La polémique reste vive autour du Salon du livre 2008

Clément Solym - 10.03.2008

Culture, Arts et Lettres - Salons - salon - livre - polémique


A quelques jours de l’ouverture de l’édition 2008 du Salon du livre, les tensions restent fortes. Mais il est encore difficile de savoir aujourd'hui quelles seront les répercussions réelles sur la manifestation, aussi bien du côté des écrivains que de celui des visiteurs.

Des auteurs arabes prisonniers d’une décision étatique :

Les vingt auteurs marocains qui devaient exposer sur le stand de leur pays, par exemple, ne feront pas le déplacement à Paris. Comme Abdelouahab Errami, déçu de « rater le coche de cette agora de toutes les pensées ».

Mais depuis Rabat, l'écrivain explique : « Je n'épouse pas la position de mon gouvernement car je ne suis pas pour la politique de la chaise vide. Mais je ne viendrai pas. La cause palestinienne est, en effet, considérée au Maroc comme une cause nationale pour laquelle il est difficile d'avoir une position individuelle différente sous peine de s'exposer à une campagne de presse. »

Alaa El Aswani, auteur du best-seller L’Immeuble Yacoubian est publié par une grande maison d'édition française, Actes Sud. L'Egyptien ne boycottera donc pas le Salon où il présentera son deuxième roman, Chicago. Actuellement en tournée en Allemagne, Alaa El Aswani se dit choqué de la mise à l'honneur d'un pays « coupable de crimes contre l'humanité. Mais je vais venir pour distribuer des photos d'enfants libanais et palestiniens victimes de l'armée israélienne. »

La Fabrique entend, elle aussi, porter la contradiction au sein du Salon. Pour la première fois cette petite maison d'édition qui publie des auteurs « palestiniens et israéliens anticolonialistes » a loué un stand. Exprès. « Pour ne pas laisser le monopole de la parole aux autres », justifie Eric Hazan, son fondateur. Avec l'UJFP, l'Union juive française pour la paix, La Fabrique organisera d'ailleurs trois débats, en dehors du Salon, sur la situation israélo-palestinienne.

Le sultanat d'Oman va boycotter aussi le salon :

Cette décision
a été rendu officielle ce dimanche. Avec l'annonce faite par Khaled al-Ghassani, responsable au ministère de la Culture et du patrimoine, Oman rejoint plusieurs pays arabes et musulmans, parmi lesquels l'Arabie saoudite, l'Iran et le Yémen, qui ont annoncé qu'ils ne participeraient pas.

L'Organisation islamique de l'éducation des sciences et de la culture (Isesco) a également appelé ses 50 membres à boycotter le Salon du livre, en dénonçant la politique israélienne.

La France a « regretté » ce boycottage, rappelant que « c'est pour leurs œuvres d'écrivains qu'Amos Oz ou David Grossman, fondateurs du mouvement « La paix maintenant », et que tous les auteurs sélectionnés par les organisateurs du salon [étaient] invités officiellement à Paris ». Jeudi, l'ambassadeur d'Israël en France, Daniel Shek, a estimé que ce boycottage « punissait » le public français et empêchait le dialogue.


Pour une dissociation du littéraire et du politique :

« Je comprends qu'un gouvernement appelle au boycott mais moi je suis écrivain. Il faut déshabiller la littérature de la politique même si c'est un exercice délicat », explique Hyam Yared, poétesse libanaise qui se rendra à Paris pour présenter son premier roman, L'Armoire des ombres (Sabine Wespieser Editeur) et recevoir le prix France-Liban. « La littérature ne peut être responsable de l'Histoire. Elle peut en témoigner. »

La présence de Shimon Peres à l’inauguration est loin de calmer les esprits :

L’inauguration officielle du Salon du livre de Paris se déroulera jeudi 13 mars à 17 h30 en présence de Shimon Peres, président de l’Etat d’Israël, et de Christine Albanel, ministre de la Culture et de la communication. Nicolas Sarkozy devrait être absent de la cérémonie, pris par le conseil européen qui se tient à Bruxelles les 13 et 14 mars. Le président israélien est par ailleurs en visite d’Etat de quatre jours en France à partir d'aujourd'hui.

Un renforcement de la sécurité :

Pour cette 28e édition, les organisateurs du salon ont considérablement renforcé les mesures de sécurité dès le montage. Les consignes déjà communiquées aux exposants vont alourdir l’accès au salon. Les professionnels devront être munis de leur badge d’accès et d’une pièce d’identité.

Jeudi, à partir de 12 h aucune livraison ne sera admise dans le hall 1 et aucun accès ne sera possible entre 17 h15 et 19 h, heure à laquelle les portes s’ouvriront pour tous les invités de la soirée. Pendant l’ouverture au public (du 14 au 19 mars), les visiteurs devront passer par des portiques de sécurité, installés en nombre à toutes les entrées.