael Lonsdale, acteur, était venu soutenir les manifestants opposés la pièce, estimant que « c'est un texte très pénible, il y a des insultes contre Jésus qui représente énormément pour moi ».

 


On remerciera tout de même Agnès Tricoire, de la Ligue des droits de l'Homme, qui rappelé à l'attention générale, au cours de la manifestation que « le délit de blasphème n'existe pas », incitant et invitant les catholiques de France à se rendre au théâtre pour découvrir cette pièce, avant que de la juger.

Christophe Girard, adjoint du Maire de Paris à la Culture a revendiqué pour la capitale tout à la fois l'indépendance de programmation et la liberté des théâtres ou établissements culturels qui perçoivent une subvention publique. « Cette surenchère à laquelle on assiste ne doit pas faire oublier qu'une majorité de catholiques, une majorité silencieuse, ne se retrouve pas dans les menaces et les tentations d'atteinte à la liberté de création », explique-t-il.