Le film censuré The Interview, déception à la hauteur de sa médiatisation

Clément Solym - 26.12.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - interview Corée nord - film censure terroristes - culture occident


Mieux vaut une mauvaise presse que pas de presse du tout, répète-t-on à l'envi dans tous les milieux. Pour le film The Interview, réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg, la presse fut astronomique, parce que la production, Sony Pictures, a fait l'objet de chantages terroristes explicites. Des pirates avaient brandi la menace fantôme pour empêcher le film de sortir sur les écrans, sinon, gare aux représailles.

 

 

 

 

Assassiner le dictateur de Corée du Nord, Kim Jong-un, évidemment, et même dans le cadre d'une comédie, on pouvait comprendre que l'idée fasse grincer des dents. On ignore encore si le pays est réellement derrière le piratage, et Pyongyang a formellement nié toute implication dans cette histoire. Mais depuis la capitale nord-coréenne, on se montrait fébrile malgré tout : comment accepter que l'Occident mette en scène la mort du doux et respectable chef ?

 

Les pirates du web avaient donc promis des représailles, et Sony Pictures, pour se protéger le postérieur, décide d'annuler la diffusion en salles. Scandale, et presse dithyrambique : la censure ne peut pas être tolérée au XXIe siècle, surtout pratiquée de la sorte. Des figures comme George Clooney ou Paulo Coelho sortent de leur silence, pour proposer une diffusion gratuite et massive du film. Mieux, le groupe PEN international, organisation mondiale d'auteurs, lance une pétition pour « lutter pour le droit à une création libre, où qu'elle se trouve ». 

L'attaque contre Sony Pictures est une attaque contre la communauté créatrice la plus vaste, une réponse qui doit être unie et résolue. Le PEN serait très heureux d'organiser une diffusion publique sur les écrans de The Interview, à Wahsington ou New York, avec les précautions de sécurité qui seraient adaptées. C'est une véritable offre et nous espérons que vous nous prendrez au sérieux.

De leur côté, plusieurs membres du Congrès, ainsi que le romancier George RR Martin, ont proposé d'opérer des projections publiques dans des salles de cinéma. 

 

Sony accablé, Sony menacé, mais Sony soutenu, et de toutes parts. Et voici qu'émerge l'idée d'une diffusion gratuite, sur les outils de streaming des uns et des autres. Manifestement, Apple a refusé de proposer à ses clients iTunes cette interview qui tue. Sony avait réclamé de l'aide à la Maison Blanche, mais la firme à la Pomme n'y a manifestement pas vu son propre intérêt. (via New York Times)

 

Sony ne lâchait cependant pas l'idée de ces réseaux de streaming, et voici que l'on se retrouve, le 23 décembre avec une vidéo... inaccessible quand on n'habite pas aux États-Unis. Disponible sur Youtube, ou encore Google Play, mais aussi sur le Xbox vidéo de Microsoft, le film peut être également loué pour 5,99 $ ou acheté pour 14,99 $, toutes deux en version HD. Sauf que le film, qui a fait parler de lui partout dans le monde, n'est proposé qu'aux USA et au Canada. 

 

Mais ceux qui l'ont vu se posent la question : avait-on réellement vu le film, chez les pirates, avant de décider de menacer la planète de jouer aux terroristes ? Feu de paille, ou réelles mauvaises intentions ? Dans tous les cas, fin de l'histoire, pour cette satire politique qui n'a rien d'une grande. D'ailleurs, envisager, ne serait-ce qu'une seconde, que des représailles découleraient de la diffusion de ce film, voilà qui fait mal. On pourra lire, pour s'en convaincre, la critique au vitriol de io9, considérant que seul un mauvais film pouvait démarrer cette guerre de la culture.

 

 

 

 

Et il faut reconnaître que les 30 minutes que l'on a pu découvrir sur la toile ne font pas honneur à qui que ce soit. Un brin raciste, jouant sur des clichés idiots, le film part de postulats tellement gros et mécaniques, qu'en matière de comédie, on plonge dans l'échec. Et les quelques gags grassement visuels qui sont proposés ne font que le confirmer. Quant à mériter les honneurs de la presse et le soutien inconditionnel et international, il fallait vraiment être aveugle. 

 

Après tout, Coelho nous avait prévenus, en affirmant qu'il défendait le film en tant qu'œuvre, mais dénonçait farouchement « une culture de la peur », qui sape la volonté. « Ce que je fais ici, c'est bien plus qu'une sorte de déclaration politique. C'est une lutte pour nos droits. Nous vivons dans un moment où la peur dirige tout, et cela ne peut pas continuer. » Nous aurions pu nous arrêter là.