Les États généraux du livre en français, “le début d'un processus” (Michel Le Bris)

Antoine Oury - 04.05.2018

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L'édition 2018 du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo accueillera au sein de sa programmation la première édition des États généraux du livre en français. Annoncés par le président Emmanuel Macron dans son discours sur la langue française et le plurilinguisme, le 20 mars dernier, ces états généraux auront pour objectif de dégager les préoccupations des éditeurs, des auteurs et des libraires de l'espace francophone, pour une action efficace.




 

La première édition des États généraux du livre en français se déroulera donc au cours du festival international du livre et du film, Étonnants Voyageurs, qui a accepté la proposition avec plaisir. Des ateliers seront organisés le samedi après-midi, les dimanche matin et après-midi, réunissant éditeurs et auteurs dans un cadre « privé », avant un compte-rendu public le lundi matin, dans le grand auditorium du Palais du Grand large.

 

« Les sujets abordés sont en cours de discussion », nous précise Michel Le Bris, créateur et directeur du festival Étonnants Voyageurs. « Car nous sollicitions les éditeurs invités pour déterminer quels sujets les intéressent particulièrement. » Le 20 mars dernier, Emmanuel Macron, dans son discours exposant une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, avait annoncé la création de ces États généraux du livre en français.

 

« Son discours a été assez étonnant, et j'ai été heureux d'entendre qu'il reprenait les termes et la vision d'un manifeste que 44 écrivains avaient publié en 2007 dans Le Monde, pour une “littérature-monde” en français. Je pense que cet enjeu est capital pour la France de demain et la manière dont elle se pensera dans le monde », explique Michel Le Bris. « Avec ce discours, Emmanuel Macron a rompu avec l'idée d'une France surplombante qui jette ses lumières sur le reste du monde. »

 

Avec Leïla Slimani, nommée ambassadrice pour la francophonie par Emmanuel Macron, l'idée d'un bilan sur ce rêve d'un espace-monde en français et sur ses perspectives s'est dessinée, en accord avec des États généraux du livre en français. « Nous voulons aborder des questions concrètes, comme celles de l'édition, de la circulation des hommes et des livres dans cet espace-monde qui présente malheureusement des disparités considérables, aussi bien au niveau d'un réseau de librairies insuffisant que des prix du livre ou de la cession des droits entre les pays. » Autant de sujets qui seront sans doute abordés au cours des états généraux, au côté de la question du livre numérique, qui pourrait permettre de surmonter les difficultés de diffusion.

 

Des maisons d'édition belges, suisses, tahitiennes, tunisiennes, algériennes, québécoises, d'Afrique subsaharienne et françaises seront présentes, aux côtés des écrivains. « Beaucoup de mesures sont entre les mains des écrivains et des éditeurs eux-mêmes : il faut prendre en main ces idées et se faire force de propositions. Je salue le discours du président, mais je veille aussi aux mesures annoncées, pour qu'elles se concrétisent. » Les discussions des états généraux, si la présence de la ministre de la Culture n'est pas confirmée, seront suivies par le Centre national du Livre, le Syndicat national de l'édition, le Bureau international de l'édition française et les services du ministère de la Culture. Par ailleurs, une rencontre est prévue le jeudi 17 au ministère de la Culture, autour du plan francophonie.

 

Un espace-monde francophone à valoriser
 

Selon Michel Le Bris, l'édition dans l'espace francophone peut progresser « par des politiques de cession de droits, mais aussi par une meilleure information des auteurs d'Afrique ou des Caraïbes sur leurs droits, avec un organisme dédié, par exemple, qui pourrait établir un contrat type. Lors des négociations avec les éditeurs français, il faut aussi qu'ils sachent qu'il leur est possible de réserver les droits de leur livre pour le pays d'origine, pour faire en sorte qu'un éditeur local puisse plus facilement et à moindre coût publier leur livre dans ce pays. De nombreux auteurs francophones ont encore du mal à être lus dans leur propre pays. »

 

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D'après le créateur d'Étonnants Voyageurs, des progrès ont déjà été faits : « Dans les années 1990, le rayon francophonie était au fond des librairies : aujourd'hui, des auteurs haïtiens ou africains se retrouvent sur les mêmes tables que les auteurs français. Quelque chose a changé : on ne s'arrête pas sur la nationalité de ces auteurs, ils sont francophones », insiste Michel Le Bris. La multiplication des coéditions montre aussi, selon lui, la volonté des éditeurs de travailler au sein de cet espace-monde francophone.

 

La récente polémique autour du don de livres dans les pays d'Afrique, notamment en Côte d'Ivoire, pourra aussi faire partie des discussions : « C'est un bel exemple sur ce qui doit guider l'action : il faut être attentif à ce dont les gens ont besoin. Si le festival a pu prospérer, c'est parce que nous ne nous sommes jamais présentés comme un événement de la métropole qui se pose dans les différents pays. Nous avons monté l'événement avec des écrivains sur place, en écoutant, et nous avons énormément appris. »

 

Les États généraux du livre en français seront amenés à se poursuivre : « Il s'agira d'un premier acte, le début d'un processus, sur la base de ce qu'il se passera à Saint-Malo : je souhaite qu'il y ait un acte deux, qui soit imaginé dès à présent, de plus grande ampleur. Pourquoi pas dans le cadre d'une grande manifestation dans tout l'espace francophone, par exemple, qui aurait vocation à devenir annuelle et se déroulerait chaque année dans un pays différent de cet espace-monde », propose Michel Bris.

 

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« Pour s'inventer un avenir, il faut regarder l'histoire en face », ajoute encore Michel Le Bris, « assumer les traumatismes du passé pour évoquer ce qui peut nous unir aujourd'hui » : le festival diffusera ainsi en ouverture le film Sauvages. Au cœur des zoos humains, de Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet, consacré aux zoos humains, des expositions racistes et colonialistes d'êtres humains.

 

Évoquant « une utopie qui nous fait vivre depuis le début du festival », Michel Le Bris assure que l'espace-monde en français porte « une richesse et une ouverture au monde, avec toutes ces cultures réunies ». Qui se retrouveront donc une nouvelle fois à Saint-Malo, dès le 19 mai.


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