“Le consommateur a des droits, d'une certaine façon” (Vincent Montagne)

Antoine Oury - 19.03.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Vincent Montagne SNE - Syndicat National de l'édition - Europe TVA droit d'auteur


Le coup d'envoi du Salon du Livre de Paris a été donné cet après-midi par Vincent Montagne, président du Syndicat National de l'Édition (SNE), qui coorganise l'événement avec Reed Expo. Le président du SNE en a profité pour remettre en avant les deux combats européens qui mobilisent l'édition depuis des mois : la défense du droit d'auteur et la demande d'une TVA réduite.

 

 

Vincent Montagne (SNE) - Salon du Livre de Paris 2015

Vincent Montagne, président du SNE, ouvre le Salon du Livre de Paris 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Peu de surprises, donc, au sein de ce discours, tant ces deux sujets ont mobilisé toute la chaîne du livre : pour le droit d'auteur, on se référera aux dizaines de réactions dénonçant le rapport de l'eurodéputée Julia Reda, pour la TVA réduite, à celles qui ont suivi la décision de la Cour de Justice de l'Union européenne, début mars.

 

Dans les deux cas, Vincent Montagne déplore « un manque dramatique de vision des institutions européennes ». « En réformant le droit d'auteur, la commission européenne commettrait une erreur stratégique et historique », assure le président du SNE. Et ce, « au profit des géants européens, qui font perdurer le mythe de la gratuité ».

 

Du côté fiscal, « au moment où l'on entend un appel à la démocratisation des œuvres, la décision de la CJUE pénalisera les lecteurs au moment où ils sont de plus en plus nombreux à adopter ce mode de lecture », souligne Vincent Montagne. La chaîne du livre a désormais compris que la décision de la CJUE était prévisible, puisqu'elle correspond à la législation européenne, et s'applique désormais à obtenir l'unanimité pour réformer la législation.

 

Vincent Montagne a de nouveau incité les éditeurs à faire perdurer la campagne #ThatIsNotABook, pour faire comprendre à la Commission européenne que l'argument de la TVA réduite était porteur auprès des consommateurs. Comme il l'a précisé, « les commissaires européens sont persuadés que le consommateur a des droits, et d'une certaine façon il en a ».

 

Surtout celui de tweeter la campagne du SNE, en fait. Nous avions déjà amplement évoqué les comportements du marché de l'édition qui laissent croire qu'un livre numérique n'est pas du tout un livre papier : application des DRM, prêt en bibliothèque, impression... Beaucoup d'usages possibles avec un livre papier ne le sont pas avec le livre numérique.

 

Le baromètre annuel Sofia/SNE/SGDL vient apporter quelques éléments supplémentaires à ce rappel : si le nombre de lecteurs numériques a augmenté (de manière régulière, à 18 %, + 3 points par rapport à 2014), OpinionWay a noté une « sorte de saturation » du lectorat numérique, avec une baisse de 1 point, à 6 %, des lecteurs potentiels (qui affirment « Oui, je vais bientôt me mettre au livre numérique »). 

 

Parallèlement, le profil des lecteurs numériques ne change pas : ils sont masculins, jeunes (moins de 25 ans) et, surtout, technophiles. Est-ce à dire que le livre numérique est toujours réservé à un public technophile ? Un autre sondage, réalisé récemment par TEA, The Ebook Alternative, signalait que 0 % des utilisateurs avait réussi à ouvrir et lire un livre numérique sous DRM.

 

Autrement dit, si le marché est désespérément stable, et montre un potentiel de croissance peu dynamique, c'est toujours pour les mêmes raisons. Pendant ce temps, Amazon, qui dispose d'un stand au Salon du Livre et a récemment baissé le prix de son lecteur ebook Kindle, simple, mais propriétaire, à 39 €, se frotte les mains...