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La Porte à côté : une ouverture critique sur le théâtre de boulevard

Le Souffleur - 25.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - théâtre - boulevard - amour


Le théâtre peut suivre différents objectifs : cathartique, artistique, réflexif, satirique.. Mais il peut aussi être divertissement (il faudrait ne jamais l'oublier). Et de grande qualité. Comme cette Porte à côté. Deux comédiens brillants, légers – Emmanuelle Devos et Edouard Baer – suivent le juste rythme de la mécanique comique. Un texte de Fabrice-Roger Lacan qui s'ingénie dans le dialogue et la répartie. Une histoire classique – deux personnages que rien ne dispose à se rencontrer ni à s'accorder vont se croiser parce que voisins de palier puis s'aimer. Quelques références enlevées – Bruckner compositeur préféré d'Hitler, Marguerite Duras totem adoré ou dégoûtant de la littérature moderne. D'autres plus boulevardières – les portes qui claquent, jusque dans le titre, même si c'est finalement plus le dehors, le palier, qui est le lieu de l'action que le dedans.

 

 


 

 

 

Quelques clichés aussi pour accentuer cette différence entre les deux personnages – et surtout genrée, lorsque chacun des deux s'inscrit sur un site de rencontres, ils préfèreront écrire que, pour lui, le sexe dans le couple est important pour ne pas paraître impuissant et, pour elle, secondaire afin de ne pas être prise pour une nymphomane ; cliché de la société en général plus que de la pièce, mais qu'il convient, préoccupation du moment, d'éradiquer urgemment pour faire sauter les autres inégalités entre femmes et hommes. Une mise en scène de Bernard Murat sobre, quoiqu'un peu trop sophistiquée – pourquoi cette projection en fond de scène d'un écran d'ordinateur où se lit tout ce qui est déjà dit lorsque les personnages sont connectés ? Bref, tout ça aurait déjà fait un bon divertissement.

 

Mais ce qui fait l'intelligence de la pièce, c'est d'intégrer dans son genre – le boulevard – sa propre critique, plutôt propre au théâtre intellectuel pour le dire vite. Le prologue, qui rappelle celui de l'Antigone d'Anouilh, où chacun des deux personnages présente l'autre au public et dévoile d'emblée toute la logique classique de l'intrigue – deux caractères opposés qui finiront par s'épouser – tout comme Anouilh annonce déjà la mort d'Antigone dès les premières lignes de sa pièce. L'utilisation, comme un lapsus, du mot réplique qui ouvre tout un échange entre les deux redevenus comédiens sur l'illusion du théâtre, et qui, dans l'idée, ressemble à celle mise en place par Tg Stan dans sa récente adaptation au théâtre de la Bastille de Scènes de la vie conjugale. La digression sur le procédé de la fausse sortie au théâtre, mettant à nu la mécanique dramatique, dont les personnages eux-mêmes sont conscients. Audacieux boulevard contemporain donc !

 

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Représentations jusqu'au 31 mai au théâtre Edouard VII