Le Salon du livre de Paris, bientôt déserté par l'édition indépendante ?

Nicolas Gary - 21.12.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Livres paris - édition indépendante - salon livre Paris


Livre Paris, anciennement Salon du livre de Paris, se déroulera en mars prochain. Mais la manifestation qui traverse déjà une période houleuse fait désormais l’objet de récriminations de la part des exposants. Si plusieurs éditeurs manifestaient une touche d’agacement, certains ont décidé d’afficher ouvertement leur mécontentement. Et de prévenir le public de leur absence – ou, dirait-on, de leur boycott. 

 

Le Livre de Poche - Salon du Livre de Paris 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Corsaire éditions a ainsi ouvert le bal, devenant le premier à dégainer officiellement. Présent depuis la création du Salon, l’éditeur déplore aujourd’hui « avec regret, la lente dégradation des conditions d’organisation de cette manifestation ». Et de poursuivre, sur le même ton : « Il est notamment regrettable que les éditeurs indépendants qui apportaient au Salon, pluralisme et diversité, soient inexorablement contraints de renoncer, petit à petit, à renouveler leur présence, et cela au détriment du public, des auteurs et surtout du livre, en tant que tel. »

 

Gilbert Trompas, l’éditeur, explique à ActuaLitté, combien la logistique de l’événement devient un casse-tête. « Chauffage défectueux, conditions d’accès déplorables lors de l’installation ou du démontage. Nous ne pouvons plus accepter de subir ces manquements réitérés. »

 

En outre, pour une maison indépendante, la formule Petite édition est discriminatoire. « On paye d’abord, et ensuite, on est promené au bon vouloir de la société Reed Exposition. » Cette société, qui coorganise la manifestation avec le Syndicat national de l’édition « a la réputation d’entretenir un relationnel agréable sur d’autres salons, mais pour celui du livre à Paris, ce n’est pas le cas », se plaint la maison.

 

"Faire payer cher aux grands et tenir les indépendants à l'écart"

 

Selon lui, la formule commerciale elle-même va à vau-l’eau : « Nous ne sommes même plus prospectés, quand on est éditeur indépendant. On se demande même si l’on fait encore partie de la corporation. Il faut dépenser des milliers d’euros, pour peu de ventes – effectivement, beaucoup de contacts, mais cela ne fait pas tout. » 

 

Et il constate que, d’année en année, « la manifestation a souffert de voir le nombre d’éditeurs diminuer : les stands se raréfient, toute la surface est loin d’être occupée. C’est une politique de petits sous qui s’installent, où l’on fait payer cher aux grands éditeurs et l’on tient les petits indépendants systématiquement à l’écart ».

 

L’éditeur déplore enfin, outre les conditions logistiques, que le Salon ne soit pas capable de se montrer plus attirant. « Personnellement, je trouve l’entrée trop chère. Et on nous répond que plusieurs publics ne payent pas l’entrée : encore faut-il qu’ils soient informés. On est loin de retrouver toutes les catégories socio-professionnelles dans ce Salon. Et c’est effectivement l’industrie qui en pâtit. » L'édition 2015 du Salon a d'ailleurs encaissé une baisse de 10 % de sa fréquentation, par rapport à l'année passée, avec 180.000 visiteurs.

 

Depuis quelques semaines, le Salon s’est mis en quête de trouver un nouveau directeur. Ce dernier, nous assure le SNE, n’est toujours pas recruté, même si plusieurs candidatures ont été reçues – on attend la shortlist. « J’ai tout de même l’impression que même le SNE n’a plus son mot à dire. Que, petit ou grand tout le monde subit la loi de Reed, qui tient les manettes », soupire Gilbert Trompas.

 

Rappelons que les quelques 160 éditeurs indépendants de l’association L’Autre livre avaient déjà tiré leur révérence en 2014. Certains des membres allaient bénéficier d’un emplacement grâce aux Régions notamment, mais ils décidaient de ne pas se rendre à la manifestation de 2015. 

 

Plus globalement, c’est aussi une décision politique à prendre pour notre association, qui représente 160 éditeurs indépendants, car il faut bien être réalistes, notre présence cautionne l’absence d’une politique cohérente du livre dans notre pays où dans le même temps on est capable de débloquer des fonds pour les libraires indépendants (sans compensation pour l’édition indépendante) et inviter les éditeurs à coups de subvention à numériser tous les livres, alors qu’il faudrait commencer par décider d’une politique du livre et de la lecture et ensuite mettre en place les outils et les financements correspondants.

Et puis concrètement d’année en année, avec les difficultés économiques que rencontre l’édition indépendante, les tarifs des stands du salon du livre de Paris permettent à de moins en moins d’éditeurs indépendants d’y participer.

 

Toujours en 2014, décidément année riche, alors que le PDG de Hachette manifestait une évidente lassitude à l’égard du Salon, les organisateurs avaient répondu à ActuaLitté : « Peut-être se méprend-il sur l’importance que peut avoir cet événement pour de petits éditeurs, qui pourraient par la suite devenir grands. Quand on est un groupe international, impliqué dans de nombreux domaines, ce Salon n’apporte peut-être pas de visibilité supplémentaire, et peut effectivement représenter un certain coût. »

 

 Si les petits éditeurs se mettent à tenir le même discours que les grands groupes, où va-t-on ?