Le salon Livre Paris, “délinquant culturel” selon un collectif d'écrivains

Antoine Oury - 28.01.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - salon Livre Paris - young adult salon du livre de paris - livre paris petition anglais


C'est un refrain que l'interprofession connait bien : pas un salon du livre de Paris sans sa polémique. Après le mouvement des auteurs pour une rémunération de leurs interventions, en 2018, c'est dans un autre combat que se lance un collectif d'écrivains. Sous le titre « Non au “Young Adult” à Livre Paris ! », ils signent une tribune pour réclamer le retrait des termes anglais de la manifestation.

Livre Paris 2018 de nuit
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Sous le titre « Non au “Young Adult” à Livre Paris ! », un collectif d'écrivains et de personnalités du monde de la culture, dont Muriel Barbery, Tahar Ben Jelloun, Jean-Loup Chiflet, Teresa Cremisi, Catherine Cusset, Jean-Marie Laclavetine, Danièle Sallenave, Lydie Salvayre ou encore Leïla Slimani, demande au Salon du Livre de Paris de revoir sa signalétique et plusieurs dénominations de lieux ou d'événements dans son programme.

Le texte, publié en intégralité sur le site de Pierre Assouline et celui du Monde, évoque par le menu quelques-uns des intitulés que l'on peut trouver sur le site internet de Livre Paris, organisé du 15 au 18 mars Porte de Versailles. « Scène YA [pour Young Adult] », « Live », « Bookroom », « Photobooth »... Des termes anglophones pour désigner des réalités qu'il est possible d'exprimer en français, voilà ce qui hérisse la plume des auteurs et autrices signataires.

« Dans les rues, sur la toile, dans les médias, dans les écoles privées après le bac et dans les universités, partout, en fait, l’anglais tend à remplacer peu à peu le français — à la vitesse d’un mot par jour. Chacun le sait, et beaucoup d’entre nous l’acceptent comme si c’était le cours naturel de l’évolution, confondant la mondialisation avec l’hégémonisme linguistique. Mais même dans un salon du livre en France ? », indiquent les signataires de cette lettre ouverte.

Quelques lignes du Canard Enchaîné avaient déjà relevé ces termes anglophones, à l'issue de la conférence de presse donnée pour présenter le programme de la manifestation parisienne, et ces dizaines d'auteurs et d'autrices, mais aussi d'éditeurs n'hésitent donc pas à prendre la parole pour dénoncer un acte de « délinquance culturelle ».
 

Contre « l'uniformité linguistique mondiale »


« Ce “Young adult”, parce qu’il parle ici de littérature francophone, parce qu’il s’adresse délibérément à la jeunesse francophone en quête de lectures, est de trop. Il devient soudain une agression, une insulte, un acte insupportable de délinquance culturelle », affirment les signataires, qui parlent aussi de « seul véritable et indéniable “grand remplacement” », une expression habituellement utilisée par les militants d'extrême droite pour théoriser une immigration jugée dangereuse.

« Nous savons qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de mode, de modernité chic. Nous savons fort bien qu’il s’agit au fond de commerce et de mercatique, d’impérialisme linguistique pour mieux vendre partout les mêmes produits, de colonialisme culturel accompagnant la mondialisation économique », indiquent encore les auteurs de la lettre ouverte.

« Nous demandons aux responsables du Syndicat national de l’Édition et de Livre Paris d’exclure toute terminologie anglaise lorsqu’elle n’est pas indispensable », intiment les signataires, qui réclament aussi « au ministre de la Culture de veiller, avec bien plus d’énergie qu’il ne le fait, à la défense et au respect de la langue française dans sa sphère de compétences », ainsi qu'au ministre de l'Éducation une protection des Français les plus jeunes « face aux agressions croissantes de l’uniformité linguistique mondiale ».
Il n'a pas été possible d'obtenir de réaction du Syndicat national de l'édition ou de Reed Expositions, qui coorganisent l'événement. 

Reste à présent à voir si le public soutiendra ce mouvement comme celui des auteurs, l'année passée, qui avait notamment pu compter sur l'implication de vidéastes sur YouTube. Ces mêmes YouTubeurs qui pratiquent, notamment, le « Book Haul », une approche qui consiste à mettre en avant des livres, lus ou non, auprès de « followers », tout aussi bilingues, parfois à leur insu, que ces prescripteurs d'un nouveau genre.


Commentaires
Tahar Benjelloun ferait mieux de s'occuper de ce "sabir" informe, parlé par beaucoup de jeunes marocains, qui mêlent, au nord du Maroc (qu'il connaît bien, séjournant souvent à Tanger) le dialecte arabe (ou amazigh) marocain, à des termes espagnols et à des termes français dans le reste du Maroc. La décolonisation de sa langue d'origine ne semble pas le préoccuper...
Et pourquoi ne pas se positionner sur les deux causes. L'une n'exclut pas l'autre
Tellement prétentieux , tellement bête , tellement puérile de sortir 3 mots d ' anglais pour épater la galerie et montrer qu 'on a passé 1 semaine à NYC .

Ça fait bien dans les écoles de commerce et dans les boîtes privées où les parents paient un bras pour instruire leurs rejetons pas plus doués qu 'eux .

Si seulement ils maîtrisaient déjà leur propre langue maternelle ....



Un prof-formateur et traducteur en anglais .
@Thierry Marc :



Si beaucoup de termes anglais sont utilisés, c'est surtout parce que beaucoup de termes proviennent directement du monde anglo-saxon, et sont des courants/pratiques popularisés via internet, sans réel équivalent français.



Si on prend le terme young-adult, il n'avait pas de réel équivalent français : on aurait pu le traduire par "littérature pour jeunes adultes", sauf que ce choix n'a pas été fait par les éditeurs (assez probablement car ce genre a été popularisé d'abord aux Etats-Unis, pour venir doucement s'installer en France... notamment par l'intermédiaire de lecteurs français jeunes et qui découvraient ce genre via le web).



On peut s'opposer aux termes anglais : personnellement je ne vois pas quel est le problème tant qu'on les comprend. Le monde de l'édition, les écrivains ont suffisamment de problèmes aujourd'hui pour qu'on se focalise sur quelques termes, qui d'ailleurs sont souvent parfaitement compréhensibles.



Par contre, votre mépris pour la jeunesse et les jeunes à qui on demande aujourd'hui à la fois de bien parler anglais et de bien parler français me fait légèrement lever les yeux au ciel. Surtout quand on se permet de laisser quelques fautes dans le texte. Et au lieu de vous en prendre aux jeunes, vous pourriez vous en prendre aux décideurs au sein des maisons d'éditions mais hé ! Ca demanderait plus de courage.
Cette lettre ouverte ne met absolument pas en cause les jeunes, mais le parti pris des organisateurs de ce salon de privilégier l'anglais dans leur communication. En France le terme équivalent au terme anglais "young adult" , c'est le mot "adolescent". Les expressions, "littérature de jeunesse" ou "littérature pour les jeunes" peuvent très bien être employées. Et pour les pré ados ont peut parler de "littérature junior". Ce ne sont pas les mots qui manquent pour exprimer les choses en français.
Ils n'ont donc rien d'autre de plus urgent à faire, ces signataires, que de s'ériger, eux-aussi !, en censeurs ? Ils n'en n'ont pas marre tous ces politiquement corrects de nous dicter comment on doit parler, ce qu'on doit lire, et donc comment on doit penser ? Tout à fait d'accord avec @Ali G !
Pour Ali.G et Sophie 84,un peu de lecture...

http://www.academie-francaise.fr/le-francais-dans-tous-ses-etats-seance-publique-annuelle

"Adolescent", ce n'est pas l'équivalent en français de "jeune adulte" ?

je croyais...

ah, ces "libres penseurs" qui ne voient le monde que par le prisme des EU et de la Silicon valley... ils me font bien rigoler...
Non, adolescent n'est pas l'équivalent de jeune adulte. Un adolescent est un enfant / un mineur. Un jeune adulte est... Un jeune adulte. Donc majeur.



Ceci étant dit, je suis d'avis que la langue française arrête son sectarisme. Traduire artificiellemt des mots anglais compris par tous n'a pas de sens. Soyez plutôt heureux que la population dispose d'un vocabulaire varié qui pêche dans diverses langues. Les langues ont toujours pioché des mots dans les autres langues, les ajoutant tels quels ou les adaptant. Lutter contre ce phénomène est non seulement perdu d'avance, mais va également à l'encontre du principe de langue vivante.

Laissez les gens parler comme ils le souhaitent, au lieu d'être jaloux de mondes que vous ne comprenez pas
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