Le Festival du livre de Los Angeles se met éditeurs et libraires à dos

Clément Solym - 10.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Los Angeles - partenariat avec Amazon - vente de livres


Les anges n'ont peut-être pas de sexe, y compris dans la cité américaine du même nom. En revanche, on croit savoir quels seront l'odeur et le goût de l'argent : il aura la saveur de la firme de Seattle. En effet, Amazon a été nommé comme partenaire du festival littéraire organisé par le journal Los Angeles Times. Qui par une belle série de liens d'affiliation, propose à ses lecteurs de faire leurs emplettes sur Amazon et pas chez des libraires indépendants. 

 

 

Los Angeles County Museum

Sarah_Ackerman, CC BY 2.0

 

 

La grogne n'avait pas tardé, portée par les libraires de la ville et des environs, et la Southern California Independent Booksellers Association. Cette organisation professionnelle évoquait comme une trahison cette décision des organisateurs. Mais voici que la mobilisation s'organise et que les conséquences du choix porté sur Amazon n'ont pas fini de se faire entendre. 

 

Le problème est simple : pour toutes les ventes réalisées au travers de ces liens d'affiliations, le LA Times va empocher une commission, peste la SCIBA. « Au-delà de cette insulte, les gens qui arrivent avec des livres en main, pour que les auteurs les signent, feront du show-rooming pour Amazon, et sans probablement même se rendre compte de cela », démon Scott MacAuley, éditeur chez Angel City Press. 

 

En guise de solidarité, plusieurs acteurs ont déjà annoncé qu'ils annulaient des manifestations ou des campagnes promotionnelles autour de cette manifestation. Maureen Palacios, présidente de la SCIBA a envoyé un courrier à ses membres, pour dire sa façon de penser, alors que, dans le même temps, son directeur recevait un flot incessant d'appels téléphoniques et de courriels. « Nous espérons vraiment une issue heureuse pour cette situation, et attendons patiemment d'avoir de bonnes nouvelles de la part de l'équipe du Los Angeles Times et du Festival », précise ainsi Andrea Vuleta.

 

Et d'ajouter : « Les libraires indépendants ont une longue histoire avec le Festival du Livre. » Histoire qui, contrairement à celle d'Amazon, « est installée dans le long terme ». C'est que, dans cette histoire, même les éditeurs pestent. « Pourquoi un festival littéraire qui célèbre les livres physiques permet à un détaillant virtuel, sans histoire avec le salon, de siphonner les ventes de livres potentielles ? Le festival est une entreprise énorme pour les magasins indépendants », ajoute-t-on. 

 

C'est que la logistique d'un stand et celle d'une commande par internet, ce n'est pas vraiment le même mode opératoire. D'ailleurs, certains clients de ce festival affrétaient des bus chaque année pour permettre à leurs clients de s'y rendre, depuis San Diego… 

 

Hillary Manning, directrice de la communication pour le Los Angeles Times, assure que des mises à jour seront faites, et que des modifications interviendront dans les jours à venir, mais depuis le 6 mars que la polémique a débarqué, il ne se passe absolument rien sur le site… 

 

En l'état, Amazon n'est en effet ni un exposant, ni un sponsor pour le festival : il va simplement assurer l'approvisionnement en livres, via un accord d'affiliation. Et le fait qu'il soit rémunéré sur les ventes, chose qui est assez traditionnelle dans l'environnement web, devient ici complètement obscène. 

 

Et la controverse n'a pas fini d'enfler.