La violence contre les femmes en débat à Livre Paris

Fasseur Barbara - 19.03.2018

Culture, Arts et Lettres - Salons - Marlène Schiappa Débat - Violences Femme Harcèlement - Livre Paris 2018


Lors de ce quatrième et dernier jour du salon Livre Paris, la scène Agora accueillait 4 autrices militantes et engagées pour débattre autour de la question des violences faites aux femmes. Ainsi, Claire Saint Lager (La voie de l’amoureuse aux éditions Artège), Marie Duru-Bellat (La tyrannie du genre chez Sciences Po les presses), Olivia Gazalé (Le mythe de la virilité aux éditions Robert Laffont) et Marlène Schiappa (Le deuxième sexe de la démocratie aux éditions L’Aube), secrétaire d’État chargée de l’égalité homme-femme se retrouvaient pour parler de l’état actuel des choses, livrant chacune leur propre vision de la situation et leurs recommandations quant au harcèlement de rue.

 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Marlène Schiappa démarre la discussion en annonçant que sa proposition de loi contre les outrages et violences sexistes a été validée par le Conseil d’État et sera présentée ce mercredi au Conseil des Ministres. Elle rappelle également les quatre volets de cette loi : améliorer la protection des mineurs de moins de 15 ans, l’allongement du délai de prescription de 20 à 30 ans pour les viols sur mineurs, la mise en place d’une verbalisation à hauteur de 200 euros, un stage pour éduquer contre le harcèlement de rue, et enfin la mise en place d’un outil pour mieux condamner le cyber harcèlement dit de meute ou raid numérique.

Par une série d’anecdotes personnelles sur sa propre histoire ou encore celle de sa fille de 11 ans, Marlène Schiappa met en avant le fait que la peur de l’intimidation dans l’espace public est un fléau au quotidien. « La sécurité des femmes dans l’espace public est un véritable prérequis pour faire progresser l’égalité homme-femme ».


Violences faites aux femmes : le plan de
Macron contre la “honte nationale”


Marie Duru-Bellat rebondit alors sur ses propos, y voyant la manifestation d'une tyrannie du genre. Pour elle, le sexisme est un danger qui « met en exergue la binarité du genre dans une revalorisation perpétuelle des identités figées ». Pour stopper la violence, il faut aller au-delà de l’identité du genre qui nous enferme, et non pas accepter ce perpétuel retour en arrière de la bipolarité du genre imposée par la société, mais aussi par la résistance récurrente du parallèle fait, à tort, entre le genre et le sexe.

À ses yeux, il existe aujourd’hui une véritable « inflation des normes qui pèsent sur les femmes » entretenant une violence à deux niveaux. La définition même du féminin comme identité est une forme de violence dont découle la représentation de la virilité. L'auteure ne comprend pas le besoin de cette dichotomie, « lâcher la bipolarité permettrait de mettre un terme à la hiérarchie ».

Olivia Gazalé reprend le flambeau, insistant sur la confusion encore trop fréquente sur le terme de genre qui complique deux problématiques. Tout d’abord le débat philosophique tentant de distinguer les différences entre les sexes, mais aussi la hiérarchie qui existe entre eux, établissant l’un au-dessus de l’autre. Elle préfère d’ailleurs utiliser le mot « virilisme » plutôt que le terme de virilité.

Le virilisme exprimant « cette idéologie, cette construction des représentations genrées inscrivant un genre supérieur à l’autre ». Mais, elle rejoint Marie Duru-Bellat sur le fait que la violence est inscrite directement dans la définition faite des genres, s’appuyant sur l’histoire des civilisations et l’évolution de la vision des genres. Elle fait part lors de l’intervention, et plus en profondeur dans son ouvrage, du basculement de considération qui a eu lieu à l’époque Greco romaine, passant d’une société matriarcale à une société patriarcale qui marque encore profondément les mentalités malgré les nombreuses évolutions.

Claire de Saint Lager intervient avec un autre angle, s’appuyant sur l’histoire anthropologique de l’Homme. Pour elle, le monde est construit sur le duo féminin/masculin. Dans son ouvrage, plutôt qu'une déconstruction, elle propose un chemin d’émancipation au féminin, elle souhaite donner aux femmes les ressources pour accéder à leur pleine capacité afin de renverser la hiérarchie. Mais attention, « on n’a pas à devenir des hommes comme les autres ».

Pour elle, la femme ne devrait pas souhaiter accéder aux postes d’hommes, car cela affirme que ces postes sont supérieurs. Claire de Saint Lager préfèrerait prendre le contre-pied de la démarche et revaloriser le féminin en proposant de nouveaux modèles d’épanouissement aux femmes, mais aussi aux hommes.

Elle déplore par ailleurs le fait que ce débat sur les violences faites aux femmes soit mené par quatre femmes, excluant une nouvelle fois les hommes de la réflexion. Elle souhaiterait voir plus de solutions proposées aux hommes, « quel nouveau modèle propose-t-on aux hommes ? Quel peut-être leur nouvelle place ? Comment les inclure dans le débat ? ». Pour Claire, c'est en grande partie un souci d’éducation et de modèles défaillants véhiculés par les médias et auxquels sont confrontés les enfants de plus en plus tôt. Ce à quoi toutes les auteures acquiescent.

Marlène Schiappa précise que la mise en place de référents égalité dans tous les lycées est en cours afin de régler ces dysfonctionnements, ouvrir le dialogue et pallier le manque d’éducation et d’accompagnement. Elle ajoute également : « Faire des lois, c’est important, mais ce n’est pas suffisant. Il faut que la société s’empare de ces lois pour faire avancer les choses. Une femme meurt encore tous les trois jours sous les coups de son conjoint et c’est inacceptable. Alors, indignez-vous et agissez ».

Commentaires

Il est dommage qu'un auteur comme Charline Radoux qui vient de faire paraitre "Mes maisons closes" (Chez Edilivre) sur les violences intra familiales dans un camps de transit à Dieppe n'aie pas été invitée. Manifestement elle n'est pas assez "Parisienne" .Son bouquin est émouvant et décrit pour la première fois , de l'intérieur la vie d'une femme avec son cortège de violence dans ce milieu. Sa description du quartier des femmes de la prison de Rouen est saisissante. A lire et à partager. Paul.
Merci Claire de Saint Lager d'inclure les hommes dans la réflexion. Sans eux, la situation ne pourra évoluer.

Bravo à toutes les auteures pour leur vision et opinion sur ce sujet. Cela nous ouvre l'esprit et nourrit le débat.

@Paul, on ne peut malheureusement pas inviter tout le monde, mais merci pour cette référence.

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.