Le FIBD d'Angoulême alimente des tensions diplomatiques

Julien Helmlinger - 03.02.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - FIBD - Angoulême - Japon


Comme le rapporte l'AFP, le Japon digérerait mal une exposition organisée dans le cadre du Festival international de la BD d'Angoulême, rendez-vous qui aurait été « contaminé par la propagande sud-coréenne ». L'événement portait sur les « femmes de réconfort », qui ont été prostituées de force par l'armée japonaise durant la guerre. Des Coréennes, Chinoises et Philippines qui auraient été réduites en esclavage sexuel au cours de l'occupation par l'armée impériale pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

  


Tandis que certains historiens estiment le nombre de ces femmes de réconfort à 200.000, la question continue de susciter des tensions entre Tokyo et Séoul. Sur la page Facebook de l'ambassade de France à Tokyo, présentant le Festival, un internaute japonais pointe : « Le sujet est extrêmement sensible et cette exposition [qui présente uniquement le point de vue sud-coréen] ne va faire qu'aggraver les relations difficiles entre le Japon et la Corée du Sud. »


Le malentendu historique serait l'une des raisons expliquant que le premier ministre japonais Shinzo Abe et la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, bien qu'arrivés au pouvoir à peu près en même temps, ne se sont jamais rencontrés de manière officielle.


Quand certains internautes intervenus sur la page Facebook estiment que la BD aurait servi à de la propagande, que la France aurait commis une injustice et devrait présenter ses excuses pour avoir oublié le point de vue du Japon, la direction du Festival s'en défend.

 

Pour Franck Bondoux, délégué général : « Le sujet nous a été proposé par le gouvernement sud-coréen mais les artistes ont eu toute liberté pour l'évoquer, en toute indépendance. Nous ne prenons pas parti et n'acceptons pas qu'il y ait des tentatives de récupération de part et d'autre. »


L'ambassade de France à Tokyo n'a pas encore réagi, mais devra sans doute redoubler ses efforts de communication alors que les forums de discussion font également état d'un petit éditeur japonais, Mitsuhiko Fujii de chez NextDoor, qui aurait dû fermer son stand la veille de l'ouverture du Festival, parce qu'il présentait sur le même sujet des contenus jugés inappropriés. « J'avais pour ainsi dire terminé les préparatifs, mais on m'a fait vivement savoir qu'il était préférable que je renonce. »


L'éditeur précise : « Je voulais juste que le point de vue des Japonais soit aussi montré sur cette question, mais manifestement il y a des passages de mangas qui pouvaient apparemment être choquants pour les Français. Je l'ignorais et je m'en excuse auprès des organisateurs qui sont aussi victime de cette affaire. »

 

Il estime que la polémique devra servir de leçon et imposer davantage de précautions sur les sujets politiques à l'avenir. Précisant : « Le Japon et la Corée du Sud doivent régler ces contentieux entre eux et ne pas en faire des thèmes de propagande à l'extérieur. »


Ministre des Affaires étrangères pour le Japon, Fumio Kishida, a pour sa part regretté que cet incident aille « contre la volonté d'approfondir la compréhension et la paix internationales à travers la bande dessinée ».