Le Chinois et Nobel Mo Yan juge la censure parfois nécessaire

Clément Solym - 11.12.2012

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Mo Yan - Prix Nobel de Littérature - Chine


Ce lundi dans la capitale suédoise, au sein du Stockholm Concert Hall, l'écrivain chinois Mo Yan a accepté le Prix Nobel de littérature 2012. La remise de la récompense s'est déroulée quelques jours après une conférence de presse, au cours de laquelle le lauréat s'est attiré les foudres de ses détracteurs en défendant l'idée que la censure était nécessaire. Tandis que son compatriote et autre Nobel, Liu Xiabo, se trouve toujours en détention, on reproche désormais à Mo Yan une certaine timidité politique face au régime communiste chinois. 

 

Mo Yan en 2008 (Johannes Kolfhaus, Wikipedia)

 

 

Après avoir été qualifié de bouc émissaire du gouvernement chinois par Salman Rushdie, pour avoir refusé d'apposer sa signature à une pétition pour la libération de Liu Xiabo, Mo Yan a accepté le Prix et ses 8 millions de couronnes suédoises, en exprimant : 

 

« Je veux profiter de cette occasion pour exprimer mon admiration pour les membres de l'Académie suédoise, qui s'en tiennent fermement à leurs propres convictions. Je suis persuadé que vous ne vous laisserez pas affecter par quoi que ce soit d'autre que la littérature. »

 

En outre, l'écrivain au fil de son discours a distancié quelque peu la profession d'écrivain de l'action politique : « Je suis également bien conscient que la littérature n'a qu'une influence minime sur les différends politiques ou les crises économiques dans le monde, mais son importance pour les êtres humains est ancienne. »

 

Si les dissidents et autres internautes chinois ont immédiatement exprimé leur mécontentement suite à la conférence de presse de vendredi dernier, les propos de Mo Yan, défendant la censure comme nécessaire, ont également suscité l'indignation d'écrivains comme certains de ses prédécesseurs parmi les Nobel.

 

Ainsi, l'écrivaine germano-roumaine Herta Müller aurait déclaré avoir pleuré en apprenant par les médias que le lauréat s'était exprimé en « louant la censure ». Les médias, n'ayant pas forcément lésiné sur la dramatisation des propos, ont pu contribuer à faire couler quelques larmes en sus de l'encre.

 

Mais les avis sont parfois plus nuancés quant à l'intégrité politique du Nobel 2012. L'auteure américaine Shelley W. Chan, qui a notamment écrit sur Mo Yan, reproche à ses détracteurs de ne pas avoir lu l'oeuvre de l'écrivain chinois, oeuvre qui selon elle frôlerait par sa critique du régime les limites de la censure.