La revue Décapage a 15 ans, et reste loin des chapelles littéraires

Antoine Oury - 22.04.2016

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Putain, 15 ans : la revue Décapage, créée en 2001 « sur les escaliers de la bibliothèque Carnegie de Reims » fêtera bientôt son 55e numéro. Si la voilure a été réduite à deux numéros par an au sein de la maison Flammarion qui publie Décapage depuis deux ans, les créateurs et collaborateurs qui y participent s'efforcent toujours de mettre en avant les auteurs et la fiction contemporaine. Rencontre avec Jean-Baptiste Gendarme et Erwan Desplanques au Festival Le Livre à Metz.

 

Festival Le Livre à Metz

Jean-Baptiste Gendarme, Erwan Desplanques, Sarah Polacci, Audrey Alvès (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La prestigieuse revue désormais publiée par Flammarion — avec un tirage entre 1500 et 2000 exemplaires selon les couvertures — et distribuée en librairies était au départ un simple fanzine d'amateurs de littérature. « À l'époque, je commençais à écrire », se souvient Jean-Baptiste Gendarme, « et j'avais remarqué dans beaucoup de biographies d'auteurs que ces derniers avaient souvent participé à des revues au début de leur carrière. Je ne savais même pas ce qu'était une revue littéraire, je n'en avais jamais lu », avoue-t-il.

 

C'est peut-être cette ignorance qui a donné le ton si inédit de Décapage (le nom fait référence aux 10 pages, 3 feuilles A4 pliées en 2 et une page supplémentaire collée au milieu, qui formaient la revue) et sa simplicité initiale. « Avec Décapage, on voulait célébrer la fiction et la création, parce que les étudiants en lettres ne lisaient pas de littérature contemporaine, et nos amis n'aimaient pas lire », explique Jean-Baptiste Gendarme.

 

La découverte, celle du lecteur plutôt que de l'éditeur, est au centre de la revue dès le premier numéro, qui mêle chroniques et fictions : « Nous écrivions tous les textes, au départ, avant de les envoyer à nos auteurs qu'on aimait bien », explique Erwan Desplanques, compère depuis les débuts. « On ne voulait surtout pas se prendre au sérieux, ou débarquer avec un grand manifeste littéraire dans le premier numéro. L'essentiel était de sortir des chapelles littéraires. » Au contraire, la revue joue la carte de l'irrévérence et de l'autodérision, avec un certain succès.

 

Un flair certain pour découvrir les auteurs

 

Contrairement à d'autres revues littéraires comme L'Infini ou Inculte, Décapage n'est en effet lié à aucune école ou figure littéraire : en 2004, on peut découvrir dans ses colonnes David Foenkinos ou Philippe Jaenada, et l'équipe rédactionnelle tient à cette liberté. « Quand on met dans le même numéro Frédéric Beigbeder et Éric Chevillard, alors qu'ils sont un peu des ennemis notoires, c'est un peu l'esprit de la revue », souligne Jean-Baptiste Gendarme.

 

Avec l'émergence des blogs, la revue s'adapte, accueille une bonne dose d'illustration et abandonne les critiques pour se consacrer uniquement à la fiction et à ceux et celles qui l'écrivent. « Si la revue fonctionne, c'est parce que c'est moi qui décide et qui tranche » souligne Jean-Baptiste Gendarme sans fausse modestie : « Je ne veux pas faire quelque chose que l'on pourrait retrouver dans une autre revue ou sur Internet », appuiera-t-il à plusieurs reprises.

Le numéro 54, disponible

 

 

Ainsi, le sommaire de Décapage se constitue autour de concepts forts : la « Panoplie littéraire » offre à un écrivain des dizaines de pages pour qu'il se présente, lui, sa vie et son oeuvre, quand « À vos idoles » invite des auteurs à envoyer un courrier à un collègue apprécié et « L'interview imaginaire » leur propose de mener un entretien avec un disparu dont les réponses proviennent de son oeuvre. La chronique qui persiste dans la revue se nomme « La Pause », et se présente sous la forme d'une... bande dessinée. Originalité avant tout, sans se départir d'une exigence de qualité.

 

Au fil des années, on a vu des noms dans Décapage avant de les retrouver sur des livres en librairie, comme Thomas Vinau ou Arnaud Dudek, entre autres. Si bien que Jean-Baptiste Gendarme passe parfois pour un éditeur : « Et c'est vrai que c'est peut-être comme cela que je construis les sommaires, avec les auteurs que je voudrais éditer si je faisais ce métier », reconnaît-il.

 

Le passage chez Flammarion, après La table ronde, n'a pas entamé l'indépendance de la rédaction, même si des auteurs trop confidentiels n'ont parfois pas pu faire la couverture, faute de compromis. Le format carré, adapté pendant quelques années par la revue, a été modifié en format livre, plus pratique pour les librairies. Décapage rassemble entre 400 et 600 abonnés, et jouit d'une belle réputation en librairie, où certains numéros (Philippe Jaenada, Pierre Michon, Arnaud Cathrine, bientôt Maylis de Kerangal) sont épuisés.

 

Décaper sans polir, beau programme.