Le poète kanak Paul Wamo revient à Paris

Louis Mallié - 17.07.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Paul Wamo - Nouvelle-Calédonie - Nouméa


L'AFP informe que le poète kanak Paul Wamo, viendra à Paris à la fin de l'année. Repéré par un chasseur de talent parisien pour son poème « je suis noir », l'artiste, connu pour sa langue expressive mélangeant aussi bien le français que le drehu (langue de Lifou, dont il est originaire), précise néanmoins : « Je ne veux pas être un artiste kanak qui lutte pour la survie de sa culture, je veux partager sa part d'universalité. »

 

 

 

Né en 1981 dans la tribu de Xenepehe, Paul Wamo a grandi dans un quartier populaire de Nouméa, en marge de la ville. Ce déracinement, cette rupture avec ses origines a nourri son inspiration pour nombres de textes, mettant en valeur la perte d'identité des Kanaks.« Je me sentais déraciné dans cette ville, je parlais mieux le français que le drehu. J'avais besoin de me libérer de ce conflit identitaire et l'écriture est arrivée comme un exutoire salutaire », raconte-t-il.

 

C'est encore ce sentiment de l'absurdité et du caractère désincarné de la ville qui a nourri son clip « Aemoon » (verlan de Nouméa). Primé au  Festival de cinéma de La Foa, au nord de Nouméa, le clip mettait en scène Paul Wamo passant d'un lieu à l'autre de la ville, répétant le refrain « cette ville qui m'entoure et qui me serre où je tourne ». « Quand je croise des jeunes de Lifou en ville et que je leur demande ce qu'ils font, ils dessinent un cercle avec l'index et disent “bah, je tourne“ », explique-t-il. 

 

Ce sont ces thèmes, mêlés à ceux des inégalités sociales, des ravages de l'alcool, de la cupidité, et autres travers de la société calédonienne, qui ont porté le poète vers l'originalité qui fait aujourd'hui sa notoriété. Pour autant, si il reste dur de classer le style de Paul Wamo, la métropole s'y est essayée : « Lorsque Grand Corps Malade a percé en métropole, on m'a rangé dans la case “slammeur“. »

 

 

Paul Wamo au centre culturel de Tjibaou en 2013

 

Mais le style de Paul Wamo est trop complexe pour n'entrer que dans une seule catégorie. « Paul utilise son environnement culturel et social comme matière, il a une acuité inouïe pour trouver les mots, les gestes et les postures qui nous parlent à tous », observe Guillaume Soulard, directeur artistique du Centre culturel Tjibaou.

 

Parler à tous, c'est bien ce que semble chercher l'auteur-interprète, qui se définit comme « profondément anticommunautariste. » Et à propos de son poème « je suis noir », il précise : « Ce poème a cartonné, mais je l'ai complètement réécrit, car je suis plus que noir, je ne veux pas être enfermé ».

 

Après Nouméa le voyage signifiera donc un nouveau déracinement pour le poète qui doit se marier le mois prochain dans les traditions kanakes à Lifou. « Chez nous, quand tu es marié, tu deviens majeur. Tout le monde n'est pas content que je parte et je passe des nuits à me torturer la tête, mais je reviendrai enrichi d'ailleurs. »