Le mot Réfugiés consacre 2016, devant Ubérisation ou République

Joséphine Leroy - 21.05.2016

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Plus de 95.508 personnes ont participé au vote pour élire le mot de l’année 2016 dans le cadre du Festival du mot de la Charité-sur-Loire. « Ubérisation » ou « République » faisaient partie des possibilités, mais c’est finalement Réfugiés qui a retenu l’attention. Et, hasard du calendrier ou non, le choix du jury intervient au moment même où Jacques Toubon, le défenseur des droits, a partagé un rapport sur la situation des étrangers en France. Il y dit que « les mots ne sont pas neutres » et « peuvent s’avérer à double tranchant ». Migrants, réfugiés, clandestins, immigrés ou encore exilés, ces mots ne sont pas de parfaits synonymes, et c’est la raison qui a animé le jury dans son choix. 

 

Refugees

(Global Panorama / CC BY-SA 2.0)

 

 

Le président du jury, le politologue Roland Cayrol, a expliqué le choix du jury : « Réfugiés est apparu comme le plus symbolique, le plus significatif, le plus émouvant de l’année, celui qui illustre le plus, en cette période si emprunte de gravité, les problèmes essentiels du monde d’aujourd’hui. Il l’a fait après une longue discussion, pour départager réfugiés et migrants. »  

 

“Réfugiés” plutôt que “Migrants”  

 

Certains membres du jury ont argué que le mot Migrants renvoyait davantage à une « considérable réalité, mondiale, dont la situation des réfugiés est, dans certains cas, la résultante ». Dans les récentes appropriations médiatiques qui, par suite, donnent le « la », il semble que le mot « Réfugiés » ait remplacé celui de « Migrants ». Un des membres du jury a émis une réflexion : « “Migrants” renvoie à “Immigration”. C’est un mot qui, souvent, suscite la peur, chez nous, alors que “Réfugiés” renvoie chez nous à un droit, il est plus positif. » 

 

« Réfugiés » ou « Migrants », ces mots sont présents dans beaucoup d’esprits actuellement. D’après le rapport publié conjointement par l’UNESCO et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), les enfants réfugiés seraient les premières victimes dans le système scolaire. L’étude intitulée « Plus d’excuses » montre que seuls 50 % des enfants réfugiés suivent un enseignement primaire et 25 % des adolescents réfugiés un enseignement secondaire.

 

« Les enfants réfugiés, comme tous les enfants du monde, ont droit à l’éducation. Il est essentiel que les enfants qui ont été déracinés par la guerre et la violence ne soient pas davantage laissés pour compte », avait déclaré Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

 

Un mot utilisé par d’illustres plumes

 

Rarement l’actualité ne tourne autant autour d’un mot et l’actualité littéraire n’est pas une exception. En mars, le manuscrit de la pièce de Shakespeare, The Book of Sir Thomas More, avait été publié et numérisé par la British Library, 400 ans après la naissance du dramaturge. La pièce contenait une scène d’émeute provoquée par l’arrivée de réfugiés. Dans une tirade humaniste, Sir Thomas More s’élève contre les manifestants en leur rappelant que, si eux-mêmes étaient dans l’obligation de s’exiler, ils deviendraient à leur tour des êtres vulnérables et des « étrangers ».

 

Un mot, une situation, qui traversent les siècles.