Le cinéma : une histoire de livres

La rédaction - 28.02.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - adaptations cinéma - films - livres


Quel est le point commun entre Casino Royale, Le Seigneur des Anneaux, The Avengers, Forrest Gump, Harry Potter, Twilight, Orange Mécanique, Jurassic Park, La Liste de Schindler, Fight Club, La Ligne Verte, Sin City et Slumdog Millionnaire? Outre le fait d'avoir été d'outrageants succès cinématographiques au point de devenir des films cultes, ils ont tous été adaptés d'un livre, et ils ne sont pas les seuls.

 

 


 

 

Plus personne ne lit apparemment. Le monde de l'édition est en crise. Les chiffres sont en baisse. Lire n'intéresse plus les jeunes, nous dit-on. Et à force d'entendre ces sottises jour après jour, on finirait presque par y croire. Mais alors comment expliquer que la majorité des films qui sortent dans nos salles obscures soient toujours irrémédiablement accompagnée d'un petit "d'après un roman de..." ? Tolkien, Stan Lee, King, ou d'autres écrivains bien moins connus, restent toujours les meilleurs scénaristes d'Hollywood. Alors, permettez-moi de vous affirmer que le livre, papier ou numérique, a encore de beaux jours devant lui.

 

Et l'histoire ne date pas d'hier. Dès les prémices du cinéma, les films adaptés de romans déjà écrits avaient toute leur place. Pour en avoir la confirmation, il suffit de s'intéresser à La Mecque du cinéma : les Oscars. En effet, dès leur première édition, en 1929, la catégorie Meilleur Scénario Adapté existait déjà. Ce fut Benjamin Glazer, pour l'histoire du film L'Heure Suprême, qui remporta la première statuette de la catégorie pour son adaptation d'une pièce de théâtre d'Austin Stong. Dès l'année suivante, en 1930, c'est le film Le Patriote, adapté du récit Paul I de Dimitri Merejkovski, qui fut le premier film tiré d'un roman à être récompensé.

 

La liste des vainqueurs dans cette prestigieuse catégorie est impressionnante, et il serait bien fastidieux de la restituer entièrement ici. On en retiendra les plus marquants tels que Autant En Emporte le Vent (1940), Le Pont de la Rivière Kwaï(1958), Le Docteur Jivago(1966), Le Parrain (1973), Midnight Express (1979), Danse Avec les Loups (1991), Le Silence des Agneaux (1992), Le Pianiste (2003), Le Secret de Brokeback Mountain (2006), ou encore Argo (2013), également élu meilleur film.

 

Et pour se rendre encore mieux compte de l'importance de ces films adaptés par rapport aux films complètement inédits, il suffit de comparer la liste des nominés dans les catégories Meilleur Scénario Adapté et Meilleur Scénario Original pour ces Oscars 2014. Before Midnight, Captain Philips, Philomena, Le Loup de Wall Street et 12 Years A Slave du côté des adaptations. American Hustle, Blue Jasmine, Dallas Buyers Club, Her et Nebraska de l'autre. Inutile d'en dire plus, vous devinez aisément quels sont les films qui ont eu le plus de succès cette année, aussi bien public que critique. Merci les livres.

 

 


 

 

Non, mais c'est vrai quoi, à la fin ! Réfléchissez-y. Tous ces héros, dont on adore suivre les aventures sur grand écran, sont quasiment tous sortis de l'imagination fertile de divers écrivains, et non de scénaristes ou de réalisateurs qui, la plupart du temps, réussissent toutefois de belle manière à porter ces œuvres littéraires majeures en œuvres cinématographiques de qualité. D'abord, il y a tous les super héros de comics : Batman, Superman, Spiderman, Iron Man et autres Hulk et Thor. Tous ses films à grand succès doivent leur réussite à la personnalité attachante et aux caractéristiques spectaculaires transmises à ces personnages par leurs créateurs "papier".

 

Et le mérite attribué à Elijah Wood, Daniel Radcliffe ou Robert Pattinson, dans l'interprétation de leur héros respectif, en revient aussi aux inventeurs de leur personnage qui ont su d'abord attirer des lecteurs, avant que des sociétés de production y voient aussi des histoires capables d'attirer des spectateurs. Même le plus grand héros du cinéma américain est d'abord sorti de la plume d'un écrivain : James Bond.

 

Bond, James Bond : 007 fois plus de succès ?

 

C'est en 1953 que sort le roman Espion, Faites vos Jeux (Casino Royale dans sa version originale), écrit par le Britannique Ian Fleming. C'est la première apparition de l'espion anglais, mais pas la dernière. De nombreux autres romans suivront, d'abord aussi écrits par Fleming, puis par d'autres après sa mort en 1964. Le cinéma verra très vite le fort potentiel de ces romans, et la première adaptation verra le jour en 1962 avec le film James Bond 007 contre Dr. No, réalisé par Terence Young. Ce film est adapté du livre du même nom, sorti en 1958. Étonnamment, ce n'est donc pas le premier livre James Bond qui sera le premier adapté au cinéma, mais il le sera quand même, bien des années plus tard.

 

En 2006, Daniel Craig reprend le flambeau du plus célèbre agent du MI6, et ce sera justement dans Casino Royale. 53 ans après, certaines choses différeront entre le livre et le film, notamment la magnifique partie de poker qui, dans une société où le poker est devenu très populaire et où tout le monde peut jouer en ligne et en connaissent toutes les règles, prendra beaucoup de place et sera filmée de la même manière qu'un vrai tournoi du World Poker Tour. Mais quand même, quelle que soit l'époque où ont été écrits ses romans, ils arrivent toujours à trouver leur place dans le cinéma actuel, et c'est bien ça la grande force du livre : l'intemporalité.

 

Bien sûr, tout n'est pas rose, et certaines adaptations se sont soldées par de cuisants échecs dont on préférerait ne pas se souvenir. Inutile de mentionner ici Daredevil ou Catwoman. On aura une pensée plus émue pour les tentatives ratées de grandes trilogies. Ainsi, seul le premier tome de À La Croisée des Mondes, de Philip Pullman, vit le jour au cinéma, les deux autres ne seront pas produits, faute d'audience dans les salles. Il en est de même pour Eragon, dont l'adaptation cinématographique fut bien éloignée de la qualité du roman.

 

Et bien sûr, la malédiction portant sur le Don Quichotte de Terry Gilliam reste le plus terrible exemple de ces échecs. L'adaptation n'est pas si simple, et les réalisateurs et scénaristes qui le font bien méritent aussi des louanges, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.

 

Mais il faut aussi féliciter les purs créateurs du cinéma que sont George Lucas, papa de Star Wars et Indiana Jones, ou les Wachowski, créateurs à part entière de l'univers de Matrix. Toutefois, force est de constater que la majorité des films au cinéma (réussis ou non) viennent d'abord de la plume ou du clavier d'écrivains solitaires que des esprits matérialistes des producteurs d'Hollywood. Alors vive le livre, et vive les auteurs ! Continuez comme ça, le cinéma a besoin de vous !

 

en collaboration avec des pandas de pixels