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Lames au corps : les pin-ups macabres et tourmentées de Steve Gianakos

Florent D. - 28.12.2016

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Steve Gianakos exposition - pin-ups macabres tourments - Lames au corps femmes


La galerie Semiose, située à Paris, ouvre ses portes à Steve Gianakos, pour une exposition intitulée Lames au corps, du 7 janvier au 25 février. Pin-ups macabres et tourmentées, découvrez l’univers décalé et parfois osé de l’artiste Steve Gianakos qui expose pour la première fois à la galerie Semiose cette série de peintures au style vintage et enfantin.  

 

 

 

Depuis la fin des années 1960, les dessins, collages et peintures de Steve Gianakos (né en 1938) combinent l’innocence et la luxure, la vulgarité et la sophistication, comme pour mieux révéler l’absurde mixtion de sexualité et d’anxiété au cœur de la condition humaine. La galerie Semiose expose une série de peintures de l’artiste, présentées pour la première fois en France, reprenant les fidèles personnages féminins qui parcourent son œuvre.

 

Ses œuvres pourraient être des proverbes tant elles distillent, en quelques traits sombres, leurs vérités triviales. Un style innocent dans la veine des bandes dessinées vintages et des livres pour enfants supportent des saynètes obscènes, cocasses ou cruelles, peuplées de pin-ups tourmentées par des escargots rampant ou des serpents à la langue bien pendue. Grâce à l’humour, Gianakos désarme son spectateur en lui soumettant sa vision délicieusement sombre et subversive de la psyché humaine.

 

« Toute l’œuvre de Steve Gianakos semble fondée sur l’après-coup – ou le mauvais coup : coups de mains, coups de reins, coups tordus... Non pas sur le commentaire donc, mais sur la chute et la rechute, le bond et le rebond, à l’instar d’une conversation sous-tendue par des jeux de mots facétieux, des allitérations ou des ellipses incessantes, et autres afféteries de langue. »

 

 

Brillamment diplômé du Pratt Institute de Brooklyn presque dix ans après l’apparition du Pop Art, l’artiste en utilise dès lors sans vergogne les codes, le langage et les expressions, les usant autant que les utilisant comme des choses établies, déjà surannées, presque nostalgiques. Dernières étoiles à flamboyer au firmament de l’art.


Effeuilleuses de feuilles d’un jour, empreintes d’images empruntées, découpées et recollées à la hâte comme un maquillage sur la banquette arrière d’un taxi de nuit, ses héroïnes n’ont ainsi pas plus d’épaisseur ou de consistance qu’un papier de cigarette roulé entre des doigts gourds ; la dernière procurant toujours plus de plaisir que la première qui nous a déjà condamnés... 

 

The King is dead. Long live The Queens ! Leurs heures seront donc éclatantes, jouissives, transgressives, improbables et corrompues. Et les couches de papier sur lesquelles Steve Gianakos en reproduit les soirs et matins d’être aussi blanches qu’une nuit noire, aussi propres qu’un kleenex au fond d’un sac à main, aussi cristallines qu’une voix chargée d’alcool et de tabac, et aussi fraîches que les nouvelles du jour. Just a cut above the rest. 

 

 

 

Ne poussons pas du col, affalée sur son divan, la diva est moins divine qu’avinée, moins fine fleur que déflorée, mais reste raffinée dans toute l’essence du terme. Aussi ne serons-nous pas surpris de la voir se farder au fil du rasoir (Her knees shock like castanets, 2012), déjeuner d’une tête (Mother and Child, 2012), voire paraître rentrer dans le moule de la bienséance (Sans titre, 1998). Pas de quoi s’alarmer ou verser une larme... “Oh ! Juste une larme, Darling ! Allez... Un doigt de plus... Le dernier !” “Le de(r)nier du culte ?”. 

 

Belle et rebelle, un peu dérangée, un peu mal genrée, aujourd’hui volontiers girlie, elle feint et feinte le bon et le mauvais goût, mange mal, mais avec des baguettes, joue faux et hors mesure, mais avec grâce et distinction. S’attachant à la tâche, excessive et lascive, elle serpente sur la mauvaise pente, prend sa chatte pour une panthère, et inversement. Whatever tickles your fancy, n’est pas con qui veut. Et sous ses doigts de fée se dissout le vernis. 

 

L’art s’en retrouve dès lors désœuvré, enfant unique dans un palais désert. Après avoir tout mis à sac, il faut se prendre en main, lui dit-elle en tête-à-tête ! Sac à main, main au collet, collet monté, bien chapeautée, elle s’apprête enfin à s’exposer d’un trait. Un poil carnassière, elle s’affiche ainsi sous les sunlights après une ultime collation/décollation bien tournée. “Porcher, au Chapon !”, s’écrie-t-elle avide. “Où sont mes invités ?... » Benoît, on s’exécute, en mets invités. 

 

À l’art les dents longues ! » 

Charles-Arthur Boyer