Le moine : de Lewis à Artaud, jusqu'à Vincent Cassel

Clément Solym - 13.07.2011

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - moine - film - cassel


Le Moine, c'est le récit paru en 1796, par Matthew Gregory Lewis, figure emblématique du roman gothique, et qui connut la censure, pour l'ensemble des thèmes qu'il déploie.

Vecteur d'une morale aristocratique forte, le livre, écrit en anglais, intéressa au plus haut point, l'un des plus torturés des auteurs français, Antonin Artaud. En 1931, celui-ci publia une version très adaptée, intitulée Le moine, de Lewis, raconté par Antonin Artaud. Mais les libertés prises avec le texte visent avant tout à exacerber les folies d'Antonin, et à servir ses théories sur le Théâtre de la cruauté.

Lui-même avait eu pour projet de réaliser une adaptation pour le cinéma, et finalement, c'est en 1972, sur un scénario de Luis Bunuel et Jean-Claude Carrière qu'une première version sera adapté à l'écran par Ado Kyrou.

Le film de Dominik Mollqui sort aujourd'hui, avec Vincent Cassel dans le rôle du moine renoue avec la version de Lewis, pour raconter la vie de Frère Ambrosio, au milieu de l'Espagne catholique, en plein XVIIe siècle.

L'homme de Dieu, prédicateur de grand talent, est une personnalité complexe : il prêche avec la ferveur d'un illuminé, mais son intransigeance est redoutable. Au point qu'il prétend être à même de résister à toute tentation de péché. « Le diable n'a que le pouvoir qu'on lui accorde », assure-t-il.

L'ouvrage fut originellement écrit, selon l'histoire de Lewis, en 10 mois, et n'avait autre vocation que de distraire la mère de l'auteur. Et en Angleterre, provoqua un vent de tempête et de scandale, que le public ignora joyeusement.

Si le récit de Lewis est largement tombé dans le domaine public, celui d'Artaud ne sera accessible que d'ici sept ans - législation sur le domaine public en France oblige.

Pour l'occasion, Actes Sud a republié la traduction du livre par Léon De Wailly.