Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

#LBF17 : Malgré le Brexit, la Foire de Londres se veut optimiste

Antoine Oury - 14.03.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - foire livre londres - LBF17 - Jacks Thomas LBF


La Foire du Livre de Londres vient d'ouvrir ses portes dans un contexte mitigé pour l'industrie du livre britannique : si les résultats sont bons, le déclenchement du Brexit canalise encore toutes les craintes d'un monde du livre très ouvert sur l'international. Jacks Thomas, directrice de la Foire, a évoqué ce contexte en ouverture de la London Book Fair.

de notre envoyé à Londres

 

Jacks Thomas, London Book Fair

Jacks Thomas (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

C'est devant une petite audience, dans la salle de presse de la Foire du Livre de Londres, que la directrice Jacks Thomas a prononcé son discours d'ouverture. Avec ses 25.000 visiteurs venus de plus d'une centaine de pays et ses 1500 exposants, la London Book Fair est l'un des plus importants événements pour les professsionnels, en Europe, après la Foire du Livre de Francfort et celle de Bologne, pour la jeunesse.

 

Dans les allées de la Foire, des éditeurs britanniques, bien sûr, mais aussi des organisations et des associations, des agents littéraires, des producteurs de contenus multimédias, et des éditeurs du monde entier, avec un accent particulier, cette année, sur la Pologne et l'Inde, pour les 70 ans de l'indépendance du pays.

 

Quelques auteurs seront présents, dont David Nicholls, Michael Morpurgo, Andrzej Sapkowski et Olga Tokarczuk, tandis que la Foire célèbre à la fois 20 ans d'Harry Potter et 60 ans de Dr. Seuss, les 350 ans de la naissance de Jonathan Swift, et commémore les 160 ans de la disparition de Joseph Conrad et les 200 ans de celle de Jane Austen.

 

Des raisons de se réjouir... mais un peu d'anxiété

 

S'appuyant sur des données de Nielsen, Jacks Thomas a proposé un état des lieux de l'industrie du livre britannique : « Bonnes nouvelles au Royaume-Uni ! Les consommateurs ont dépensé en moyenne 6 % de plus pour le livre en 2016, ce qui est particulièrement encourageant. En tant que dinosaure, je suis particulièrement heureuse de cette hausse des ventes de 7 % pour les livres imprimés », se réjouit Jacks Thomas.

 

À l'inverse, les ventes de livres numériques sont en baisse de 4 % en 2016, et les tablettes et smartphones sont désormais les appareils les plus prisés pour la lecture, devant les lecteurs ebook (48 % contre 44 % dans les usages). En l'absence d'étude sur le sujet, difficile de savoir si la baisse des ventes de livres numériques est une tendance des consommateurs ou le résultat d'une hausse des prix des ebooks, comme aux États-Unis. Et surtout, les données ne concernent souvent que l'édition traditionnelle – excluant les ouvrages autopubliés.

 

Les libraires britanniques ont également le sourire, avec une hausse de 4 % des ventes en librairies, notamment grâce aux très bonnes ventes de la non fiction (+ 5 %) et des livres jeunesse (+ 3 %). Selon la Publisher's Association, qui rassemble les principaux éditeurs britanniques, une des plus fortes hausses s'observe du côté des ventes des livres imprimés de non fiction, qui représentent 759 millions £ (+ 9 %). L'édition de journaux académiques connaît aussi une belle croissance, de 5 %, pour atteindre 1,1 milliard £, dans lequel le numérique représente... 95 % des revenus.

 

À l'export, le solde de l'année est négatif, à 1,42 milliard £, soit une baisse de 3 %. Côté traductions, la Suède, avec le nouveau Millenium signé David Lagercrantz, le roman Hitman Anders and the Meaning of It All de Jonas Jonasson et A Man Called Ove de Fredrik Backman, a tiré son épingle du jeu, tout comme l'Italie avec les livres d'Elena Ferrante. Au rayon des « tendances » de l'année, les éditeurs ont une pensée pour George Orwell, Margaret Atwood et Aldous Huxley, dont les ventes ont connu un nouvel élan « grâce » à la montée des populismes en Europe.

 

À ce titre, le Brexit, désormais officiellement déclenché, continue de causer des aigreurs à l'édition britannique : la table ronde qui suivra le discours de Jacks Thomas, consacré à la sortie du Royaume-Uni de l'Union, verra l'ensemble de l'audience avouer sa crainte des conséquences du Brexit pour l'édition...