"Le désir de littérature ne peut disparaître", Jean-Hubert Gailliot

La rédaction - 12.11.2014

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Le prix Wepler récompensait ce 10 novembre Jean-Hubert Gailliot, pour son livre Le soleil, paru aux éditions de L'Olivier. Doté de 10.000 €, le prix s'est donné pour mission de « donner une chance de plus aux écrivains d'exister sur la scène littéraire ». Le lauréat du prix 2014 s'inscrit dans une liste d'auteurs et d'écrivains prestigieux, auxquels il rend hommage dans ce discours, prononcé durant le prix.

 

 

 

Le désir de littérature ne peut pas disparaître. Ce qui disparaît, c'est le temps, long, très long, qui est parfois nécessaire à son élaboration et à sa réception. Le temps est l'oxygène de la création. Il ne peut être donné aux  écrivains en quantité suffisante que par les bons éditeurs et les bons libraires.

 

Il y a dix-sept ans, en 1997, j'avais envoyé le manuscrit de mon premier roman, « La Vie magnétique », comme on envoie une bouteille à la mer. Un jour d'avril, Olivier Cohen m'avait appelé, à Auch, dans les Pyrénées, où je vis. Il aimait le livre et voulait le publier à la rentrée de septembre. « Pouvez-vous venir à Paris pour signer le contrat? — Oui, bien sûr. Quand? — Demain. » Cette conversation a changé ma vie. Ni ce roman, ni les quatre qui ont suivi, n'ont été de grands succès. 

 

Et pourtant, les Éditions de l'Olivier ont toujours désiré que j'écrive un autre livre, et encore un autre. Depuis le début de l'écriture du « Soleil », il y a huit ans, tous les ans Olivier Cohen et Laurence Renouf m'appelaient pour savoir où j'en étais, si j'aurais bientôt fini, et chaque année je réclamais un an de plus. Ils m'ont offert ce temps dont le roman et moi avions besoin. Et même davantage, comme vous allez le voir.

 

Le manuscrit du « Soleil » comportait, en son centre, une tranche de 80 pages écrites sur du papier rose. J'ai été stupéfait que mes éditeurs aient le désir de conserver ces pages roses dans le livre imprimé, malgré la complication technique, malgré le coût, malgré le risque de rendre le roman légèrement monstrueux.

 

Jean-Hubert Gailliot

 

 

On sait qu'il n'y a rien de mieux qu'un beau prix littéraire pour permettre à un livre de voyager longtemps, et aider les libraires à lui apporter des lecteurs. Je ne m'attendais pas à recevoir le prix Wepler — Fondation La Poste. La liste me semblait, cette année comme les années précédentes, bien trop impressionnante. Mais j'étais heureux de figurer dans la sélection, comme cela avait déjà été le cas il y a huit ans, pour « Bambi Frankenstein », et il y a dix ans, pour « L'Hacienda ».

 

Bien que ce ne soit pas l'usage, je voudrais remercier non seulement le jury du Wepler 2014 d'avoir bien voulu honorer aujourd'hui « Le Soleil », mais aussi le jury du Wepler 2004, et celui du Wepler 2006, de ne pas l'avoir fait à l'époque. 

 

C'est la première fois que j'aime un de mes livres sans réserve. Il faut que je sois plus précis : c'est la première fois que j'ai été dominé et submergé par ce que j'étais en train d'écrire. Je ne sais plus du tout comment cela a été possible et je serais incapable de le refaire. Mais l'expérience, pour moi, a été inoubliable.

 

Je voudrais ajouter un dernier mot. 2014 est un millésime étonnant. J'admire Patrick Modiano, j'admire Lydie Salvayre, j'admire Antoine Volodine, qui viennent tous trois de recevoir de très grands prix. C'est une chance et un honneur que de pouvoir figurer à leurs côtés cette année, dans un petit coin du tableau.

 

Retrouver Le soleil, en librairie

« Le Soleil » de ce roman est le titre d'un manuscrit volé par des enfants en 1961, à Mykonos, et que le narrateur, Alexandre Varlop, est chargé par son éditrice de retrouver. De Mykonos à Palerme, de Palerme à Formentera, il enquête sur son passage de main en main. De grands créateurs du 20e siècle l'auraient eu en leur possession — Man Ray, Ezra Pound, Cy Twombly —, non sans en subir l'influence. 

A Mykonos, où il passe trois mois de radieuse absence à soi, le narrateur lit toute une documentation liée au Soleil, lézarde, rêve, nage, et se laisse détourner de son enquête par une belle photographe, Suzanne de Miremont.

Les ruses de l'amour, le vol du manuscrit et l'appât du gain l'expédient à Palerme, et se trouve entraîné dans un « épisode rose », qui le sidère.

Il s'enfuit aux Baléares, où il se réfugie dans un bar du bout du monde et commence à percevoir l'ampleur des manipulations dont il est le jouet. Le Soleil serait le récit fascinant, ou, plus exactement, terrifiant des perversions d'une jeune princesse russe...