Le prêt numérique "pour sortir les bibliothèques de la crise"

Louis Mallié - 25.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - PNB - Numérique - Allemagne


L'ultime journée au Salon du livre fut l'occasion de soulever une question complexe : celle de l'introduction des ebooks dans les bibliothèques. Le Centre National du livre a organisé une table ronde réunissant trois femmes ayant fait le pari du prêt numérique sur demande (PNB). Témoignage. 

 

 

 

 

L'idée n'est pas jeune. Les intervenants ont rappelé qu'elle date ddu projet Gutenberg lancé à l'initiative de Michael Hart en 1971 pour combattre « l'illettrisme et l'ignorance ». Andrea Krieg, directrice de la bibliothèque Karlsruhe en Allemagne a été la première à présenter son projet. Depuis 2008 son institution propose ce qui n'est pas seulement un complément, mais véritablement une bibliothèque en ligne. « Depuis que nous avons mis les ebooks en ligne, la consultation n'a fait qu'augmenter. Nous proposons maintenant 350 000 titres différents. Ils sont consultables sur tout type de support, ordinateurs, tablette ou smartphone, et sont chronodégradables. » 

 

Gratuit pour les inscrits, le service rend en effet un précieux service à la ville qui compte sur 300 000 habitants pas moins de 80 0000 étudiants. Andrea Krieg a également rappelé la participation depuis 2009 de la bibliothèque à la campagne The right to E-read, une campagne pour la promotion des ebooks en bibliothèque menée par l'European Bureau of Library, Information and Documentation Association (EBLIDA).

 

Fiona Marriott, responsable de la stratégie et du développement culture à Luton au Royaume-Uni a également tenu à souligner le rôle social de l' « e-bibliothèqe ». « Notre ville est très petite et très pauvre. Nous avons beaucoup d'immigrés qui n'ont pas d'accès à la culture. Tout  ce que nous faisons à la librairie vise à apporter une éducation et une culture aux gens. » Ll'idée de la bibliothèque virtuelle lui est venue en 2008 pour élargir le catalogue qui peinait à s'agrandir en raison du « manque d'importance » de la bibliothèque pour les institutions. 

 

Une longue quête s'est alors amorcée auprès des éditeurs. « Nous avons décidé de nous adresser directement aux éditeurs. Mais ils ne comprenaient pas l'impact du ebook. Nous en avons rencontré beaucoup, mais impossible d'arriver à un accord. Le premier fut Penguin. L'emprunt était chargé d'une foule de restrictions. Le lecteur ne pouvait en emprunter qu'un seul à la fois. Désormais, nous avons des accords avec sept éditeurs, et les gens ont le droit d'emprunter plusieurs ebooks en même temps. En somme, les bibliothèques commencent aujourd'hui à sortir de la crise en passant ce type d'accord directement avec les éditeurs. »

 

 

Annie Brigant est adjointe à la direction de la bibliothèque municipale de Grenoble, et copilote du chantier de la Bibliothèque numérique de référence, un projet de vaste médiathèque numérique qui doit aboutir fin 2015. Il devra proposer fichiers chronodégradable, lecture en streaming, VOD, musique, presse aux inscrits. En attendant, la bibliothèque numérique de Grenoble permet aux utilisateurs d'emprunter jusqu'à dix ebooks simultanément pour une durée de quatre semaines, et de disposer de 20 heures de VOD par mois.

 

Catalogués par la bibliothèque, les livres numériques sont cependant hébergés par le distributeur. « Un “service après-vente“ a été mis en place afin de bien expliquer à tous les utilisateurs le fonctionnement des applications de lecture, les différences entre les formats. Mais les utilisateurs ne comprennent malgré tout pas pourquoi un ebook peut-être indisponible à un moment. » Référencés par la bibliothèque, les livres numériques sont cependant hébergés par le distributeur. 

 

Même si le catalogue s'est largement enrichi depuis la création de la bibliothèque numérique, passant de 800 à 3700 titres, le projet reste encore à épanouir. « Nous avons enregistré une légère hausse des prêts de ebook en 2011 - moment où les gros lecteurs se sont équipés de liseuses. Mais les usagers demeurent plus intéressés par la VOD; même si cela augmente en ce moment, nous n'avons que 360 utilisateurs de ebooks. ». Même celle-ci pointe la difficulté de faire comprendre que l'on peut « emprunter » un ebook,  cela demeure assez peu pour une bibliothèque qui compte 38 500 inscrits… 

 

Quoi qu'il en soit, la bibliothèque numérique a au moins le mérite de servir d'observatoire. Désirant construire sa propre interface numérique, la bibliothèque de Grenoble a ainsi pu apprendre à maîtriser les outils numériques, tester les réactions des inscrits, voir les demandes… « Un véritable chantier d'expérimentation et d'apprentissage » pour Annie Brigant. Le PNB en France brigue donc le même succès que celui de Karlsruhe, ou la même signifation sociale qu'à Lutton. Des dispositions qui semblent bien rimer avec la détermination exprimée par Aurélie Filippetti au Salon de rendre les bibliothèques le plus ouvertes possible, voyant dans le numérique une nouvelle façon de « répondre aux attentes de tous. »