Les actions des intermittents pourraient s'étendre jusqu'en Avignon

Antoine Oury - 11.06.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Festival d'Avignon - intermittents du spectacle - Aurélie Filippetti


Le retour des beaux jours signale aussi l'arrivée prochaine du Festival d'Avignon, gigantesque manifestation qui perpétue notamment la tradition du théâtre de rue. En 2003, le Festival d'Avignon avait fait les frais de la grève des intermittents du spectacle, qui défendaient leurs droits face à une réforme des régimes d'indemnisation Assedic. Une situation qui rappelle celle de 2014, et pourrait mener aux mêmes mesures radicales.

 


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Lors du Festival d'Avignon, en 2009 (jean-louis Zimmermann, CC BY 2.0)

 

 

Un petit air de déjà-vu ? En tout cas, les intermittents du spectacle et le syndicat CGT ont affirmé qu'ils n'hésiteraient pas à recourir à la grève pendant le Festival d'Avignon, si le gouvernement signait la convention chômage proposée par le MEDEF et les syndicats FO, CFDT et CFTC. « Nous critiquons l'accord récent signé par tous les syndicats avec le MEDEF, à partir des seules propositions du MEDEF. Il s'agit du plus court accord patronal de l'histoire, en vigueur pour 18 mois seulement », expliquait une manifestante au Forum de Chaillot, en avril dernier.

 

Un délai ridicule qui fait craindre aux intermittents, dans un an et demi, de nouvelles remises en cause de leurs acquis. Un comité de suivi parlementaire avait rendu des conclusions sur la réforme du statut des intermittents en 2006, preuve que les négociations ne datent pas d'hier. Mais les intermittents et la CGT dénoncent le fait que les recommandations de ces conclusions n'ont pas été prises en compte dans ce nouvel accord concocté par la CFDT, FO, la CFTC et le MEDEF.

 

Les intermittents multiplient les actions, depuis plusieurs mois, pour se faire entendre du gouvernement de Manuel Valls. Le Printemps des Comédiens, à Montpellier, s'est vu contraint d'annuler un certain nombre de spectacles, suite à la grève générale adoptée par les intermittents. 

 

Mardi soir, à l'occasion de l'inauguration d'une série d'expositions au Familistère de Guise, la ministre de la Culture a pu constater l'étendue des dégâts d'une convention qui menace le statut de ces travailleurs précaires. Un comité d'accueil dans le plus simple appareil attendait la ministre avec quelques questions. Laquelle semble embarrassée, et pas seulement par l'absence de vêtements.

 

 


Aurélie Filippetti prise à partie par des... par UnionArdennais

 

 

Une mission de médiation a été mise en place par le gouvernement, avec l'intervention du député Jean-Patrick Gille. Ce dernier était déjà intervenu dans le dossier en tant que rapporteur des fameuses conclusions du comité de suivi parlementaire. Mais les intermittents lui accordent peu de crédit, puisque le député avait fait part de son soutien à l'agrément proposé suite aux négociations entre MEDEF et organisations syndicales.

 

La ministre semble tiraillée entre le soutien aux intermittents, qu'elle croise de plus en plus sur sa route, et le ministère du Travail, qui se montre beaucoup plus strict quant à la signature du gouvernement. La semaine dernière, le ministre François Rebsamen assurait que la convention litigieuse serait signée fin juin.

 

De son côté, le 3 juin sur Europe 1, Aurélie Filippetti évoquait quelques pistes, comme « un fonds d'accompagnement pour les plus pauvres ». Quelques heures plus tard, le ministère du Travail réfutait l'hypothèse : « Le fonds pour les plus précaires, cela fait partie de la dizaine de pistes évoquées, ce n'est pas du tout la priorité. Un fonds, cela nécessite de l'argent, une réflexion approfondie. »

 

Du côté du Festival d'Avignon, le nouveau directeur Olivier Py semble avoir choisi son camp dans le débat, en rédigeant une lettre à François Rebsamen, il y a quelques jours. Il écrivait notamment : 

Le déroulement des négociations qui ont eu lieu sur les annexes 8 et 10 du régime d'assurance-chômage est pour le moins contre-productif. On peut presque s'étonner d'une forme d'amateurisme, à tout le moins d'absence de vision des partenaires en présence et, au premier chef, du Medef.

 

C'est un donneur de leçons qui se trompe de cible. Nous restons convaincus qu'il devrait au contraire soutenir le statut de l'intermittence, mais sa posture idéologique le bloque dans une autre époque.

 

Il montre sa propre absence de réponse en s'attaquant aux plus précaires des salariés et en considérant la main-d'œuvre comme une variable d'ajustement.

 

Or, en tant que chefs d'entreprise, nous le savons, si l'on veut de la main-d'œuvre qualifiée mais flexible, il faut s'en donner les moyens!

 

En somme, auteurs et intermittents, même combat ?