Le Bourgeois, le gentilhomme et le François Morel

Clément Solym - 03.02.2012

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Molière - Bourgeois gentilhomme - François Morel


Il s'envole, ce François Morel, dans un rôle qu'on croirait écrit pour lui. Cette comédie-ballet, où l'on retrouve les musiques de Lully, si connue au théâtre, trouve aussi une nouvelle vie dans cette adaptation présentée au théâtre de la Porte Saint-Martin. D'ailleurs, ce n'est pas compliqué : ne vous fiez pas à la presse, faites-vous une opinion par vous-même en allant la voir.

 

Exubérante, fantasque, hystérique, la mise en scène met en valeur un bourgeois grotesque comme rarement, entouré d'une horde de profiteurs, d'incapables, tous entretenant les rêves de gentilhommerie que ce monsieur Jourdain chérit.

 

Si l'actualité des textes de Molière n'est plus à rappeler (on renverra tout de même à la question de la création et de sa rémunération...), les costumes ne cachent pas la bêtise commune et partagée, de ces personnages. Depuis la fille idiote à la mère complètement hystérique, la précieuse bouffonne plus ridicule que jamais, ou le petit marquis sans le sou : chacun participe de ce petit monde ahuri, qui tourne autour d'un Morel splendide.

 

 

En fait, c'est la fadeur des personnages, tous autant les uns que les autres, qui donne plus de panache au comportement ridicule du bourgeois.

 

On est d'ailleurs dans une mise en scène, par Catherine Hiegel, qui frise le boulevard, en cherchant le rire et la bonne humeur. Jusque dans la précieuse a des accents de bourgeoise versaillaise, version pouffiasse sans scrupules. Tout est exagéré, frisant le n'importe quoi : on coiffe notre bourgeois d'un costume d'un goût ignoble, et taillé avec les pieds, en lui assurant qu'il est splendide.

 

Le monde de monsieur Jourdain est celui d'un mensonge permanent, où chacun le conforte avec ferveur : surtout, pas question que ne se tarisse le citron si empressé à se faire presser...

 

Et ainsi, tout le monde prend sa part de caricature, d'ordinaire exclusivement dévouée au Bourgeois. Un parti pris de la mise en scène, pour qui le texte sert avant tout de prétexte à un grand moment de rires, que porte admirablement Morel, pour livrer une pièce tirée vers la drôlerie.

 

Ah tu veux de la prose ? Tu vas en avoir !

 

L'esthétique ne répondra pas aux attentes d'une pièce proposée à la Comédie française, ni à une représentation d'un classicisme ordinaire. Ici, on joue dans l'outrancier pour donner de la joie et montrer que l'on peut rire de tous, plutôt que d'un seul, car le plaisir ne vaut que si l'on se moque de tout.

 

Les ballets eux-mêmes, dont les chorégraphies ne sont pas toujours idéalement synchrones, démontrent cependant une recherche intéressante.

 

Mais dans tous les cas, c'est un Morel truculent qui ravit la salle. Jouant peu avec la salle, au moins durant la représentation à laquelle nous avons assisté, il est un Jourdain ciselé, dont il s'empare pour le plus grand plaisir du spectateur. Bouffon, risible, incapable de la moindre lucidité et berné par trois plumes et deux salamalecs dans un improbable langage, il reste le plus entier des personnages.

 

Emporté dans sa folle quête de gentilhommerie, monsieur François ‘Jourdain' Morel ne recule pas même devant un nu, quasi intégral, pour combler son public. Et une fois que les masques sont tombés pour les uns, et qu'un nouveau s'offre à lui, c'est vers les nues que le bourgeois s'envole. Vers de nouvelles aventures... de gentilhomme, évidemment.