Le Livre sur la Place doit rester “le salon de la rentrée littéraire”

Antoine Oury - 04.09.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - livre sur la place - marie madeleine rigopoulos - livre place nancy


Les 13, 14 et 15 septembre prochains, la ville de Nancy, en Lorraine, se mettra au rythme des auteurs et de la rentrée littéraire à l'occasion du Livre sur la Place. Marie-Madeleine Rigopoulos, commissaire générale, succède à Françoise Rossinot, désormais déléguée générale de l'Académie Goncourt : à ses yeux, le salon reste associé à la rentrée littéraire, sans pour autant s'interdire de nouvelles voies pour amener à la littérature.

Le Livre sur la Place 2018 à Nancy
Le Livre sur la Place 2018 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 
Commissaire générale adjointe aux côtés de Françoise Rossinot pendant 5 ans, Marie-Madeleine Rigopoulos se prépare à sa première édition à la tête de l'événement nancéien, sur laquelle elle travaille depuis l'année dernière : « Le Livre sur la Place est une manifestation qui se prépare à l'année », nous confie-t-elle.

À quelques jours de votre première édition en temps que commissaire générale du Livre sur la Place, quelle est votre ambition pour le salon ?

Marie-Madeleine Rigopoulos : Mon ambition est celle que j'ai toujours eue vis-à-vis des livres et en particulier par rapport à Nancy. En voyant ce que le Livre sur la Place est devenu au fil des ans, mon rêve est que Nancy devienne un jour une capitale du livre, comme Athènes l'a été il n'y a pas si longtemps. Après avoir soumis cette proposition au maire de Nancy, Laurent Hénart, je vais travailler au dépôt du dossier à l'UNESCO dès la fin de cette édition 2019.

Mais, au-delà de ce titre, Nancy serait une capitale du livre dans le sens d'une référence : quand on pense à Nancy, on pense livres et écrivains, grâce au travail de Françoise Rossinot et de l'association de libraires Lire à Nancy. Cette relation privilégiée dure toute l'année, au-delà du Livre sur la Place : tous les trois mois, une grande rencontre a lieu à l'Opéra ou à la Salle Poirel avec de grands noms de la littérature française, quand, une fois par mois, les salons de l'Hôtel de Ville accueillent les rendez-vous du Livre sur la Place, avec un programme axé sur la littérature étrangère. Enfin, Nancy reste une ville de librairies, avec un nombre très important de m2 par habitant.

Vers quels objectifs se tourne désormais la politique de développement des publics ? Quels moyens peuvent être mobilisés par le salon ? Verra-t-on plus de place accordée à la BD ou aux mangas ?

Marie-Madeleine Rigopoulos : Le manga n'est malheureusement pas d'actualité, car cela demande une vraie connaissance du sujet, que je ne maitrise pas. En revanche, la bande dessinée a acquis une place plus importante au Livre sur la Place : depuis deux ans, une programmation dédiée a été mise en place.

Ce que j'ai voulu renforcer encore plus cette année, c'est aussi le mélange des genres, avec des rencontres entre des auteurs de bande dessinée et des romanciers. Le mot d'ordre est ici le « décloisonnement » : le décloisonnement des genres, des pays, etc. Il faut que tout le monde dialogue avec tout le monde. Enki Bilal et Étienne Klein, par exemple, entameront une conversation, mais aussi Abd Al Malik et Laurent Joffrin, avec, ici, deux générations qui se rencontrent.

Pour le développement des publics jeunes, nous continuons à envoyer des écrivains dans les lycées et les collèges, qui sont de plus en plus nombreux à nous solliciter. La médiathèque de Nancy fait aussi un travail formidable dans l'organisation et la gestion de la journée scolaire, au sein même de la médiathèque, tout au long de la journée du vendredi.

Amélie Nothomb - Le Livre sur la Place de Nancy 2018
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Cette année, nous inaugurons le vendredi 13 la masterclass, intitulée « Le livre : de l'imaginaire du créateur à l'imaginaire collectif », qui a pour objectif de faire découvrir les métiers de l'édition, avec Manuel Carcassonne, PDG des éditions Stock, Olivia de Lamberterie, critique littéraire, Prix Renaudot 2018 et Jörn Cambreleng, directeur du Collège International des Traducteurs Littéraires d'Arles. Les étudiants du master des métiers du livre du campus Lettres de l'Université Nancy-II ont vu cet événement ajouté à leur cursus, ce qui prouve une certaine demande à laquelle le salon entend répondre.

Enfin, d'une manière expérimentale cette année, mais qui a vocation à perdurer, les rencontres avec Laurent Gaudet, Jean-Christophe Grangé, Éric-Emmanuel Schmitt et Delphine de Vigan seront traduites en langue des signes française, en partenariat avec l'établissement scolaire La Malgrange.

Les dessinateurs de bandes dessinées mais aussi certains auteurs de l'écrit plaident pour une rémunération des séances de dédicaces. L'organisation du salon serait-elle prête à entamer la discussion avec les organisations d'auteurs et les éditeurs ?

Marie-Madeleine Rigopoulos : Les demandes des dessinateurs de BD sont différentes de celles des auteurs, car le dessinateur produit une œuvre au cours de la dédicace, qui se trouve parfois exploitée a posteriori : je compatis totalement à ces situations et à leur demande. En ce qui concerne les consignes appliquées par le salon, nous suivons le mot d'ordre du Centre National du Livre, qui nous subventionne, avec une rémunération des interventions des auteurs lors des rencontres, selon le barème établi. 

Le Livre sur la Place 2018 à Nancy
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Depuis quelques années, les festivals font face à l'explosion des dépenses liées à la sécurité des publics : comment le Livre sur la Place est-il parvenu à assumer ces dépenses ? 

Marie-Madeleine Rigopoulos : La ville a pris en charge ces dépenses supplémentaires sur le budget général du salon. La première année, cela a été un coup de massue, comme pour tous les salons, car il était difficile d'imaginer que cela allait prendre une telle ampleur. Aujourd'hui, nous l'avons intégré dans le budget.

Le Livre sur la Place a-t-il vocation à étendre encore sa programmation ?

Marie-Madeleine Rigopoulos : Le but du salon n'est absolument pas de grossir, mais plutôt de réorganiser certaines choses, notamment le projecteur dirigé sur la littérature étrangère. Mais nous sommes au maximum des rencontres et des focus, et je tiens à ce que le salon reste le salon de la rentrée littéraire. Tout est une question de dosage dans les changements : nous y allons par touches impressionnistes, pour voir ce qui fonctionne. Et nous restons une équipe réduite.
 

Le Livre sur la Place 2018 à Nancy
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Installé depuis 15 ans place Carrière, le Livre sur la Place semble parfois victime de son succès, et devient difficilement praticable, notamment pour les personnes à mobilité réduite : quelles solutions sont envisagées pour tenter de désengorger le chapiteau principal ?

Marie-Madeleine Rigopoulos : Nous avons déjà mis en place une régulation à l'entrée, il est difficile de mettre en œuvre une autre solution. Changer d'emplacement est inconcevable : c'est un atout formidable d'être à côté de la Place Stanislas, d'autant plus que toutes les salles utilisées par l'événement sont autour de la Place Carrière.

Se déplacer signifierait perdre cet écrin magnifique du XVIIIe siècle. 



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