Le festival SoBD rémunérera les dédicaces des auteurs de BD

Florent D. - 26.11.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - rémunération dédicace BD - auteurs BD dessinateurs - festival rémunération


Coup de tonnerre dans le monde de la bande dessinée : la manifestation SoBD qui se déroulera à Paris du 6 au 8 décembre annonce un système de rémunération pour les dédicaces. Les cinquante auteurs présents sur les espaces représentant une douzaine d’éditeurs seront ainsi payés pour leur temps passé.


 

Renaud Chavanne, fondateur de SoBD le souligne : « Les auteurs font assurément venir du public sur les salons et festivals, et ils font aussi indéniablement vendre des livres. Il nous semblait donc légitime de nous pencher sur une rémunération, d’autant que leur situation économique n’est pas facile depuis déjà quelque temps. »
 

Toi + Moi + Lui = 60, voire 90 € ?


La question de la rémunération pour les dédicaces est au cœur des discussions dans l'interprofession, sans que l’on ne parvienne à une solution viable. SoBD affirme alors avoir sollicité directement les éditeurs exposants, pour leur soumettre sa solution. 

Contrairement aux éditions québécoises La Pastèque, qui avaient choisi d’assurer pleinement et seules la rémunération de leurs auteurs — autre coup de tonnerre en août dernier — SoBD partage les frais. Une part est ainsi prise en charge par la manifestation, à la hauteur de 30 €, et l’éditeur verse le même montant — soit 60 € pour 2 à 3 heures de dédicace.

« Le niveau de rémunération de l’auteur est donc d’environ deux fois le SMIC », insiste SoBD, pour éviter toute polémique sur la somme.
 
À l’avenir, l’intervention d’un tiers comme le Centre national du livre, la Sofia ou toute institution pourrait augmenter le montant de la cagnotte de 30 € supplémentaires. 

« Nous avons pris des contacts, notamment avec le CNL, mais qui sont restés sans écho à ce jour. Pourtant, notre solution à de nombreux mérites. Elle est raisonnable, chaque partie apportant un montant qui est supportable, et responsabilisante puisque sont sollicitées les entités qui profitent de la présence de l’auteur », reprend SoBD.

Et surtout, l’initiative aurait le mérite d’être répliquée pour d’autres manifestations BD. « Certes l’équation n’est pas aisée, et c’est une charge de plus, y compris pour nous-mêmes sur le SoBD. Mais elle est légitime, supportable et a une justification économique : les signatures soutiennent les ventes, la notoriété des livres et la fréquentation des événements », reprend Renaud Chavanne.
 

2020 année de la BD en France : l'effort à fournir


Denis Bajram, président de la Ligue des auteurs professionnels, l’avait rappelé à ActuaLitté : « De la même manière qu’on prévoit les frais de transport et d’assurance pour déplacer des planches originales dans le cadre d’une exposition, de même l’intervention d’un auteur devrait être financée. » Et la rencontre avec le public venu chercher un dessin semblait une évidence.

Une idée que l’on retrouvait d’ailleurs dans le rapport de Pierre Lungheretti, sur le marché de la BD en France : pour lui, la dédicace s’assimile à un travail de création — par un dessin personnalisé. Et à ce titre, il recommandait chaudement qu’elles soient payées aux auteurs. Surtout qu’au fil des années a grandi la plaie que représentent les chasseurs de dédicaces, « qui eux se remboursent leur trajet en revendant les albums signés ». Créant un sentiment d'inégalité et d'injustice qui pollue les relations entre auteurs et lecteurs.

Sur l’année 2018, l’organisateur de SoBD assure avoir consacré 17 % de son budget à la rémunération et au défraiement des auteurs et artistes présents. Un ratio qui s’élève même à 23,4 % hors valorisation des contributions en nature. Une concertation avec les éditeurs sera menée pendant le SoBD, afin d’évaluer le dispositif, et une enquête sera effectuée auprès des auteurs afin de compléter cette évaluation.


Commentaires
Bonjour Renaud,

Merci de venir répondre ici, j'apprécie votre initiative. smile Je vais tâcher de vous répondre de manière synthétique et claire:

- "en droit d’auteur, les charges sont un peu inférieures à 19%" vous parlez des Cotisations Sociales plutôt? effectivement, entre 18 et 19%, auxquelles il faut rajouter la complémentaire retraite **obligatoire** minimum à 4% mais qu'il vaut mieux pousser à 8% si on veut un début de retraite complémentaire décente.

Mais bref, il n'y a pas lieu de pinailler sur les différents taux de cotisation. smile



- "le niveau de rémunération, nous aimerions le porter à 90€ comme cela est dit" cela n'est pas dit clairement, mais merci de le préciser. Ceci dit si en plus de vos 30€ et de ceux de l'éditeur, vous pouviez obtenir la même somme d'aides du CNL et/ou de l'agglo/région/Etat, j'en convient, on arriverait là à un taux horaire qui me paraît juste en regard de l'importance du rôle et de la prestation des auteurs/trices en Festival. Je vous y engage chaudement et suis prêt à relayer toute initiative dans ce sens.



- "pas de congé ni indemnisation congé maladie": ne jouez pas sur les mots sur un terrain si sensible s'il vous plaît.. Les auteurs/trices bossant dans l'Edition sont des professionel-les précarisée-s, enfermé-es dans un système éditorial qui les esclavagise. Venir en plus nous dire que parce qu'on cotise on a une indemnisation et des arrêts maladie corrects c'est ignorer la réalité, et croyez bien que je le déplore.. (savez-vous comment sont calculés les indemnités maladie/arrêt de travail pour notre cas?) Comme je l'ai dit, cela ne vaut même pas la peine de prendre le temps de remplir la paperasse requise.......



- "Je n’ai pas entendu un seul auteur dire qu’il avait été consulté": vous voulez dire que vous avez demandé conseil/dialogue à des auteurs/trices, sur un sujet qui leur tient à coeur et pour une nouvelle qui pourrait leur apporter un bénéfice, et que vous n'auriez pas obtenu de réponse? Pas même des organisations d'auteurs/trices?? Permettez-moi d'être très perplexe. :/ Et en plus des Maison d'Edition auraient répondu plus promptement, en acceptant de mettre la main à la poche? Alors que nous devons leur courir après pendant des mois pour obtenir nos redditions de comptes, et encore plus pour les versements??!! :D

Je ne veux pas remettre en cause votre bonne foi, mais dans ce cas je pense que les auteurs/trices doivent avoir pas mal de courrier qui ne leur parvient pas. smile



Non, je vous remercie de chercher à avancer dans la bonne direction, mais il ne faut pas que vos annoncent fassent croire que c'est la meilleure solution, alors qu'en fait les sommes devrait être significativement plus élevées... Et que cela ne devrait pas être décidé sans avoir eu de discussions avec les représentant-es des auteurs/trices. wink
60€ pour 3h de prestation, donc 20€/h brut.. Le SoBD qui déclare que c'est "deux fois le SMIC", pour essayer d'éviter la polémique sur la somme, montre sa méconnaissance ou au pire se fout de la gueule des auteurs/trices, car cette comparaison n'a absolument aucun lieu d'être! shut eye Nous, auteurs/trices indé, sommes des entreprises, qui sur cette rémunération brute payons : - 21-2 % cotisations, - 10-15 % charges, (notre matériel, logiciels, mobiliers, loyer et électricité de bureau..) - le passé à ne pas travailler: pas de droit au chômage; pas de congés payés; indemnités maladies ridicules nous empêchant de nous arrêter; - le temps passé en activités non facturables: notre travail en tant que comptable, communiquant-e, chef-fe d'entreprise, community manager, juriste... Pour ces raisons, un-e auteur/trice débutant-e, inexpérimenté-e, ayant peu de charges ne doit pas se facturer à moins de 30€/h. La moyenne se situe autour de 50€/h, sans tenir compte de l'expérience de dizaines d'années de travail et la forte valeur ajoutée qu'apporte la création originale. Aller dans un Salon pour dédicacer, c'est pleinement un travail et une prestation où on doit se déplacer, parfois très loin, et toujours en weekend. Cela nous empêche de profiter de nos familles ou de nous reposer, repos que nous allons devoir prendre après le festival, au lieu de se remettre à travailler. Le tarif du temps passé en Salon à bosser devrait donc être majoré! Une rémunération plus juste serait au minimum de l'ordre de 35€/h pour un-e débutant-e et 60€/h pour un-e auteur/trice d'expérience.. Oui, les auteurs/trices ont besoin d'être payé-es pour leur temps de travail et de prestation, surtout quand ils/elles sont l'UNIQUE raison pour laquelle le Public se déplace! (faisant ainsi vivre les restau/hôtels/commerces locaux, transports, etc.) Mais nous ne pouvons pas nous satisfaire d'effets d'annonces et de demi-mesures pour faire bonne figure! Ces 30 dernières années de négociations avec les ministères et partenaires sociaux n'ont était que ça, ce n'est donc plus tolérable.
Mon commentaire précédent a été complètement charcuté, très étrange... Quelques corrections donc : - 21-25 % cotisations sociales; - le temps passé à ne pas pouvoir travailler: pas de chômage, ni de congés payés, et indemnisation arrêt maladie qui ne vaut pas le temps passé à remplir sa paperasse! === Et je rajoute: -> Quid de la TVA? Pour les quelques auteurs/trices à la facturer, je pressent qu'elle sera à retrancher de la somme versée... -> Je n'ai pas des oreilles partout, mais je n'ai pas entendu un-e seul-e auteur/trice dire qu'il/elle avait été consulté pour aider à déterminer une juste rémunération pour ce travail au SoBD.. Ce qui serait encore une fois, la pratique tristement habituelle qui trahit que nos "Partenaires" du Livre ne nous considèrent pas comme des travailleurs indépendants. (Si c'est confirmé, on va bien rire..) === Alors oui, toute évolution sera toujours meilleure que l'indécente situation qu'est celle des auteurs/trices en France.. Mais on est encore loin du compte!
Bonjour Nicolas. Si la séance de signature est réglée en droit d’auteur, les charges sont un peu inférieures à 19%, et le montant est net de TVA. Si la séance est réglée en honoraires, la TVA peut venir en surplus quand l’artiste qui facture y est assujetti. Le montant des charges depend alors du statut. En auto-entrepreneuriat, il est de l’ordre de 25%, prélèvement libératoire inclus. Concernant le niveau de rémunération, nous aimerions le porter à 90€ comme cela est dit. En attendant, il nous a semblé que 2x ou 3x le smig n’etaient pas indécents.

« Le temps passé à ne pas travailler » : mais s’il y a rémunération, n’est-ce pas qu’il y a travail ?

« pas de congé ni indemnisation congé maladie » : mais si, puisqu’il y a des charges, précisément.

«  Je n’ai pas entendu un seul auteur dire qu’il avait été consulté » : oui, mais ce n’est pas parce que cela n’a pas été le cas. Plutôt parce que nos sollicitations n’ont fait l’objet d’aucune réaction. Nous avons donc pensé qu’il nous revenait d’avancer quand même. Mais peut-être avons nous eu tort. C’est en tout cas l’impression qu’on peut ressentir à vous lire.
L'idée semble bonne en tout cas mieux que là : https://twitter.com/aerinn_/status/1198881991653019648
Je suis un passionné de bd et de dédicace, je trouve tout à fait normal la rémunération des auteurs, mais cette phrase... : "Surtout qu’au fil des années a grandi la plaie que représentent les chasseurs de dédicaces, « qui eux se remboursent leur trajet en revendant les albums signés ». "... elle ne s'appliquent qu'à quelques profiteurs. Personnellement, et c'est la majorité des "chasseurs de dédicaces", c'est une passion qui me coute extrêmement chère et rapporte énormément au festival et librairie qui organisent ces manifestation, car la grande majorité conserve bien évidemment ses dédicaces.
Ce genre de rémunération risque de se généraliser à d'autres festivals et de provoquer ainsi la mort de certains , les plus faibles financièrement ...
Bonsoir Frédéric. Il est question de 30€ par auteur et par séance. 300€ pour 10 séance, côté évènement. Je ne dis pas que ce n’est rien, mais c’est envisageable, non ?
en tant que bénévole, organisateur d'un festival BD, je trouve cette initiative positive même si je pense que tous les festivals ne pourront pas suivre immédiatement. Le rapprochement avec le taux horaire du SMIC est finalement une initiative "malheureuse" ; comme on peut le voir, elle n'évite pas les débats.

Je voudrais juste ici rappeler qu'un Festival BD est avant tout une manifestation magnifique, lieu de culture, d'échanges sociaux et humains et en plus une activité économique créatrice de valeur pour de multiples acteurs.

Un Festival BD ne peut exister sans : le public, les bénévoles, les auteurs, les libraires, les éditeurs, les partenaires et institutions qui subventionnent...

ET SANS LE PLAISIR DE RENCONTRES IMPROBABLES dans la vie de tous les jours
Oui Nico,le SoBD avec les colossaux profits qu' il fait (tout particulierement en periode de manif gilets jaunes et de greves de transport) devrait payer les auteurs au moins 60 euros ,sans oublier de rémunérer aussi les lecteurs à qui la bande dessinée coûte bien cher (ce ne serait que justice car que serait la bande dessinée sans lecteurs ?).
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