Le rôle d'éditeur ? "Offrir aux lecteurs des moments d'intense plaisir à lire"

Mimiche - 13.10.2014

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - édition indépendante - contre allée - librairie Charente Maritime


Samedi 4 Octobre sur les bords de la Seudre, à deux pas des marais où les huîtres du bassin Marennes-Oléron s'affinent dans les claires, les roses trémières sont encore en fleur dans les rues de Saujon (17). Peu avant 17 heures, sur la place où trône l'église romane, quelques aficionados se dirigent vers  la librairie Lignes d'Horizons où, pour la septième année consécutive, Danièle, la libraire, a invité des lecteurs à la remise du Prix destiné à récompenser un « petit » éditeur pour son travail de découverte ou de re-découverte d'auteurs.

 


Des roses trémières sur les bords de la Seudre

 

 

 

Les critères ? La qualité des ouvrages : tant matérielle – au niveau de la conception, des couvertures, du papier, de l'impression, de la mise en page, bref de tout ce qui fait d'un livre un objet de plaisir tactile et visuel – qu'intellectuelle – par la ligne éditoriale et la qualité des textes choisis et publiés.

 

Cette année encore, trois éditeurs sont en lice, chacun représenté par deux ouvrages de son catalogue :

 

La Contre-allée avec

Le Ravin de Nirvania TEJERA

Ces Vies-là d'Alfons CERVERA

Monsieur Toussaint Louverture avec

Op Oloop de Juan FILLOY

Le linguiste était presque parfait de David CARKEET

Serge Safran avec 

Bérénice 34-44 d'Isabelle STIBBE

Uniques de Dominique PARAVER

 

L'intérêt de ces réunions de mordus ? La présence des éditeurs (« Ce qui n'est pas si fréquent » comme Danièle l'énonçait dans son invitation) et l'échange de la salle avec eux. Pour les entendre parler de leurs passions. Qui commencent avec le choix des ouvrages qu'ils vont décider d'emmener jusqu'à l'imprimerie puis jusqu'à l'étal des libraires.

 

Benoît VERHILLE et Marielle LEROY, La Contre-allée 

 

 

Quelle responsabilité, quand on reçoit jusqu'à trois manuscrits par jour (!!!) que de prendre la décision de publier ou pas ! D'assumer un choix ! Sur la base d'une lecture parfois seulement effleurée. Mais ils se doivent d'avoir la « compétence du mécanicien » qui doit poser un verdict sûr à la vue de symptômes fugaces ! Quelle angoisse de se tromper ! Quelle exposition au risque de passer « à côté » ! Quel dilemme quant à la réponse ou à l'absence de réponse à donner à l'auteur anxieux à l'idée d'être retenu ou pas !

 

Aucun ne recule pourtant devant cette exposition, ce risque de l'erreur de jugement. Toute la part du subjectif, de l'affectif dans un choix finalement très personnel qui doit être assumé jusqu'au bout en allant porter chaque ouvrage dans chaque librairie, au contact des libraires dont le rôle dans la possible diffusion d'un ouvrage est au moins aussi essentiel que tout le talent, toute l'attention et tout le soin qu'ils auront portés à la confection de chacune de leurs parutions.

 

Et s'ils varient sur les détails, ils convergent sur l'essentiel : leur catalogue est un reflet de leurs coups de cœur, de leurs envies de partager un bonheur de lecture qui a d'abord été le leur et dont ils rêvent d'étendre à d'autres le plaisir d'y goûter aussi.

 

Dominique BORDES ( Monsieur Toussaint Louverture)

 

 

« Je m'exprime avec les bouquins des autres » affirme Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture) qui fait justement de ses coups de cœur la ligne directrice de sa philosophie éditoriale traduisant sa perception du livre dans des couvertures originales sans cesse renouvelées, refusant de s'enfermer dans une charte graphique que Marielle Leroy et Benoît Verhille (La Contre-allée) aiment au contraire à décliner en traits et couleurs alors que Serge Safran (Serge Safran Editeur) ne s'y intéresse pas du tout et a fait le choix d'une sobriété uniforme.

 

Les réponses des éditeurs succèdent aux questions de l'assistance et en appellent d'autres. Mais il faut bien conclure et c'est Danièle, seule détentrice des votes des lecteurs qui annonce le palmarès.

 

 C'est La Contre-allée qui, cette année, a obtenu le meilleur suffrage même si les résultats semblent avoir été plus « serrés » que les années précédentes. Et parmi les ouvrages proposés à la lecture, c'est Le Ravin qui a reçu le meilleur accueil.

 

L'important n'était pas seulement là. Il était aussi de poursuivre cet objectif insensé qui motive toute la chaîne du livre depuis l'auteur jusqu'au libraire en passant, bien sûr, par l'indispensable éditeur : offrir aux lecteurs des moments d'intense plaisir à lire.

 

Ça, c'est autour d'un verre de Pineau des Charentes que tous en avons convenus !