Le nouveau Salon du livre à Milan se déroulera du 19 au 23 avril 2017

Nicolas Gary - 08.09.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - salon livre Milan - éditeurs Italie manifestation - lecture promotion livres


Pas encore créée, déjà contestée, la manifestation littéraire de Milan voulue par l’Associazione Italiana Editori vient de poser ses dates. Elle couvrira donc cinq jours au mois d’avril, se concluant le 23 avril, date de la Journée mondiale du droit d’auteur. 

 

Vita da cani...

Alessandro Prada, CC BY SA 2.0

 

 

C’est en s’inscrivant dans la tradition espagnole de la Sant Jordi, ou encore de la fête de la librairie indépendante en France, que les éditeurs italiens de l’AIE posent les bases de la foire littéraire milanaise. En association avec l’organisateur de manifestation, Fiera Milano, l’AIE a en effet fondé la société Fabbrica del Libro, qui sera chargée d’encadrer l’événement. 

 

Si les premières informations annonçaient la foire pour le mois de mai, dans des dates proches de celles de Turin, le salon historique italien l’AIE frappe fort. En décalant d’un mois son événement, l’Association a décidé de marquer les esprits. Non seulement son salon se déroulera en amont de Turin, mais surtout, il marque la première étape du projet de promotion du livre. 

 

« L’AIE, avec ses 147 ans d’histoire et d’expérience, et Fiera Milano seront le premier opérateur dans la création de foires en Italie – et l’un des plus importants dans le monde, mettant en commun leur énergie et leur expérience pour déployer le Plan de promotion du livre de l’AIE. Ce dernier commencera avec un événement à Milan en mai, mais investira progressivement Rome et le sud du pays, avec la mise en réseau des principaux événements de la promotion du livre et de la lecture », assuraient en début de semaine les deux partenaires.

 

Le salon de Milan, qui se tiendra du 19 au 23 avril, aura pour point culminant la Journée mondiale du droit d’auteur, souligne l’AIE. « Une partie importante du travail y sera consacrée, impliquant les libraires, les bibliothécaires et l’ensemble de la chaîne du livre. On encouragera la participation des écoles et la création d’un pôle attractif pour tout le pays », relève l’AIE dans un communiqué.

 

Et de conclure : « Ces dates prennent également en compte l’intérêt public, celui des institutions locales et nationales et en particulier, celui des acteurs du livre. »

 

La formulation est audacieuse, et dissimule avant tout le conflit qui oppose – notamment – les éditeurs indépendants aux grands groupes éditoriaux. Lorsque l’idée d’un salon installé à Milan s’est développée, plusieurs maisons ont en effet décidé de quitter l’AIE, considérant qu’elles n’y étaient plus représentées. Or, en dépit de ses faiblesses (et de quelques problèmes juridiques...), Turin reste la manifestation privilégiée de l’édition depuis une trentaine d’années. Et surtout, celle que les indépendants affectionnent le plus, parce qu’ils peuvent y trouver une place, au milieu des géants.

 

Guerre fratricide : Milan ou Turin, histoires de salons

 

L’Alliance internationale des éditeurs indépendants avait d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme sur cette question. Elle relayait un appel des organisations italiennes, soulignant le danger qu’il pouvait y avoir à ce que deux salons coexistent dans les mêmes dates. « Les collectifs d’éditeurs indépendants, FIDARE et l’ODEI, pour qui Turin est un salon phare dans l’année, appellent les organisateurs de la future manifestation milanaise à ne pas venir concurrencer le salon de Turin, à préserver la bibliodiversité en Italie. »

 

Turin doit être organisé du 18 au 22 mai, difficile de déterminer si l’ensemble de l’édition italienne pourra se mobiliser de nouveau, dans un intervalle si court. D’autant que d’autres manifestations européennes ont lieu : le salon de Genève, du 26 au 30, par exemple. Certes, la manifestation est très francophone, mais Milan s’ouvrira certainement à des éditeurs de la francophonie. Turin, par exemple, accueille une centaine d’éditeurs européens, dont une dizaine de France.

 

Reste à savoir si Milan a vocation à devenir un salon international, ou une manifestation uniquement nationale.

 

Federico Motta, président de l’AIE, a rajouté un peu d’huile pression à froid sur le feu : selon lui, « tout le monde est libre de prendre sa propre décision commerciale, bien sûr, et de participer aux deux événements ». Par ailleurs, le 5 octobre, l’AIE et Feria Milano organiseront une conférence de présentation de la manifestation et des grands projets pour l’année à venir.

 

Il souligne également que la manifestation de Turin était contaminée et ne répondait plus aux besoins des éditeurs. « Trop d’erreurs », lâche-t-il. Quant au départ des 13 éditeurs indépendants, il ne s’agit que d’un cas isolé : sur les 300 membres que comptait l’AIE, représentant plus de 90 % du marché, les éditeurs partis ne représentent qu’une minorité. 

 

Les politiques de Turin scandalisés par l'attitude de l'AIE

 

Turin fut « un chemin très formateur pour les éditeurs, avec de grands moments de confrontation, mais le résultat est une situation qui n’est plus viable. Nous ne nous reconnaissons plus dans le Salon du Turin ». Nous, commprendre : l’AIE. En outre, les relations avec la Fondazione del Libro n’ont pas su traiter le problème. Le Conseil général de l’AIE a décidé de quitter cette organisation en février 2016, notamment parce que des problèmes financiers se posaient. 

 

Dans le même temps, Chaiara Appendino, femme politique italienne, membre du parti 5 Stelle (plutôt d’extrême gauche), et maire de Turin, s’indigne. Le choix de l’AIE est « irrespectueux », insiste-t-elle. Elle est furieuse du comportement provocateur des organisateurs, alors qu’un rendez-vous doit intervenir avec le ministre de la Culture, Dario Franceschini. 

 

« Nous sommes étonnés que l’AIE et Fiera Milano aient ressenti le besoin d’annoncer des dates pour la Fabbrica del Libro avant la réunion », prévue ce lundi 12 à Rome. « Comme le ministre le sait, et avec l’équité qui nous a toujours caractérisés, nous sommes disposés à trouver des solutions qui permettent d’éviter une cannibalisation mutuelle », poursuit Sergio Chiamparino, président de la Région. 

 

Nul doute que la première de Milan et la 30e édition de Turin auront des goûts amers, qu’importent les résultats. La rebuffade qu’essuie le second est en tout cas de taille. « Nous avons posé la première brique », estime pour sa part Federico Motta. « Milan est déjà la capitale de l’édition italienne et poursuit son rôle, maintenant avec un événement à l’échelle nationale. Désormais, nous avons créé l’entité qui va matériellement développer l’idée, et qui va bientôt lui donner un nom. Le rêve devient réalité. » 

 

La maison de Stefano Mauri (GEMS), estime pour sa part que la fenêtre de tir est très étroite, entre avril et mai, « ce sont les deux seuls mois où vous pouvez organiser un événement de ce type ». Pour lui, la date choisie par l’AIE, durant la période du pont de la fin du mois d’avril n’est pas « une démonstration de courage ». Le salon de Milan aura une dimension nationale, et même en matière de tourisme, il faut compter sur l’attractivité de la cité. Pas gagné...

 

via Corriere, Repubblica