Le Salon du livre de Paris redevenu un commerce profitable (très)

Antoine Oury - 19.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon du Livre - revenus - Syndicat national de l'édition


Exclusif : Le jeudi 27 juin 2013, le Syndicat national de l'édition (SNE), organe de représentation des éditeurs en France, tenait son assemblée générale annuelle au sein de l'Hôtel Lutetia. L'occasion pour le bureau de présenter les activités du syndicat, mais également le rapport financier. Qui comprend notamment les recettes tirées du Salon du Livre, coorganisé par le SNE, avec la société Reed Expositions.

 

 

Pierre Dutilleul (Editis) et Antoine Gallimard

Pierre Dutilleul (Editis) et Antoine Gallimard, lors de l'Assemblée Générale du SNE

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

C'est à Pierre Dutilleul, alors directeur général de Robert Laffont, que revenait la tâche de présenter les comptes du Syndicat, pour l'exercice arrêté au 31 décembre 2012. Une tâche ? Pas vraiment, ou moins que d'habitude, puisque le SNE, en déficit de 69.000 € en 2010 et de 169.000 € en 2011, retrouvait des raisons de se réjouir.

 

En effet, le budget 2012 de l'organisation prévoyait 15.000 € d'excédents, et affichait finalement 64.096 €, soit « un redressement des comptes », dont les déficits semblaient avoir été provoqué par des « dépenses exceptionnelles ».

 

Pour autant, si l'on note de légères diminutions dans les frais liés aux honoraires et aux études, ceux de personnel augmentent légérement, tandis que les frais généraux, eux, se maintiennent. Alors, d'où provient cette manne inespérée ?

 

Des cotisations, en partie : en tant que syndicat le SNE les collecte, mais se retrouve obligé d'engager des actions de recouvrement sur un certain nombre d'impayés, de la part de ses membres. Elles représentent toujours une importante partie du budget (1,7 million, sur 2 millions et demi, au total), mais sont loin d'en être la part la plus assurée.

 

 2012, l'année du changement 

 

Non, le rocher dans le désert des budgets à boucler, ce serait plutôt le Salon du Livre : cette immense manifestation, coorganisée par le SNE, qui l'a également créée en 1981, est assurée, du coté logistique, par Reed Expositions, multinationale qui organise un bon nombre d'événements de masse du même genre à travers le monde.

 

En tant que coorganisateur, le SNE perçoit donc une partie des recettes de la manifestation, selon des accords conclus avec l'opérateur logistique, Reed Expositions. Les accords ne sont cependant pas dévoilés. Depuis trois ans, le SNE faisait grise mine : les recettes diminuaient, impitoyablement. 

 

Ainsi, en 2009, le SNE touchait 723.000 €, qui se changeaient en 612.000 € un an plus tard, et finalement descendaient à 558.000 € en 2011. Autant dire peau de chagrin...

 

Heureusement, 2012 voyait la courbe remonter très favorablement : les recettes au bénéfice du SNE atteignaient 777.000 €. C'est donc bien « une progression importante des recettes de ce salon » à laquelle on assiste. « Pour le Salon du Livre 2013, les recettes pourraient approcher les 900.000 €, grâce à la renégociation des accords avec Reed sur le partage des recettes et le mode de gestion du Salon », déclarait Pierre Dutilleul lors de l'assemblée générale.

 

Une renégociation menée en haut lieu par Antoine Gallimard et Vincent Montagne, respectivement ex et actuel président du Syndicat, qui a finalement permis de renouer avec une « situation saine au niveau des finances du syndicat ». 

 

Des partenariats fortement resserrés

 

En marge d'une conférence de presse, le commissaire général du Salon du livre s'est exprimé sur le sujet, avec un petit rappel historique : « Le Salon du livre est une entreprise privée, qui fonctionne en joint-venture avec le Syndicat national de l'édition et Reed Exposition. Le fonds de commerce appartient au SNE et Reed Expo en est l'opérateur. À la fin du Salon, il y a des recettes et des dépenses, et un bénéfice que le SNE et Reed se partagent, selon un fonctionnement de sociétés privées classiques. »

 

 

Salon du Livre de Paris 2013 : affluence

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Y'avait-il un lien entre le passage d'un Salon de 6 jours, à 4 jours, annoncé pour l'édition 2011, qui expliquerait ce retour des bénéfices ? « Immodestement, je crois que j'ai bien travaillé sur les postes de dépenses. Et je rappelle qu'en 2010, quand nous sommes passés de 6 jours à 4 jours, nous avons baissé les prix de 17 % : nous étions le seul Salon du livre au monde à le faire. » Et manifestement, le grand patron de Reed Exhibition n'était pas vraiment enchanté de cette décision. 

 

« Nous avions des clients majeurs, qui estimaient que le Salon était peut-être un peu trop long, et certainement un peu trop cher. Donc nous avons réduit la durée du Salon et le prix au mètre carré. »

 

Pour Vincent Montagne, il faut expliquer ces excellents résultats des années 2012 et 2013, « parce que nous avons mieux contrôlé les dépenses, et surtout, renouvelé les partenariats, qui ont été fortement resserrés ». Mais surtout, la question existentielle qui s'est posée en 2010-2011 a été résolue. « Il fallait décider : continuer sur cette formule, partir au Grand Palais. Le fait que nous nous soyons recentrés sur le Salon a porté ses fruits : nous avons des partenariats plus forts, et la fréquentation a suivi. »

 

Bertrand Morisset conclut : « Il est vrai que la dimension de sponsoring et le chiffre d'affaires générés autour de l'organisation des pays et des villes invités a permis une stabilisation du coût des stands - et une diminution. Les charges ont aussi diminué. Mais c'est grâce aux partenariats privés que nous avons pu générer des profits, autant qu'avec le soutien indéfectible de nos partenaires institutionnels. »

 

Et pour exemple, cette année, le Salon proposera, dès le hall d'accueil, une plateforme dédiée à Shanghai, au travers d'un Pavillon touristique. « Bien entendu, ils ont payé pour ce service : Shanghai est une destination touristique. Avant d'entrer dans le temple du livre, on pourra découvrir la ville à 360°, une attraction qui ne sera pas inintéressante pour les enfants. » 

 

Alors, champagne ? Surtout qu'on peut se le permettre, à présent...