Pour le livre, Paris vaut bien une (Grand) Messe

Nicolas Gary - 09.06.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon livre Paris - Reed Exhibitions - SNE éditeurs


Si le Salon du livre de Paris se tiendra bien Porte de Versailles pour sa prochaine édition, mars 2016 marquera un véritable enjeu pour les organisateurs de la manifestation. En effet, après de nombreuses tergiversations, l’idée d’un salon constellé, avec pour épicentre le Grand Palais n’aura pas été retenue. Le projet cheminait, pourtant. 

 

Salon du Livre de Paris 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Mars 2016, c’est la date butoir dans le calendrier. En mars 2012, Antoine Gallimard, alors président du Syndicat national de l’édition, annonçait, à quelques jours du lancement, que la société Reed Expo était reconduite pour quatre années. Le président du SNE évoquait alors des « conditions satisfaisantes pour les deux parties » – rappelant que le Syndicat était coorganisateur avec Reed.

 

Les négociations portaient notamment sur une réduction de 5 à 4 ans du mandat confié à Reed. Tout cela n’était pas gagné : les négociations s’avéraient encore difficiles quelques mois plus tôt. 

 

Le Grand Palais, oui, non, peut-être...

 

Déjà, à cette époque, la migration vers le Grand Palais était une solution sinon envisagée, du moins évoquée. Mais voilà, le processus serait trop cher, et induirait une « discrimination » entre les maisons qui auraient les moyens d’assurer leur présence et les autres, estimait Antoine Gallimard. Donc... non. Or, cette transition était revenue quelque temps avant l’édition 2015. 

 

Le modèle était pourtant simple à concevoir : d'après ce que la FIAC a pu mettre en place (Foire Internationale d’Art contemporain, également pilotée par Reed), les solutions étaient multiples. Prendre le Grand Palais comme cœur de la manifestation, et projeter sur différents espaces dans Paris des manifestations simultanées. Un modèle Hors les murs qui permettait d’explorer le territoire, et d’accroître la dimension même de la manifestation. 

 

Le gain possible était double : tout à la fois, saisir l’attention d’un plus grand nombre de lecteurs et curieux, et disposer dans le même temps d’un rayonnement plus large – de quoi certainement donner au Salon un éclat plus international. À l’image de la FIAC, donc. 

 

Un communiqué officiel du SNE, dégainé mi-avril, mettait fin à ces tractations, non sans entraîner quelques frustrations. Dans la balance, le fait que plusieurs acteurs, notamment institutionnels, refuseraient de prendre part à la manifestation, si elle se déplaçait vers le Grand Palais. Finalement, même le groupe Hachette, dont les éditeurs littéraires avaient choisi de ne pas prendre part à la Grand Messe, se ralliait à l’idée.

 

2016 sera donc une édition « accessible, populaire et familial[e] », où tout un chacun s’y retrouverait. Un revirement notable, alors que le Salon cherchait des pistes pour ouvrir plus largement une dimension professionnelle – on se souviendra, en matière numérique uniquement, du Congrès IDPF de 2013 réservé aux professionnels.

 

« Les services de mise en relation des professionnels sont regroupés, la scénographie des pavillons est soignée : toute personne qui vient à Paris est assurée de pouvoir rencontrer les bons interlocuteurs, sans avoir à courir d’un hall à l’autre. Et sans être contraint, pour une nuit d’hôtel, de payer le prix de cinq, comme on le voit outre-Rhin. Tout cela rentre en ligne de compte pour les organisateurs que nous sommes », nous expliquait le commissaire général du Salon du livre, Bertrand Morisset, en bilan de l’édition 2014

 

Des déclarations qui n’ont toutefois rien de contraire aux projets de l’an prochain. Les principales pistes de 2016 seront donc de « renforcer et développer une programmation innovante et de qualité à destination de publics variés et initier des actions hors les murs, pour replacer le livre au cœur de tout son écosystème culturel », annonçait le Syndicat en avril dernier.

 

Une nouvelle Commissaire générale pour le Salon

 

Du côté de la société Reed Exhibition, on se prépare donc au changement. Ce fut le cas, déjà, avec l’arrivée de Laurence Paul Keller, entrée en mars dernier au poste de directrice de la division Arts et Édition. Sa mission portait sur l’organisation de la FIAC Paris, ainsi que celle de Los Angeles. Avec, en plus, les manifestations Paris Photo et Paris Photo Los Angeles. Et bien évidemment, le Salon du livre de Paris.

 

Arrivée pour renforcer le pôle Art, elle a été nommée Commissaire général du Salon du livre de Paris, pour l’édition 2016. Avec elle, sera également créé un poste de directeur (ou directrice) de la programmation. 

 

Rappelons qu’en 2012, la manifestation avait renoué avec les profits, puisqu’après deux années 2010 et 2011 déficitaires, l’édition 2012 affichait un bénéfice de 777.000 €. Et pour 2013, les perspectives étaient de 900.000 € de bénéfices « grâce à la renégociation des accords avec Reed sur le partage des recettes et le mode de gestion du Salon », déclarait alors Pierre Dutilleul lors de l’assemblée générale de juin 2012.

 

L’enjeu est donc important, pour Reed : conserver le Salon de Paris représente une image forte. Et pour ce faire, il serait nécessaire de procéder à quelques ajustements. ActuaLitté publiera un entretien avec Laurence Paul Keller cette semaine, présentant les perspectives de l'édition prochaine.