“Les éditeurs se tirent une balle dans le pied en ignorant la télévision”

Antoine Oury - 30.04.2015

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Fred Vargas - Prix Landerneau Polar - Espaces culturels Leclerc


Le Prix Landerneau Polar 2015, sous la présidence de l'écrivain belge Paul Colize, avait sélectionné cinq polars, pour la dernière ligne droite. Après moult délibérations, la récompense a été décernée à Fred Vargas, pour son dernier « rompol » Temps Glaciaires, publié chez Flammarion. En l'absence de l'auteure, qui se tient loin des médias et était en déplacement au Brésil, c'est son éditrice Teresa Cremisi qui a récupéré la récompense.

 

 

Michel-Édouard Leclerc, Teresa Cremisi, Karine Papillaud, Paul Colize - Prix Landerneau Polar 2015, remis à Fred Vargas

Michel-Édouard Leclerc, Teresa Cremisi, Karine Papillaud, Paul Colize

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les Prix Landerneau, au départ limités aux catégories « Roman » et « Découvertes », se sont multipliés : « Polar », « Bande dessinée » et « Jeunesse » sont elles aussi distinguées, tout au long de l'année. Auteurs reconnus et écrivains plus confidentiels sont également représentés, puisque pour la dernière livraison « Roman » et « Découvertes », Virginie Despentes et Fanny Chiarello avaient été saluées.

 

« Avec sa formation de manager, Paul Colise a su mettre de l'ordre dans le jury », s'amuse Michel-Édouard Leclerc. « Il y avait une méthode, j'ai dit 'On va suivre la mienne' », renchérit l'auteur belge, qui a notamment signé Le Valet de cœur ou Un long moment de silence. Il succédait, à la tête du jury, à Caryl Férey.

 

Pour le choix du lauréat, les libraires des Espaces Culturels de la chaîne d'hypers Leclerc ont participé aux délibérations. « Nous disposons aujourd'hui de 215 Espaces, où le livre représente 45 à 47 % de l'offre. Notre mission première est de promouvoir le livre et la lecture » assure Michel-Édouard Leclerc, qui déplore au passage un certain immobilisme en la matière, depuis une vingtaine d'années. « J'ai toujours dit que les éditeurs se tiraient une balle dans le pied en n'investissant pas à la télévision », souligne-t-il.

 

Accessoirement, M. Leclerc a également, et durant longtemps, dit que la loi sur le prix unique du livre était une mauvaise chose pour les clients. Comme, dans une perspective d'égalité, les achats d'espaces publicitaires sont interdits sur les chaînes publiques, il faut donc imaginer que le grand patron évoquait la création de contenus, certainement en partenariat avec des émissions télévisées. N'ayant pas été bien plus loquace sur le sujet, on pourra en interpréter tout et n'importe quoi.

 

« Les livres de Fred Vargas ne s'articulent pas autour d'un crime, mais bien d'un mystère », aura pour sa part rappelé Teresa Cremisi, éditrice de l'auteure chez Flammarion. « Au bout d'un certain nombre de pages, quand je reçois un nouveau manuscrit de Fred Vargas, je deviens lectrice », admet d'ailleurs la présidente générale de Flammarion.

 

Retrouver Temps glaciaires, en librairie

 

Le départ de l'auteure de sa maison historique, Viviane Hamy, avait agité le monde germanopratin : Vargas s'était exprimée sur le sujet, en expliquant que sa maison habituelle refusait désormais de traiter avec son agent, François Samuelson. « Hommage lui soit rendu, elle l'a guidé et formé », souligne Teresa Cremisi.

 

Comme un hommage aux disparus ?