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Léonce et Léna : une pièce méconnue de Büchner

Le Souffleur - 18.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Leonce et Lena - Büchner - théâtre


Sur les trois œuvres dramatiques que Büchner a écrite, La Mort de Danton et la pièce inachevée Woyzeck sont les plus célèbres. Pour celle de Léonce et Léna, rédigée durant son exil, silence radio. La Nouvelle Compagnie lui redonne voix.  L'intrigue, très proche de la dramaturgie marivaudienne, s'articule autour de deux jeunes premiers : un prince d'une contrée inconnue, en proie à la dépression et une princesse, elle-même d'un royaume non-mentionné, sans psychologie particulière. Léonce et Léna sont destinés l'un à l'autre par leurs parents, mais sans le savoir, ils se refusent mutuellement à ce mariage forcé. S'ensuivent alors fugues pour chacun des protagonistes. Et durant ce périple, une rencontre entre eux deux au clair de lune va déclencher leur amour et leur mariage futur. En bref, un destin amoureux refusé qui se réalisera tout de même.

 

 

 

 

Toute l'ironie mordante du texte de Büchner, qui se joue de ce cliché de la littérature théâtrale, faisant de la princesse, un jeune fille un peu sotte et têtue, secondée par une nourrice cédant trop facilement aux caprices de cette dernière ou encore l'image stéréotypée du prince torturé par l'humanité et l'amour, comme l'épique Roméo en son temps, l'équipe de La Nouvelle Compagnie l'a bien compris. Le Roi se transforme alors en personnage fantasque d'un conte de Tim Burton, fardé au possible mais sans pantalon. La belle princesse un peu naïve et innocente dans sa jolie robe à fleurs contraste avec sa nourrice d'un âge certain, aux vêtements sombres de la madone sicilienne. Le Prince, cheveux plaqués, débite autant d'âneries sur la condition humaine qu'il lui est possible.

 

Mais là pas d'humour ou de second degré pour distancier le personnage. On se lasse très rapidement de ses élucubrations. Car à trop coller à l'intention dramaturgique de l'auteur, la mise en scène ne nous happe pas particulièrement dans sa première partie. Le resserrement de l'intrigue à mi-parcours et la musique jouée au piano sauvent toutefois la pièce du naufrage dans lequel elle risquait de sombrer au départ.

 

Le décalage permanent que tentent d'instaurer les comédiens entre le sérieux de leurs jeux et la scénographie et leurs costumes loufoques fonctionne en revanche à merveille, bien qu'il nous surprenne au départ. En exemple, la danse du mariage, pastichant un ballet d'opéra classique, questionne la notion d'effigie, et donc du personnage par voie de conséquence. Léonce et Léna, masqués sous deux casques de moto recouverts de paillettes, en tutu ou caleçon, se marient en ne faisant pourtant que simuler le mariage réel que le Roi aurait aimé voir entre son fils et la princesse, mais que puisque n'arrivant pas, il faille bien donner le change à la cour. Ainsi, ce que l'on considère comme un simulacre s'avère au final être cette réalité même que l'on tentait d'imposer.

 

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Représentations jusqu'au 22 mars au théâtre de l'Etoile du Nord.