Le Salon de Turin dans un fatras judiciaire alors que Milan veut sa Foire du livre

Cécile Mazin - 12.07.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - Milan Turin salons - arrestations détournements argent - éditeurs Salon changement


Alors que les températures grimpent joliment, l’Italie entre dans une guerre fratricide, où Milan le dispute à Turin, et inversement. Et chacune lutte pour accueillir le prochain Salon du livre. C’est qu’à Turin, actuellement les arrestations pleuvent : des malversations auraient conduit à truquer les appels d’offres, ou encore la confidentialité de certaines informations...

 

Salon de Turin, mai 2016

 

 

La police italienne effectue actuellement des recherches dans différentes places de Turin, pour vérifier les informations et éventuellement établir de nouveaux liens entre les personnalités déjà impliquées. Ce 12 juillet, quatre nouvelles arrestations ont eu lieu, toutes liées aux sociétés organisatrices Lingotto Fiere, Gl Events Italia et Bologna Fiere. Et, bien entendu, dans les hautes sphères de ces structures. 

 

La vieille rivalité entre Milan et Turin

 

Dans cette atmosphère légèrement tendue, des rumeurs prêtent à l’actuel président de l’Associazione Italiana Editori la volonté de donner naissance, à Milan, à un salon alternatif. Federico Motta aurait contacté plusieurs éditeurs, de façon assez insistante, pour les convaincre de créer une autre manifestation. 

 

Le ministre de la Culture, Dario Franceschini, devrait rencontrer Federico Motta prochainement, mais pour l’heure, rien n’est confirmé. Dans un communiqué officiel, l’AIE indique être favorable à la création d’un modèle de société destiné à la promotion des livres – y compris en passant par de nouveaux événements nationaux. Mais pas plus. 

 

Moralité, la presse se déchire, voyant dans l’affrontement entre Milan et Turin une vieille rengaine bien connue – Milan est la capitale de l’édition italienne, quand Turin accueille le Salon du livre depuis des années. Sauf que derrière cette apparente rivalité, se retrouvent des maires, des ministres, et de politiciens, décidés à jouer une partie d’échecs bien complexe. 

 

Selon l’agence de presse Ansa, Dario Franceschini a souligné que « l’idée n’est pas nouvelle de donner naissance à une foire du livre à Milan, qui ferait double emploi avec celle de Turin ». Son rendez-vous avec le président de l’AIE prévu ce 14 juillet devra aborder longuement la question. Mais la conjoncture est mauvaise : le gouvernement de Matteo Renzi a décidé d’investir spécifiquement dans le Salon de Turin, pour renforcer la position de cette manifestation de cinq jours, au niveau national. 

 

Avec l’envie de changer l’image que véhicule Turin, les éditeurs envisageraient donc de rebattre les cartes. Les ventes de stands ne sont pas en croissance durant le Salon, et les ventes de livres ne suivent pas particulièrement. En réalité, les éditeurs, comme partout, se plaignent de ce que le chiffre d’affaires réalisé sur place couvre à peine leurs frais. 

 

Le projet restera pour l’heure en gestation, mais on en parle d’autant plus que les mauvaises nouvelles autour de Turin et de Bologne vont vite. Les enquêtes ouvertes ont conduit Regis Faure, directeur général de Lingotto Fiere, ainsi que le directeur marketing Roberto Fantino, en prison. Ils ont été rejoints par Valentino Macri, secrétaire de la Fondazione Salone del Libro.  

 

Et pendant ce temps, la police cherche

 

Et dans le même temps, différentes personnes ont été assignées à résidence, en attende de plus amples informations. L’ancien patron de la manifestation de Turin, Rolando Picchioni, serait accusé de détournement de fonds. 

 

Le président de la région Sergio Chiamparino et la maire de la ville, Chiara Appendino, ont tous deux déclaré attendre les détails de l’enquête avant de faire le moindre commentaire. Selon eux, cette situation ne fait toutefois que « renforcer la nécessité d’une refonte complète de la gouvernance du Salon, sans mettre en cause les motifs culturels et historiques qui ont fait le succès public et économique des trente éditions qui ont eu lieu. »

 

« Les autorités ont procédé à des arrestations pour offres collusoires. Manifestement, quand la Fondation Salone del libro, responsable du Salon du livre de Turin, a lancé l’appel d’offres pour l’organisation du Salon en 2015-2017, un membre de la commission a passé des informations réservées à GL Events, qui a après remporté le concours et a été chargé de l’organisation du Salon. GL Events aurait aussi pris des accords avec Bologna Fiere (autre société qui participait au concours) pour qu’elle se retire du concours », nous assure une source locale.