Le Prix du premier roman salue un portrait de la classe ouvrière

Antoine Oury - 10.11.2015

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Prix du Premier Roman - classe ouvrière - Didier Castino


Le Prix du premier roman, qui fête sa 38e année d'existence, a récompensé le roman Après le silence de Didier Castino, publié par les éditions Liana Levi. Castino succède ainsi à Jean-Pierre Orban, récompensé pour Vera l'année dernière. 

 

 

 

Le jury, constitué par les critiques littéraires Jean Chalon, Georges-Olivier Châteaureynaud, Annick Geille, Jean-Pierre Tison, Jean-Claude Lamy, Michèle Gazier, Gérard de Cortanze, Christine Ferniot, Gérard Guillot et Mohammed Aïssaoui, était présidé par Joël Schmidt. Cette année, ils ont souhaité distinguer deux auteurs pour le Prix du premier roman étranger : la Brésilienne Vanessa Barbara pour La Nuit de la laitue (Zulma), et l'Autrichienne Maja Haderlap pour L’ange de l’oubli (Métaillié).

 

Dans un monologue adressé au plus jeune de ses trois fils, Louis Catella se raconte. L'usine d'abord, omniprésente : les Fonderies et Aciéries du Midi où il entre à 16 ans, s'épuise dans la fournaise des pièces à produire, mène la lutte syndicale en 68 pour que triomphent les idéaux de la Gauche. Le chef de famille charismatique ensuite : l'amour de Rose, la 2 CV bleu glacier sur la route des vacances, l'éducation des fils, les cours d'orthographe à 40 ans pour passer enfin le certificat d'études.

 

Mais l'autobiographie qui se met en place est pipée. En juillet 74, Louis Catella meurt au travail, écrasé sous un moule de plusieurs tonnes. Et pourtant le monologue impossible se poursuit, retraçant les étapes du deuil infini, le passage à l'âge adulte de ce fils qui n'avait que 7 ans au moment du drame. Pour lui, la figure paternelle est une mythologie façonnée par les souvenirs et les mots des autres, une rengaine unanimement élogieuse que l'on ressasse pour tromper le silence. Derrière la parole de Louis, apparaît peu à peu l'imposture du fils et un autre parcours. Celui d'un intellectuel plutôt bourgeois, cherchant la vérité, tiraillé entre le désir d'échapper à l'encombrant fantôme paternel et la peur de trahir.

 

Ce roman bouleversant, composé dans une langue virtuose et entêtante, associe la chronique de la France ouvrière des années 60-70 et le récit intime de l'absence, de la mauvaise conscience, la fierté et la honte mêlées des origines prolétaires.

 

 

N'hésitez pas à lire la chronique de Cécile Pellerin publiée sur ActuaLitté !

 

 


Pour approfondir

Editeur :
Genre : litterature...
Total pages : 224
Traducteur :
ISBN : 9782867467844

Après le silence

de Castino, Didier

Dans un monologue adressé au plus jeune de ses trois fils, Louis Catella se raconte.

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