Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le royaume d'essieux n'est pas celui des Prius littéraires

Clément Solym - 20.06.2017

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - premio strega italie - toyota prius littérature - lauréat prix strega


Pas de bon prix sans polémique, et en dépit des précautions prises, le prix Strega – l’équivalent du Goncourt en Italie – n’y coupera pas. Le 6 juillet prochain, le lauréat sera dévoilé : pour l’heure, ils sont cinq encore en lice. Avec une étrange perspective, celle d’un voyage publicitaire en voiture. Pardon ?



 

 

La 71e édition du Premio Strega a déjà fait un heureux : Paolo Cognetti a été salué du Strega Jeunesse la semaine passée, pour son roman Le otto montagne (à paraître chez Stock fin août). Il est également le grand favori, et la maison Einaudi qui le porte s’en réjouit, pour le 6 juillet. 

 

Or, dans l’intervalle, les cinq auteurs sont invités à écrire une histoire originale : toutes seront regroupées dans un recueil, l’ensemble porté par le thème L’homme est mouvement. En plus de ce texte, les auteurs Paolo Cognetti, Teresa Ciabatti, Wanda Marasco, Alberto Rollo et Matteo Nucci sont donc invités à tourner un spot publicitaire, mettant en valeur les vertus de la marque Toyota. 

 

Sauf que Matteo Nucci, lui, n’est pas vraiment d’accord. « Je nie catégoriquement toute participation à cette initiative. Je prends part à un prix littéraire et pas à une opération publicitaire d’aucun genre. J’écris ce que j’écris pour qui veut me lire et non pour un “public exceptionnel” choisi par qui que ce soit », lance-t-il.

 

C’est que Toyota va offrir justement les livres en question à des clients sélectionnés sur le volet, ce qui irrite gentiment le romancier.

 

« Je ne possède pas de voiture et n’écris pas de journal de bord pour être filmé sur une voiture lancée qui serait d’une grande qualité (chose que j’ignore). J’ai déjà signifié mon refus à la fondation Bellonci et désormais à Toyota. »
 

 

Ce qui devient plutôt cocasse, c’est qu’à l’origine de la création du prix Strega, il y a un fabricant de liqueurs, Guido Alberti, propriétaire qui en 1947 décide de s’associer à Bellonci, pour fonder cette récompense. Certes, le breuvage alcoolisé vendu dans tous les supermarchés s’est estompé, mais on retrouve tout de même le logo dans les rayons. Associer une marque de voiture à une marque d’alcools – à 40 % –, voici qui fait sourire. 

 

Problème : quand un finaliste s’oppose au sponsor du prix qu’il pourrait recevoir, est-il encore éligible ? Matteo Nucci assure n’avoir aucune acrimonie contre Toyota, et moins encore leur Prius, la voiture qui sera mise en avant dans le cadre de la publicité tournée. 

 

 

Et l’auteur de conclure qu’en « participant à un prix littéraire, le plus important et le plus passionnant qui existe en Italie n’impliquent pas du tout de prendre part ensuite à ce genre de publicité, une vision du monde, ou peu importe comment vous l’appelez ».