Angoulême: le préfet attend 40.000 personnes, "fréquentation doublée"

Nicolas Gary - 27.01.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Angoulême FIBD - fréquentation visiteurs - bande dessinée


Une étude présentée au Conseil général de Charente fait état des retombées économiques du FIBD sur la ville, durant les quatre journées du Festival. Les festivités, qui débuteront ce 30 janvier pour s'achever le 1er février, mettront à l'honneur Bill Waterson, le créateur de Calvin et Hobbes. Et chaque année, les organisateurs revendiquent une fréquentation supérieure à 200.000 visiteurs.  

 

 

Angoulême 2012

ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (2012) 

 

 

Lors de la marche pour Charlie, le 11 janvier dernier, près de 25.000 personnes étaient descendues dans la rue. La capitale de la bande dessinée, depuis le Parvis de l'Hôtel de Ville, s'était retrouvée noire de monde, dans un rassemblement historique, jusqu'au Chais Magelis. « Nous étions dans une saine solidarité », nous explique un des marcheurs. « Nous étions même bloqués sur la place de l'hôtel de ville. » 

 

De quoi s'interroger, noteront certains, quelques heures plus tard, sur la réalité de la fréquentation du Festival de la BD. Chaque année, la fréquentation serait supérieure à celle du Salon du livre de Paris, qui frise les 200.000 visiteurs, Porte de Versailles. 

 

Pourtant, dans le cadre de l'enquête présentée au préfet de Charente, Salvador Pérez, il semble que les retombées économiques importantes que génère le Festival incitent à relativiser ces données. « Je suis intimement convaincu qu'on va doubler la fréquentation du festival. Il y a des réservations de gîtes bien au-delà de la périphérie d'Angoulême. Je m'attends à 40.000 personnes sur les quatre jours », assure d'ailleurs le préfet, interrogé par nos confrères de la Charente libre.

 

C'est que l'on parle déjà d'un futur «Effet Charlie», qui attirera l'attention tout particulièrement du public, sur la manifestation. « D'ordinaire, la population qui se rend sur le Festival est plutôt composée d'Angoimoisins et de Charentais, en grande majorité », observe un habitué des lieux. Un Effet Charlie qui fait également redouter que la Marche des auteurs BD, organisée le samedi, ne soit éclipsée. « Les premiers mots de la Marche seront dédiés à Charlie », nous assure le SNAC BD. 

 

Doubler... avec 40.000 personnes. Épatant, mais le journaliste auteur de l'article, Richard Tallet, nous confirme avoir bien entendu : difficile de confondre 40.000 et 400.000 à l'oral. Alors qu'à l'écrit, une faute de frappe aurait pu faire omettre un 0. « Ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est que le comptage se fait à l'entrée des bulles. Autrement dit, une personne qui rentre plusieurs fois sera comptabilisée plusieurs fois », nous précise-t-il. Chose intéressante : il faut donc envisager pour arriver à 200.000 entrées – et non-visiteurs – que les festivaliers entreraient en moyenne 10 fois chacun dans les bulles.

 

Le problème est bien là : les organisateurs communiquent annuellement sur 200.000 personnes. Par ailleurs, si l'on opère un calcul simple, la billetterie de 2014 a généré 450.000 € de chiffre d'affaires. Pour Richard Tallet, le raisonnement est simple : « Un pass journée à 15 € et un pass quatre jours à 31 €, il y aurait donc plutôt entre 15.000 et 20.000 visiteurs uniques durant le week-end. » Bien entendu, il faut compter sur la presse, les auteurs, les éditeurs, les attaché(e) s de presse... mais nous restons loin de 200.000 personnes. 

 

Les visiteurs sont de grands dépensiers

 

Dans l'étude évoquée par la Charente libre, on apprend tout de même que le Festival disposant d'un budget de 4,3 millions d'euros – avec 1,9 million € d'argent public –, génère un chiffre d'affaires non négligeable. En effet, pour la restauration et l'hôtellerie, ce sont respectivement 1,1 million et 0,72 million € qui sont injectés durant la manifestation. Et les visiteurs sont les plus gros dépensiers, puisqu'ils rapportent 1,42 million €. 

 

Le responsable des études économiques de la Chambre de Commerce et d'Industrie, Frédéric Charpentier, cité par notre confrère, affirme que les dépenses en carte bleue « augmentent de 45 % par rapport à un week-end sans festival ». Qui serait plus en relation avec une fréquentation de 20.000 visiteurs, par ailleurs.

 

Bien entendu, l'État tire son épingle du jeu, puisqu'il va profiter de la TVA récoltée au cours de la manifestation. Michel Boutant, le président du conseil général, qui a demandé cette étude, voulait en effet être assuré que l'investissement de l'Etat, en deniers publics, pouvait être profitable : « On avait besoin de mesurer précisément à qui profite le festival. À chaque fois qu'on attribue une subvention, la question se pose. »

 

La Charente libre pose alors le constat suivant : pour 1 € apporté par les collectivités au Festival, c'est un bénéfice de 1,3 € qui en découle. Selon le consultant auteur de l'étude, Éric Maurence, cela resterait dans la moyenne des autres manifestations culturelles en France. Par ailleurs, la CCI fait état, dans le cadre de cette enquête d'un « fort taux de satisfaction des commerçants ». Avec une nuance toutefois : les ventes de BD n'ont pas été comptabilisées, et pour cause. Cet argent part directement dans les caisses des éditeurs, et non de l'économie locale.

 

Nous avons sollicité le Conseil général de Charente, pour obtenir une copie de l'étude, et mettrons cet article à jour dès réception. Nous attendons une réponse de la part des organisateurs du Festival, concernant les données de fréquentation.