Le Voyage dans la Lune de Méliès pour la première fois en couleur

Clément Solym - 09.05.2011

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - voyage - lune - film


Après une méticuleuse restauration de près de vingt ans, le Voyage dans la Lune, de Méliès a enfin retrouvé ses couleurs originales. La bobine restaurée sera présentée en ouverture du festival de Cannes, mercredi prochain.

Avant d’être un réalisateur de renom, Georges Méliès (1861-1938) était prestidigitateur, il n’est donc guère surprenant qu’il soit l’inventeur des effets spéciaux que l’on appelait simplement « trucages » à l’époque. Son Voyage dans la Lune, réalisé en 1902 et directement inspiré du roman De la Terre à la Lune de Jules Vernes, a été un succès incontesté. Seulement six ans après la naissance du cinéma, de tels effets relevaient de la magie pour le public encore non habitué.

Crédit image : © AFP

« Il ne faut pas s'y tromper: Le Voyage dans la lune, c'est la même chose que Star Wars dans les années 70 et Avatar aujourd'hui. En 1902, les gens n'avaient jamais vu des effets spéciaux comme ça »
explique Serge Bromberg patron de Lobster Film et qui a participé au projet de restauration. Il ajoute avec fierté qu’avoir « ramené le film d'entre les morts relève vraiment de la science-fiction ».

C’est également l’avis de Tom Burton, responsable du projet, qui considère pour sa part que l’« on ne peut pas vraiment parler d'une restauration, mais plutôt d'une résurrection, car le film était vraiment mort […] Le film était littéralement en pièces. La pellicule avait cristallisé et se brisait en mille morceaux. C'était une course contre la montre de chaque instant pour numériser le film avant qu'il ne tombe en poussière. »

Une grande partie de l’œuvre de Méliès a été détruite de sa propre main, dans un accès de colère. Le reste a été vendu, parmi lequel beaucoup de bobines ont fini transformées en talonnettes de chaussures.

Si la version en noir et blanc du Voyage dans la Lune avait été sauvée, la version couleur était introuvable, jusqu’à ce que, dans les années 90, une bobine soit déposée anonymement à la cinémathèque de Barcelone. Malheureusement, l’état de la bobine ne permettait alors aucun espoir de restauration.

Pourtant Serge Bromberg a tenu à la conserver et quelques années plus tard un processus de traitement chimique permettaient de récupérer près de 90% du film. Les images ont pu ensuite être numérisées et enfin restaurées.

Pour achever la restauration, la pellicule modernisée sera désormais accompagnée d’une musique électro, du groupe français Air. (via l’AFP)