Le dernier film de Christophe Honoré, des origines à la métamorphose

Louis Mallié - 03.09.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Christophe Honoré - Ovide - Métamorphoses


Écrivain, metteur en scène et scénariste, Christophe Honoré signe à 44 ans son 10e long-métrage avec Métamorphoses. Un film aux allures sibyllines dans lequel les deux fois millénaires Métamorphoses d'Ovide prennent les traits de notre temps… Film à la fois des origines, de la renaissance et du regard sur le monde d'aujourd'hui, Métamorphoses paraît bien porter son nom.

 

 

 

 Devant son lycée, une fille se fait aborder par un garçon très beau, mais étrange. Elle se laisse séduire par ses histoires. Des histoires sensuelles et merveilleuses où les dieux tombent amoureux de jeunes mortels. Le garçon propose à la fille de le suivre. 

Ceux qui s'y sont déjà frottés en cours de Culture antique ou en Latin le savent bien : les Métamorphoses d'Ovide ne sont pas le premier livre que l'on verrait adapté au cinéma. C'est pourtant le pari du réalisateur, qui a voulu éclairer la réalité par le mythe, tout en donnant une teinte nouvelle au texte latin. « Je me suis intéressé aux allers-retours possibles entre ces textes de l'Antiquité et aujourd'hui, et ces histoires de dieux qui pourchassent des mortels par désir, des mortels qui finissent par changer de forme », explique le réalisateur dans un entretien avec Libération.   

 

« Ça mène à poser la question : qu'est-ce que Les Métamorphoses raconteraient aujourd'hui d'une France qui se retournerait vers ses mythes méditerranéens plutôt que d'espérer dans son futur anglo-saxon ? », poursuit-il avec Télérama. « Parce qu'on aurait pu prendre Batman à la place de Jupiter, qui raconterait à ses « victimes » l'histoire de Spiderman, etc. ! » Possible en effet, mais le questionnement sur l'identité et l'origine se veut au cœur de Métamorphoses. Mettant en scène une héroïne d'origine maghrébine nommée Europe, le réalisateur met en lumière l'interaction qui lie mythologie antique... et homme d'aujourd'hui.

 

Dès lors, Europe est-elle plus proche de la mortelle ravie par Zeus changé en Taureau - ou bien symbole de la communauté politique ? « Aller chercher une jeune fille d'origine algérienne pour représenter Europe, la jeune femme désirée par Jupiter, j'imagine que c'est changer un peu la vision traditionnelle de la mythologie. C'est conforme au texte : chez Ovide, avant de rencontrer Jupiter, Europe fait un rêve où elle est désirée par deux continents, l'Occident et l'Orient. Je ne sais pas si c'est une réponse, mais en dehors du pur plaisir de raconter des histoires, le film est une manière de rafraîchir la mémoire de l'Europe. »

 

Origine, mythe, réalité, Europe... Le film est une réflexion politique à bien des égards, qui pousse le parallèle jusqu'à voir en les figures des Dieux de potentielles images des hommes politiques. « Cruels, violents, obsédés sexuels… Mais fascinants par leur pouvoir et parce qu'ils nous dominent.  […] C'est ce qui est captivant dans la mythologie grecque : les dieux y sont ces figures de surpuissance dont on craint un peu qu'elles puissent s'occuper de nous. »

 

Mais à tant parler politique, on en oublie le centre du film : la métamorphose. Car celle-ci imprègne jusqu'aux décors  : « J'ai imaginé que les dieux apparaîtraient dans le périurbain, ces lieux de métamorphoses, où la ville devient campagne, où la nature est menacée par une nouvelle autoroute. »

 

Car bien plus encore, la métamorphose parle la forme cinématographique elle-même puisque «  aussi au cœur d'une définition même de ce qu'est le cinéma. Dès que l'on se met à filmer quelque chose que je me refuse à appeler le réel - car la présence même de la caméra transforme tout en théâtre, en scène - s'opère une transformation en des corps nouveaux. »

 

Une transformation qu'on aura tout le loisir d'aller contempler à compter d'aujourd'hui, au cinéma.